Les jeunes et la notion de famille : Tout va bien tant que la matière ne s’en mêle pas





La famille peut être définie comme l’ensemble des personnes qui se reconnaissent d’un même sang ou qui vivent sous le même toit, «à pot et à feu commun». Toutefois, elle a beau être limitée, éclatée, dispersée ou en crise, la famille reste une structure fondamentale de la société. Qu’inspire justement la notion de famille aux jeunes ?


Tunis-Le Quotidien


Notre religion prône des recommandations destinées à renforcer les liens familiaux. Elle incite les membres d’une même famille à cohabiter avec amour et indulgence. Une structure familiale établie repose essentiellement sur le sentiment d’appartenance, d’entraide, de solidarité, d’amour et d’affection. Autrefois, les familles ressemblaient à des tribus où ceux qui partagent le même toit se comptaient par dizaines. Les sociétés ont progressivement passé d’une famille large et complexe, regroupant sous le même toit parfois plusieurs générations, à une famille étroite, centrée sur le couple et les enfants. Avec les contraintes de la vie moderne, les familles nombreuses se font de plus en plus rares. La cohabitation de la famille étendue est presque inexistante aujourd'hui. Le nombre des membres partageant le même foyer est réduit.


Cette mutation est liée à plusieurs facteurs dont la modernisation, le travail de la femme et l'accroissement de la mobilité résidentielle. La famille d’aujourd’hui diffère donc de ces formes traditionnelles par ses fonctions, sa composition et par les rôles dévolus aux parents. Au sein d’une famille, il doit y avoir de la place pour l’affection entre les deux parents, entre les enfants et les parents, entre frères et sœurs et entre tous les proches. Cependant, nous assistons à une sorte d’effritement des liens et à une étroitesse de la communication. En outre, autrefois, il n’y avait ni téléphone, ni télévision, ni ordinateur. Pour se divertir, les membres d’une seule famille se réunissaient en hiver autour de la cheminée ou d’un «kanoun» (braséro) pour discuter et raconter des histoires. En été, c’est dans le jardin, les vérandas ou les terrasses qu’ils se réunissent pour rigoler et discuter. Ces habitudes d’antan sont devenues désuètes. A présent, l’on voit chacun mener seul sa barque. Généralement, la mère rentre de son travail pour s’attaquer aux rudes tâches ménagères en plan. Ensuite, elle élit domicile dans la cuisine jusqu’au soir. Elle essaye de temps à autre d’accorder une ouïe attentive aux besoins de ses enfants tout en ayant peur de sentir le brûlé dans sa cocotte. Le père, de son côté, n’a pas vraiment hâte de rentrer ! Epuisé après une journée de travail, il a besoin de décompresser et de se reposer, or il sait qu’à cette heure, c’est encore le fatras à la maison. Il préfère donc se diriger vers le café du coin… Rares sont les fois où tous les membres s’attablent pour dîner tous ensemble. Rares sont les instants où la famille se réunit pour discuter. Rares sont surtout les moments d’affection. Les plus petits n’arrêtent pas de rouspéter parce qu’ils exigent plus d’attention de leur mère. Et cette dernière se plie en quatre pour essayer de satisfaire chacun. Les jeunes, quant à eux, jettent leur dévolu sur la télé. Ils se mettent à zapper jusqu’à ce qu’ils tombent sur une chaîne de clips et là ils haussent le volume pour mettre encore davantage les nerfs à vif à leurs deux parents ! D’autres se scotchent au PC et appliquent leurs écouteurs sur les oreilles pour ne pas entendre la mère les appeler. Ils rechignent de lui prêter la main… Certes, cette image est quelque peu caricaturale ! Certaines familles s’organisent de manière à garder les liens établis et pour garder le canal communicatif toujours maintenu. Mais ce genre de famille « quasi-exemplaire » se fait de plus en plus rare par ces temps marqués par la course après la matière… 


Rami, 15 ans, est attaché à sa cellule familiale. «Je ne nie pas que ma famille représente mes origines. C’est à elle que je dois mes principes, mes croyances, ma réussite, etc. En fait, je lui dois tout. La famille est l’épine dorsale de toutes les sociétés. Cela dit, je suis conscient de l’importance des liens familiaux pour la succession des noms, des générations et aussi pour l’équilibre social et psychique de l’être humain. Je tiens à connaître tous les membres de ma grande famille bien que cela ne s’avère pas être facile de nos jours. Mais même si je ne connais pas en profondeur tous ceux qui sont liés à moi par le sang, je fais un effort pour assister aux grandes réunions familiales, pour rendre visite à mes proches et pour connaître mes cousins et mes cousines du deuxième degré», dit-il.


