«Om Elhasène ghannet» : Saliha revisitée






Le spectacle de ce soir à l’amphithéâtre romain de Carthage sera une belle escapade musicale qui nous fera revisiter le répertoire de la diva tunisienne Saliha qui fut la voix céleste de son temps et du nôtre aussi. Pour renouer avec cette grande artiste, on a fait appel à un grand maestro Kamel Ferjani qui place sous sa houlette un grand orchestre et des chanteuses, … grandes par leur sérieux ! Cela dit, avec la grande absence de Nabiha Karaouli qui s’est désistée…


Non sans amertume Kamel Ferjani a annoncé aux journalistes présents lors de la conférence de presse du mardi 22 juillet que Nabiha Karaouli s’est désistée, quant à sa participation au spectacle du jeudi 24 invoquant le fait que la campagne de presse faite autour du spectacle n’était pas à la mesure de sa « grandeur ». Et comme les absents ont ‘’toujours’’ tort, Nabiha aura raté l’occasion d’accoler son nom à celui de Saliha. Surtout que c’est le premier sinon le seul spectacle jusque-là ayant travaillé sur le répertoire de la diva en investissant autant sur un staff de professionnels. Kamel Ferjani, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est un artiste qui fait fi de tout tapage médiatique. Pour l’homme bien né, être bardé de diplômes n’est pas un alibi pour faire la grosse tête. Kamel Ferjani, qui a à ses pieds une expérience de quasiment 20 ans, est tout comme de nombreux artistes qui se respectent, apprécié à sa juste valeur par les étrangers comme les Hollandais, les Grecs et les autres qui  savent appréhender  son  projet artistique porteur de sens.


En Tunisie, Kamel Ferjani, tout comme son compagnon de route Wanès Khligène, doivent convaincre les responsables de leur projet, puisqu’il n’est pas question ici d’une musique qui invite le public à danser ou à chanter. Dans la foulée le maestro avance : «L’art est fait pour hisser le niveau du public et non pas pour lui donner un produit commercial qui va avec son goût et qui, par ailleurs, remplit la bourse de l’artiste de monnaies sonnantes et trébuchantes !» Et il ajoute «Revisiter notre patrimoine culturel, le remettre au goût du jour relève du devoir national que tout un chacun doit honorer. Car ce sera le patrimoine culturel des générations à venir».


Pour le spectacle d’aujourd’hui, Kamel Ferjani et le compositeur Wanès Khligène ont travaillé sur la réécriture des chansons interprétées par Saliha en choisissant pour elles un mode polyphonique, sans toucher à l’intégralité du texte initial. Ils ont tout juste converti cette musique du patrimoine en l’accordant au style orchestral lui faisant gagner en modernité. Le programme du spectacle comportera huit tableaux, nécessairement musicaux. «Même si on intègre quelques danses, mais c’est juste un élément scénographique qui s’ajoute à l’esthétique du spectacle », dit dans ce sens, Kamel Ferjani.


Puisqu’on y est, la scénographie est signée par Nabil Mihoub qui depuis 1985 travaille sur la mise en scène de pièces de théâtre et de spectacles dont celui de l’ouverture de la coupe du monde de handball et celui du cinquantième anniversaire de l’Indépendance. La musique sera interprétée par la troupe de la musique de la Méditerranée que conduit à bien Kamel Ferjani depuis 1991 avec son «armada» de trente-six musiciens et dix choristes. Le tout pour marquer les cinquante ans passées depuis la disparition de Saliha et surtout pour commémorer ses vingt ans de carrière, non des moindres. Kamel Ferjani opte pour des chansons connues du commun des mortels : Om Elhasène ghannet, Rabbi Attani, Ya Khayna, Ya Magouani, Ah ya Khlila, Ya Khamouri, Billah Ya Ahmed ya Khouya..., etc. Un répertoire étincelant qui a suivi l’évolution de l’artiste dont la voix se prête sans problème à toutes les gammes musicales. Unique en son genre, Saliha l’est aussi pour l’unanimité qu’elle a créée dans les milieux  bédouins et urbains qui vibraient à l’unisson à l’écoute de son art. Les connaisseurs vous le diront : aucune artiste jusqu’à nos jours n’est venue égaler, encore moins devancer, la voix flûtée perchée au sommet de la gamme de Saliha.


La chanteuse de la Rachidia était la chanteuse du peuple très prisée par les paroliers et compositeurs de l’époque : Khemais Tarnane, Arbi Kabadi, Mohamed Triki, Ahmed Kheireddine, Salah El Mahdi, Kaddour Srarfi, etc. Voilà pourquoi Chéhrazad Hélal, Rihab Sghaier, Rim Fehri, Dorra Fourti et Sarra Nouiri sans oublier la fillette Sarra Ezzine ont saisi l’occasion en or de participer à ce spectacle, car il est placé sous le signe de la qualité et surtout du professionnalisme. Et elles ne le sont pas moins professionnelles. Car ce sont-là quelques rares artistes qui ont choisi de mener leur chemin petit à petit, mais à pas mesurés, sans passer par la voie facile pour obtenir la notoriété.


«Om Elhasène ghannet», somme toute, sera un pur moment de plaisir qui donnera le luxe à qui le veut bien de songer, le temps d’un spectacle, à Om Elhasène (la belle) qui a chanté un jour :


 « Om Elhasène Ghannet


Foug Echajra…


Samaa Sdaha Mil


Alayel Yebra


Tar Naassi...”


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com