Les jeunes et les filières courtes : Ce qui compte, c’est l’employabilité





Après avoir réussi à décrocher le baccalauréat, tous les bacheliers n’ont plus qu’un objectif en tête : réussir leur orientation. Une étape cruciale dans la mesure où l’orientation détermine tout l’avenir…


Cela dit, le cursus universitaire plutôt long n’emballe plus autant les étudiants, semble-t-il. En effet, bon nombre de jeunes ne semblent plus avoir le souffle pour les filières longues. Ce que les étudiants cherchent, c’est d’être embauchés dans les plus brefs délais.


C’est le fort des filières courtes… Qu’en disent justement les étudiants ?


Tunis-Le Quotidien


Aujourd’hui, les nouvelles spécialités élargissent les chances des jeunes gens à trouver une place sur le marché de l’emploi. Bon nombre d’étudiants optent pour les filières courtes dans la mesure où ces dernières leur permettent de finir leurs études à un âge assez précoce. Cinq semestres après avoir décroché leur bac, les étudiants peuvent faire partie de la population active puisqu’ils ont déjà eu leur diplôme d’études supérieures en poche. D’ailleurs, grand nombre des premiers diplômés des ISET ont réussi à décrocher des postes juste après avoir achevé leurs études. D’autres filières semblent prendre la relève pour «appâter» les jeunes étudiants. En effet, avec la sophistication des outils et des processus de production et du travail, le niveau et le type des aptitudes exigées des candidats à l’emploi, le système de l’enseignement doit s'adapter à cette évolution. Les filières longues descendent ainsi de leur piédestal et exercent de moins en moins d’attraits. En revanche, l'enseignement technique et la création de filières courtes proposent un système d’enseignement qui nourrit les aptitudes nécessaires pour les différentes formes d'emplois. Cet enseignement se trouve lié à la nature de la société, au rôle du travail qui lui est associé, ainsi qu’à la façon dont sont perçus et différenciés les différents types de professions.. Naguère, seuls les métiers classiques étaient valorisés dans la mentalité tunisienne. Aujourd’hui, l’enseignement technique gagne de plus en plus de galons et fait l’objet d’un engouement croissant. Les diverses résolutions décidées ces dernières années au profit de ce secteur traduisent une volonté d’actualiser la formation des étudiants en vue de répondre aux nouveaux besoins du marché de l’emploi en personnels qualifiés. L’objectif premier de cet enseignement est de former les compétences nécessaires à l’exercice d’un métier pour déboucher directement sur un emploi.


Yasser Aouini, 26 ans, a choisi la branche de technologie médicale dans la faculté de médecine. Quelques mois plus tard, il a décidé de faire une réorientation pour rejoindre l’ISET de Radès. «Lorsqu’on m’a affecté à la faculté de médecine, j’étais envié par plusieurs personnes. En effet, pour intégrer la fac de médecine, il faut vraiment être chanceux. Toutefois, au bout d’une année, j’ai compris que je n’étais pas à ma place ! D’abord, je suis de formation technique. Les sciences ce n’est pas vraiment mon dada. De plus, j’ai cru pouvoir choisir une branche technologique pour sortir un peu du lot. Mais au fur et à mesure que le temps passait, je me rendais de plus en plus compte que je faisais fausse route. Plusieurs parmi ceux qui ont terminé leurs études en technologie médicale hantaient les cafés, un journal à la main. Ils cherchaient désespérément un emploi. N’importe lequel. J’ai donc compris qu’il ne faut pas croire aux «prestiges» des filières courtes. C’est une illusion. Cela nous mène à croire que nous trouverons un poste honorable et très bien rémunéré rien que parce qu’on a une maîtrise de la fac de médecine ! Mais c’est faux ! J’ai donc fait une demande de réorientation et cela a marché. Mai j’ai dû passer six mois avant d’intégrer l’ISET. Toutefois, cela valait la peine d’attendre parce que la majorité des étudiants trouvaient directement un job après avoir eu leur diplôme. Je suis très heureux d’avoir changé de voie. Je viens d’avoir mon diplôme. Actuellement, je suis à la recherche d’un emploi et je suis très optimiste parce que mon profil est très sollicité par les employeurs», dit-il.


