Une volte-face et des interrogations





Le dossier controversé du nucléaire iranien n’a pas fini décidément de révéler toutes ses surprises. Après la guerre des mots qui a soufflé le «show» et le froid tout au long des derniers mois, place à la modération et une souplesse toute béate des positions des uns et des autres. La rencontre prévue, aujourd’hui à Genève, entre le diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana et le négociateur iranien sur le nucléaire, Saïd Jalili, verra en effet la participation remarquée, de William Burns, le sous-secrétaire d’Etat américain, en plus des représentants de la Chine, de la Russie, de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne. Au cours de cette réunion, les Six discuteront de leur nouvelle offre, exposée le mois dernier à l’Iran pour l’amener à renoncer à ses activités nucléaires sensibles, et de la réponse iranienne.


L’Administration américaine qui a, jusque-là, porté en horreur la perspective de s’impliquer dans une «prénégociation» tant que l’Iran n’aurait pas renoncé à l’enrichissement de l’uranium, semble revenir à de meilleures intentions.


Quel message veulent faire passer au juste les Etats-Unis en dépêchant à Genève le numéro trois de leur département d’Etat?  Washington qui a usé et abusé tout au long de la dernière période de sa rhétorique guerrière, est-elle plus encline à résorber cette crise par la voie diplomatique et pacifique? Faut-il interpréter la présence américaine à cette rencontre comme un signe avant-coureur d’un prochain rétablissement des relations diplomatiques avec l’Iran, rompues après la révolution de 1979 ? Même si les Américains rejettent d’emblée cette hypothèse, le projet en gestation du département d’Etat d’ouvrir une section des intérêts US à Téhéran révèle, en tout cas, un changement sensible de la politique américaine vis-à-vis de l’Iran.


Même s’il «n’y a pas de chat qui chasse pour le Créateur», comme le souligne un adage bien de chez nous, ce virage américain à 180 degrés constitue, à bien des  égards, un signe positif à encourager pour décanter la situation. Il faut se rendre à l’évidence à cet effet que le recours à la force n’a jamais résolu les problèmes du monde. L’expérience nous démontre par ailleurs que les décisions léonines et les politiques du fait accompli privilégiées par les grandes puissances ne font que générer les sentiments de haine et accroître le fossé de l’incompréhension, surtout quand la légalité internationale est bafouée et que l’injustice est tolérée au gré des intérêts et des desiderata des uns et des autres.


La résolution pacifique de la crise du nucléaire iranien demeure en tout cas, possible pour peu que les principaux protagonistes sachent faire preuve de retenue et consacrent la raison et le dialogue constructif.


L’idéal serait, à cet effet, que l’on débouche sur une dénucléarisation totale de la région ou à tout le moins un contrôle  strict de toutes les activités nucléaires, y compris bien évidemment celles de l’Etat hébreu. Il ne saurait être question à cet effet de continuer  à tolérer les «exceptions à la règle», qui portent gravement préjudice en fait à la stabilité, déjà précaire, dans la région du Proche-Orient.


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com