Relations parents-filles : Inversion des rôles au sein des familles





Dans une société patriarcale comme la nôtre, les pères sont censés représenter l’autorité. Or, il est clair que les relations entre les pères et leurs filles ont évolué aujourd’hui. Les papas parlent plus facilement de sujets, même sensibles, et acceptent plus facilement de voir leurs petites princesses devenir de grandes jeunes filles. Les mères semblent troquer leur statut initial pour celui de garante de la discipline. Une inversion des rôles au sein de la famille semble s’opérer à l’instar des familles occidentales. Vrai ou faux ?


Tunis-Le Quotidien


Selon Sigmund Freud, la fille commence à vivre le complexe d’Oedipe vers l’âge de trois ou quatre ans. Elle ressent naturellement l’envie de se détacher de la mère pour aller vers le père, même si cette métamorphose ne dure que quelques années. Un peu avant l’âge de l’école, la fille s’approche de son papa. Ensuite, à l’âge de la puberté, elle revient vers sa maman pour trouver réponses à ses nombreuses interrogations strictement féminines. En effet, les papas aiment chouchouter leurs petites fillettes. Ces dernières adorent, à leur tour, entourer leurs pères d’une attention particulière. Elles aiment leur faire de gros câlins, les taquiner ou prendre soin de leurs affaires… De fait, il est difficile pour un père d’accepter que sa petite fille grandisse, non point dans le sens physique et morphologique, mais spirituel. Il aura du mal à «digérer» que la nature de la relation avec sa fille change. Mais des événements surviennent pour que le père admette que sa fille a grandi : le fait qu’elle ait ses menstruations, qu’elle essaye d’avoir son propre jardin secret et, plus tard, lorsqu’elle aura des prétendants pour le mariage. Les choses se passent autrement avec la maman qui attend généralement le jour où sa fille arrive à l’âge de la puberté pour qu’elles partagent ensemble des sujets… spécifiquement féminins. Certes, on peut imaginer que le fait d’avoir du mal à reconnaître que les enfants grandissent, n’est pas l’apanage des pères : les mamans, aussi, n’en sont pas épargnées. Mais le père a une difficulté particulière. Celle d’accepter de ne plus être « le seul homme » dans la vie de sa fille ! Toutefois, conséquence logique de la libération des mœurs ou de l’évolution du niveau d’instruction, le père n’est plus autant gêné de parler de sujets sensibles avec sa fille ! Lorsque les filles grandissent, le père prend son rôle éducatif à cœur. Ainsi, il n’hésite pas à parler des sujets délicats avec sa fille. Néanmoins, il semble qu’il préfère répondre aux questions plutôt que d’initier les discussions… C’est particulièrement vrai pour les sujets tabous. Mais il faut noter que cette réticence émane essentiellement de son esprit d’homme oriental qui garde encore les traces de sa culture arabo-musulmane.


Sarra, 22 ans, confirme être le chouchou de son papa. La jeune fille dit que sa mère peut même se montrer spécialement jalouse de cette complicité. «Je ne veux pas être injuste à l’égard de ma mère, parce qu’elle est une maman exceptionnellement dévouée et attentionnée. Sauf que mon père est encore plus expansif. Il ne cesse de répéter qu’il veut profiter du temps que je sois là pour me chouchouter. L’idée que je me marie et que je parte un jour le torture. De plus, mon père est doux. Il ne crie pas et n’a pas un tempérament nerveux. Il a toujours su écouter mes besoins. N’empêche, que je n’ose pas aborder des sujets sensibles avec lui. Certes, nous pouvons communiquer longuement ensemble, mais cela ne dépasse jamais le cadre du respect. On a beau être copains mon papa et moi, il y a un seuil à ne pas franchir ! Si j’ai des questions sensibles à poser ou si je veux parler de mes choses intimes, je me dirige vers ma mère. C’est une femme, il est donc plus aisé de parler avec elle de ce genre de sujets. Toutefois, lorsque mon père se met à me cajoler, elle se sent en quelque sorte écartée et cela la met dans tous ses états. Elle reproche parfois même à mon père de ne pas lui accorder autant d’attention à elle qu’il n’en accorde à moi. Là, il lui rappelle que moi je vais partir un jour et fonder ma propre famille alors qu’elle, elle partagera toute sa vie», dit-elle.


Chayma, 16 ans, s’entend aussi bien avec sa mère qu’avec son père. Mais elle a une relation vraiment exceptionnelle avec son papa. La benjamine dit haut et fort qu’elle restera toujours la petite fille de son papa. «J’admire mon père, c’est un homme vraiment spécial. Instruit, éclairé et très attentionné, mon père me fascine lorsqu’il parle. Je suis fière d’être sa petite fille. Et puis, je trouve qu’il est un père exemplaire : il m’écoute, me comprend et me chouchoute beaucoup. N’empêche que ma mère est aussi une femme formidable, mais elle est plus proche de ma sœur aînée. Toutefois, si j’ai une demande, des questions ou un problème, je vais vers ma mère. Elle joue le rôle d’intermédiaire entre mon père et moi. Je pense qu’il est tout à fait naturel que j’aborde certains sujets plus facilement avec ma mère. D’ailleurs mon père ne se vexe pas pour ce genre de choses, il comprend parfaitement. Il ne s’est jamais senti à l’écart parce qu’il intervient de manière indirecte. Cela dit, lorsque j’ai besoin de prendre une bonne dose d’affection, je cours me blottir entre les bras de mon papa», confie-t-elle.


Badîi, étudiant, 22 ans, dit que son père chouchoute beaucoup sa sœur. «Même si mon père montre que ma sœur est sa favorite, cela ne m’affecte pas du tout. En fait, l’on ressent toujours que la fille est comme une hôte qui doit être choyée et entretenue jusqu’à ce qu’elle parte avec son prochain mari. De plus, les filles ont une nature beaucoup plus affectueuse, elles disent des mots doux, elles font tout le temps des câlins et cela les rapproche de leurs pères. En outre, le père ne sent jamais qu’il est menacé de… «perdre» son fils. Plus un fils grandit, plus le père sera fier de lui et lui allouera des tâches plus importantes, dont notamment celle de veiller sur sa sœur. Un père admet plus facilement que son fils devienne un homme, tout comme lui ! En revanche, plus sa fille grandit, plus il voudra l’entourer de son affection parce qu’il s’apprête à la voir partir avec un autre homme. De plus, la fille a déjà moins de droits que les garçons (elle n’a pas le droit de rentrer tard, elle n’a pas le droit de coucher ailleurs, de se vêtir comme elle veut, elle est redevable de plus de correction que le garçon), alors les pères essayent inconsciemment de «compenser» ce manque de droits et de la «dédommager» via une double dose d’amour et d’affection», dit-il.


Rihab, 21 ans, maintient une relation amicale avec son papa. «Mon père est mon ami. Il me fait toujours part de ce qui le dérange, se confie à moi et tient compte de mon avis. Je joue un rôle important dans sa vie. D’ailleurs, les pères qui ont des filles n’ont même pas besoin d’avoir des amis. Moi, je lui raconte beaucoup de choses et je l’aime vraiment beaucoup, mais je ne lui raconte pas tout. C’est à ma mère que je me confie le plus. D’ailleurs, il suffit qu’elle me voit en train de parler à mon père pour qu’elle pique une petite crise de jalousie. Elle me dit toujours que c’est à elle que je dois me confier. De plus, mon père est un esprit ouvert. Il pense que l’éducation trop conservatrice va me bloquer et peut même avoir des répercussions négatives sur ma personnalité et sur toute ma vie en général», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com