Maher Sallemi, 23 ans, diplômé de l’ISET, a choisi cette filière parce qu’il est doué pour les études techniques et technologiques. Il a opté pour cette spécialité d’étude après mûre réflexion. «J’ai choisi cette spécialité pour plusieurs considérations. D’abord, l’avenir tout entier est lié à la technologie, à l’informatique et à l’électronique. Je crois que d’ici quelques années, toutes les transactions et toutes les opérations financières et commerciales se feront de manière électronique. C’est un domaine qui ne peut pas être saturé dans les années à venir. En plus, les études sont passionnantes et on a l’impression de toucher de très près à la réalité du marché de l’emploi. Troisièmement, si je ne reçois pas une offre d’emploi intéressante, je crois que je m’installerais pour mon propre compte. C’est un domaine qui n’est pas encore très exploité. Toutes ces raisons m’ont poussé à faire ce choix et si c’était à refaire, j’opterai pour la même chose. Et puis, c’est vraiment génial de se retrouver diplômé à un âge aussi jeune que le mien. J’aurais le temps qu’il faut pour bâtir une bonne carrière professionnelle et pour me faire de l’argent. Je suis encore frais, j’ai plein d’idées en tête et j’ai une grande capacité de travail», dit-il.


Yahia, 23 ans, également diplômé de l’ISET, «Les études techniques et informatiques me passionnent. En plus, il existe toujours des postes vacants dans cette spécialité. Le cas échéant, je peux monter un projet. Et puis, j’ai déjà mon diplôme et si je réussis à trouver très vite un emploi, je ferai partie de la population active et je serai indépendant financièrement à un âge précoce. J’ai choisi cette filière sans trop réfléchir parce que je sais qu’il y a toujours des perspectives d’employabilité pour les diplômés des ISET. Le marché de l’emploi est saturé et l’embauche est plutôt ouverte à ceux qui ont suivi une formation de personnels qualifiés. Cela se voit lorsqu’on ouvre la page des annonces des journaux dans la rubrique offres d’emplois ! La mentalité tunisienne continue de dévaloriser ceux qui ne parviennent pas au bout de leurs études universitaires et qui optent pour les filières courtes. Mais ceux qui collectionnent les plus hauts diplômes d’études supérieures et qui sont au chômage sont-ils pour autant valorisés ? Là est toute la question», dit-il.


Marouane Kouki, 26 ans, est maîtrisard de l’ESCAE. Le jeune homme pense qu’une fois le bac en poche, il faut aller jusqu’au bout du cursus universitaire. «J’aurais pu suivre une spécialité semblable dans l’une des ISET, mais j’ai préféré une filière plus longue. D’abord, je me suis renseigné et j’ai su que la majorité des diplômés des ISET finissent par s’inscrire dans d’autres universités pour avoir leur maîtrise. A quoi bon tout ce chemin ? Ne vaut-il pas mieux d’aller droit au but ! De plus, si je me contente d’un diplôme en premier cycle, je serais considéré comme un cadre moyen et je serais payé en conséquence ! Je préfère passer plus de temps à étudier pour avoir un meilleur titre. En outre, le marché de l’emploi est saturé et les diplômés des filières courtes ne trouvent plus aussi facilement un job. Cela a été valable pour les premières promotions. Ce n’est plus le cas maintenant. Cela dit, mon plus grand rêve, c’était d’intégrer la faculté de médecine. Malheureusement, je n’ai pas eu assez de chance ! On m’a ajourné au deuxième tour d’orientation, et ce sont mes parents qui ont choisi l’ESCAE pour moi. Certes, j’aurais tant aimé devenir médecin parce que je suis un scientifique, mais je crois qu’il faut être le fils d’un médecin pour être affecté d’office à la faculté de médecine ! Bref, même si je n’ai pas pu réaliser mon rêve, j’ai tout de même réussi à avoir une maîtrise», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com