L’Union pour la Méditerranée entre l’ambiguïté et les espoirs !





Ce dimanche 13 juillet 2008 est un jour mémorable, car c’est aujourd’hui qu’une quarantaine de leaders méditerranéens participent au ‘’Sommet de Paris pour la Méditerranée’’. A l’ordre du jour ; le lancement du projet d'Union pour la Méditerranée sous le vaisseau principal du Grand Palais dont la voûte en berceau est singulièrement évocatrice. Les esprits fédérateurs peuvent s’enflammer à leur guise et laisser libre cours à leurs rêves les plus démesurés, car nous sommes à un moment unique de l’Histoire ; la toute première fois où l’on envisage de faire de la Méditerranée une entité à part entière, commune, solidaire, tournée vers le partage de la prospérité et de la profession universelle de la paix.


Pourtant, les rêveurs ont tôt fait de reprendre pied parce que ce projet, si inéluctable sur le plan civilisationnel, ne part pas sans entraves. Nous en sommes d’abord à une mouture réduite du premier projet caressé par le Président Sarkozy et immédiatement adopté par le Président Ben Ali, sans réserves et sans restrictions. D’une Union de la Méditerranée, nous sommes passés à une Union pour la Méditerranée… et tout le monde a apprécié, à sa juste signification, cette nuance !


Nous nous sommes également laissé dire que l'Allemagne et certains pays du Nord et de l'Est de l'Europe insistent lourdement pour que les contributions attendues de l'Union européenne aux projets de l’UPM ne soient pas désolidarisées de l’enveloppe allouée au chapitre de la politique de voisinage. Il y aussi la question palestinienne et toutes les questions de Justice (et de simple décence) qu’elle charrie avec elle et à laquelle il faudrait qu’il y ait une solution juste. Ce dimanche sera d’ailleurs une longue journée puisque chacun s’attend à ce que certains points de la déclaration finale ne soient finalisés qu’à la dernière minute.


Il y a aussi la dot que les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée doivent apporter à la nouvelle Union. Une étude très récente de l’administration française pose d’ailleurs explicitement la question : les Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée seront-ils les prochains émergents ?


Elle va même jusqu’à déterminer cinq défis à relever par ces pays. D’abord le défi de la croissance puisqu’ils doivent se hisser à un rythme de croissance plus soutenu s’ils souhaitent que le niveau de vie par habitant de la zone rattrape celui des grands émergents. Puis le défi de l’insertion dans le commerce international, car la région est ouverte au commerce international et y accroît son poids relatif. L’enjeu des prochaines années sera pour elle à la fois d’opérer une diversification et une montée en gamme, certains pays étant encore caractérisés par une très faible diversification. On s’attend également à ce que les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée répondent au défi de l’attractivité et du financement, au défi du capital humain et au défi des ressources rares (l’eau, l’énergie…)


Les choses sont compliquées et il leur faut beaucoup de temps pour s’étendre à tous les pays de la région. Transformer la Méditerranée en un espace de paix, démocratie, coopération et prospérité, est plus facile à dire qu’à faire dans ces conditions et s’il est vrai que les litiges pourraient être réexaminés en novembre 2008 quand se tiendra la réunion des ministres des Affaires étrangères du processus euro-méditerranéen et que tous les leaders semblent engagés dans une patiente construction mais les interrogations restent entières…


Cette nouvelle Union pour la Méditerranée sera-t-elle, en définitive, un vrai regroupement régional ou un simple ‘’partenariat multilatéral’’ ? S’agira-t-il en résumé d’une sorte de simple processus de Barcelone 2 ? Sans un plan Marshall pour la Méditerranée, les demandes de développement du Nord à l’adresse du Sud sont-elles vraiment réalistes ? Le secrétariat destiné à piloter les projets de l'Union sera-t-il accueilli par un pays du Sud comme la Tunisie ?!


Pour le meilleur ou pour le pire, le 13 juillet 2008 restera donc gravé dans les mémoires, car les ambiguïtés y sont, certes, légion mais il y a aussi les espoirs de centaines de millions de Méditerranéens… et il est dit que la foi soulève les montagnes.


Manoubi AKROUT


manoubi.akrout@planet.tn




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com