Les jeunes et le partage des secrets avec les parents : Jamais sans ma mère…





Nous avons tous besoin, par moments, de nous blottir dans le «giron » de quelqu’un pour lui faire part de nos préoccupations. Cela soulage tant. Toutefois, bon nombre de jeunes, plutôt méfiants et introvertis, dissimulent leurs secrets au plus profond d’eux-mêmes. Ils hésitent, également, à se confier à leurs géniteurs. Les jeunes partagent-ils justement tout avec les parents?


Tunis-Le Quotidien


Généralement, les adolescents ont naturellement besoin de se sentir autonomes. Ils s’affranchissent donc de la tutelle parentale et tentent d’être les seuls maîtres de leur vie. Les parents, eux, même s’ils sont conscients de la nécessité de passer par cette phase, ont du mal à accepter d’être mis à l’écart. Normalement préventifs, ils continueront à essayer de garder la mainmise sur leurs petits. Or, si des enfants reçoivent une éducation sévère, ils auront du mal à se confier et à s’extérioriser ! Frustrés et peureux, ils n’auront jamais l’audace d’affronter leurs géniteurs et de briser les tabous. D’autres géniteurs optent pour l’éducation libérale. Ils pensent que plus l’enfant vit dans une atmosphère libre et exempte de pression, plus il s’épanouira, et leur fera confiance. Cette catégorie d’enfants maintient une relation presque amicale avec les parents. Ils leur parlent de tout et avec une grande aisance. Certains jeunes disent en effet, que le fait de tout confier aux parents permet d’être protégés et épaulés. Les autres, en revanche, pensent que le fait de toujours consulter les parents laissera la personne dépendante et irresponsable. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui sont terrifiés rien qu’à l’idée de se découvrir aux géniteurs.


Mohamed Mehdi, 16 ans, pense que le fait de se confier aux parents et spécialement à la mère peut être d’un très grand apport dans la mesure où personne ne cherche notre bien autant que les parents. «Je ne trouve pas que le fait de se confier aux parents pose problème ! Ils éprouvent toujours de la joie à nous voir heureux et ont de la peine lorsqu’on est tristes. Autrement dit, ils ne nous veulent que du bien ! Et ils nous aiment tellement qu’ils finissent toujours par pardonner nos erreurs. En outre, je pense que les parents ont beaucoup plus d’expérience que nous et qu’ils peuvent nous orienter. Je suis donc tout à fait pour le fait de se confier aux parents et surtout à la mère qui a une grande capacité d’écoute et de compréhension. En tout cas, moi, je me confie à ma mère et elle a toujours su me comprendre et me conseiller. Cela me permet d’avoir de l’aide en cas de pépin. Toutefois, je pense que chacun doit avoir son petit jardin secret. Même si les parents doivent être au courant des grandes lignes, l’on doit toujours garder certaines choses pour soi pour préserver notre intimité et pour savoir compter sur nous-mêmes. Malheureusement, beaucoup de jeunes cachent tout à leurs géniteurs. Ils font tout derrière leur dos. Et je crois que les jeunes ne sont pas les seuls à blâmer ! En effet, contrairement aux Occidentaux, nous avons beaucoup de garde-fous : le regard de la société, les contraintes religieuses, les traditions, etc. Cela pousse les parents à limiter au maximum la liberté de leurs enfants au point de les étouffer. De plus, plusieurs sujets s’inscrivent dans le cadre des tabous et des interdits. On n’a même pas le droit d’en discuter ! Certes, les parents sont là pour nous corriger, mais cela se fait parfois de manière trop rigide et trop indiscrète. Résultat : les enfants se mettent à mentir et à cacher tout ! Pourtant le dialogue peut très bien résoudre le problème», dit-il.


Amine, 18 ans, est plutôt discret. Le jeune homme ne dit pas tout à ses parents. «Un parent ne se contente généralement pas d’écouter. La discussion prend une forme d’interrogatoire suite auquel on a droit à un vrai sermon. Certes les parents cherchent notre bien, mais le conflit des générations implique qu’ils sont incapables de comprendre nos besoins. Les jeunes qui ont habitué leurs géniteurs à tout savoir, auront du mal plus tard à s’affranchir. Cela va devenir une habitude pour les parents qui tenteront de garder la mainmise sur eux, même à un âge adulte. Un jeune a besoin de compter sur lui-même, sur ses propres ressources et doit apprendre à devenir autonome au fur et à mesure qu’il grandit. Lorsqu’on dépasse l’âge de l’enfance, on doit apprendre à gérer notre quotidien sans leur aide. Les parents ne doivent pas considérer cela comme une trahison ou encore comme un signe alarmant ! Ce n’est pas parce que l’on essaye de prendre notre vie en main que nous sommes forcément en train de commettre des erreurs ! Un jour où l’autre, les parents partiront. C’est la loi de la nature et si nous avons appris à nous débrouiller sans leur aide, nous serons aptes à continuer notre chemin même en leur absence. Par contre, si nous n’avons jamais essayé de sortir du cocon familial et si l’on a pris l’habitude de tout dévoiler aux parents pour qu’ils décident à notre place, la vie s’arrêtera complètement dès qu’ils seront absents. Cela ne veut pas dire que les parents n’ont aucun droit de regard sur notre vie, au contraire. Ils doivent juste laisser une certaine marge de liberté à leurs enfants tout en les suivant de loin. Certes, je raconte à ma mère les grandes lignes de ma vie et je la mets au courant des choses essentielles, mais je garde une bonne partie pour moi. D’ailleurs, cela m’a permis de devenir plus mature et plus responsable. Aujourd’hui je sais résoudre mes problèmes tout seul et je sais assumer mes responsabilités», dit-il.


Sarra, étudiante de 23 ans, ne déballe pas tout à ses parents. «Je pense qu’ils ont un droit de regard sur la vie de leurs enfants, mais que cela ne dépasse pas les limites. Jusqu’à un certain moment, je me confiais presque intégralement à mes parents. Ce dont j’avais besoin, c’est d’une oreille attentive. Mais tout en grandissant, j’ai commencé à filtrer les informations à faire passer. D’abord, je ne parle pas de mes choses intimes et de mes soucis à mon père parce que le respect que je porte à son égard a fini par creuser un fossé entre nous. Je me confie plus aisément à ma mère. Toutefois, je ne lui fais pas part de tous les détails. Parfois, je sais qu’elle va me contrecarrer, alors je préfère ne rien lui dire. Pourtant, je sais que les parents ont toujours raison ! A chaque fois que je m’entête, j’en bave ! Mais même si je ne dis pas tout, je ne mens jamais à mes parents», dit-elle.


Maroua, 17 ans, dit absolument tout à sa mère. «On a tous besoin de vider notre cœur et d’avoir une oreille attentive qui sache sentir notre inquiétude et notre douleur. Pour le moment, personne ne peut jouer ce rôle mieux qu’une mère. C’est celle qui nous veut le plus de bien possible sur cette terre. D’ailleurs, il suffit que ma mère regarde dans mes yeux pour qu’elle sente si j’ai quelque chose qui pèse lourd sur mon cœur. Elle est toujours là pour alléger ma peine et porter le fardeau avec moi. Comment pourrai-je donc ne pas lui confier tout ?! En outre, je consulte ma mère avant de prendre des décisions ou de faire des choix. Si elle a un avis différent du mien, je laisse tomber. Je ne lui mens jamais. D’ailleurs, il n’y a aucune raison de le faire», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com