Quelques promesses et puis s’en vont





Les huit grandes puissances mondiales, réunies depuis hier au Japon, ont convié à un déjeuner sept dirigeants d’Afrique afin d’évoquer l’aide des pays riches au Continent noir.


Par ces temps de disette alimentaire qui frappe l’Afrique, un bon déjeuner bien garni n’est certainement pas de refus, mais il est loin de satisfaire les exigences des milliers de ventres affamés en Afrique qui attendent depuis belle lurette une aide promise par le G8 mais jamais honorée.


Les dirigeants africains veulent en effet plus du G8. Ils veulent que ce dernier concrétise ses promesses des précédents sommets, en 2005 à Gleneagles en Ecosse et en 2007 à Heiligendamm en Allemagne. Une demande plus que jamais pressante au moment où leurs pays sont touchés par la flambée des prix alimentaires (+ 83% en trois ans selon la Banque mondiale ).


Il faut rappeler à ce propos que le G8 s'est engagé en 2005 à porter le montant total de son aide à l'Afrique à 50 milliards USD par an d'ici 2010 et, l'an dernier, il a ajouté - sans précision de date - une enveloppe de 60 milliards USD pour lutter contre les pandémies (sida, malaria et tuberculose), dont la moitié serait apportée par les Etats-Unis.


Or depuis Gleneagles, 30 milliards manquent encore et, selon l'ONU et l'UA, un quart à peine de la somme initialement promise a été versée. Et encore, seulement par quelques pays, dont, une fois n’est pas coutume, les Etats-Unis et ce, contrairement à la France et l’Italie, qui, tout en se disant plus proches de l’Afrique de par leurs histoires coloniales, refusent de débourser le moindre sou, où du moins, le font avec beaucoup de réticence voire une certaine parcimonie.


Et qu’on ne nous dise surtout pas que c’est une question d’argent. Dans les pays riches, l’argent coule à flot. « Les pays riches ont été capables de mobiliser 1.000 mds USD pour venir en aide à leurs banques et ils ne pourraient pas en trouver 50 pour venir en aide aux plus pauvres? » s’est demandé à juste titre, Max Lawson, porte-parole d'Oxfam international en marge du Sommet.


Ce n’est donc pas une question d’argent, mais une question de volonté politique. Une volonté politique qui se fait toute petite au moment de mettre la main à la poche pour aider les plus démunis.


On a, à ce propos, l’impression qu’en Occident désormais la règle d’or aujourd’hui est « chacun pour soi». Cela est d’autant plus aberrant que la crise alimentaire actuelle est due en grande partie à l’inconscience des pays les plus riches dont, pour ne citer qu’un exemple, ce penchant «écologique» pour le bio-carburant qui a entraîné une flambée spectaculaire des cours des produits alimentaires de base.


Alors pour le déjeuner d’hier, on peut toujours dire « bon appétit », mais s’il vous plait qu’on ne filme pas ça, les ventres affamés en Afrique ne pourront certainement pas supporter ce genre de faste savamment mis en scène avant que tout ce beau monde aisé ne se replie la conscience tranquille avec un certain sentiment du devoir accompli...


Med Ali BEN REJEB




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com