Saloua, 15 ans, connaît presque tous ceux qui ont des rapports de parenté parmi les siens. «En dehors des occasions qui me permettent de voir mes proches, je trouve qu’il est capital de préserver de maintenir de bons rapports avec ceux qui nous sont liés par le sang. D’abord, notre religion l’impose et puis c’est une fierté que d’avoir des racines et une origine. Toutefois, les exigences de la vie moderne ne font pas bon ménage avec la famille nombreuse ou élargie. Si toute la grande famille vit sous un même toit, cela crée des problèmes. Je préfère la nouvelle forme de la famille dans la mesure où on n’aura pas à gérer un double conflit de générations ! De plus, il est presque impossible que des frères mariés et ayant des enfants puissent cohabiter ensemble sans que cela ne pose des problèmes. D’autant plus si les grands-parents s’éteignent et s’il y a un patrimoine à partager», dit-il.


Mehdi, 16 ans, aime aussi rendre visite à ses proches et parents. Mais il pense que les exigences de la vie moderne font que chaque personne est débordée au point de faire passer la famille au second rang. «J’aime les échanges de visites entre proches, j’aime les réunions de toute la grande famille et j’adore l’ambiance qui s’y associe. Hélas, la vie moderne nous a privé de pouvoir en profiter et même de pouvoir habiter dans une même ville que la grande famille. Cela dit, j’aime les visites, les rencontres et les réunions familiales qui ont un goût particulier et irremplaçable. Cela dit, même si l’on habite loin que l’on ne se voit pas régulièrement, nous restons soudés par les liens du sang. En outre, je crois que si on a reçu une bonne éducation et qu’on nous a fait comprendre l’importance de ces liens, aucun problème ne risque de durer. Certes, certains désaccords sont presque inévitables mais ils se dissipent très vite», ajoute-t-il.


Héla, 15 ans, trouve aussi que personne ne peut supporter d’être détaché de ses origines familiales «La famille est le noyau central de tous les peuples. Personne ne peut vivre à l’écart de ses proches et de sa grande famille. J’aurais aimé pouvoir vivre avec une famille élargie. D’ailleurs, une ambiance festive régnera sans doute si tous les membres sont réunis. Malheureusement, la nouvelle forme de la famille ne nous permet pas d’être tout le temps en contact. Et je crois que l’amour de la matière est la première raison de l’effritement familial. Des frères et sœurs ne peuvent pas continuer à s’aimer si leurs parents ne les ont pas traités sur le même pied d’égalité. Un frère qui fait des calculs et qui garde injustement une part de l’héritage familial qui ne lui est pas due, sera également écarté par les siens», dit-elle.


Sourour, 15 ans, partage le même avis. La jeune fille pense que deux membres de la famille continuent à s’aimer jusqu’à ce que des intérêts matériels entrent en jeu. «Plusieurs familles s’effritent lorsque les intérêts des uns s’opposent aux intérêts des autres. Plusieurs frères ne s’adressent même plus la parole parce que le père ou la mère a toujours préféré l’un aux dépens de l’autre. Plusieurs sœurs se trouvent obligées de porter plainte contre leurs frères parce qu’ils ont refusé de leur céder leur part de l’héritage. Les liens de sang n’ont dès lors plus d’importance hélas. Je crois qu’il est essentiel d’inculquer la justice et l’amour à ses enfants si on ne veut pas qu’ils vivent un désaccord. Je crois, surtout, que les parents doivent être équitables et ne jamais laisser le ressentiment s’installer au sein de leur famille. Mais je dois dire tout de même que la famille est le lien le plus précieux qu’on doit absolument préserver et qu’on ne doit pas perdre à cause de l’argent ou des intérêts», dit-elle


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com