Festival de Carthage: Farès Karam, roi d’un soir






Pour Carthage 2008, la chaîne Rotana a confié le premier des quatre soirs qu’elle subventionne à Farès Karam, une voix montante qui vient du Liban. Et elle a très bien fait. Le public, qui était au rendez-vous, était ravi… L’artiste aussi était bien aux anges et il n’en a pas cru ses yeux. L’aura de Carthage l’a propulsé dans les cieux… et il a excellé.


 


Il est jeune et beau. Et très attendu par ses fans. Filles et garçons, jeunes et moins jeunes se sont préparés pour le voir de près, en chair et en os et l’accueillir à bras ouverts sur la terre de Carthage. L’amphithéâtre était plein à craquer dès 21heures. Plein vraiment comme un œuf. Ceux qui sont venus un peu plus tard ont dû suivre de loin, aux jumelles le concert et debout. C’était comme dans une boîte de sardines. Au point de n’accepter que 25 journalistes dans la place réservée aux chaises. «On nous a donné  des instructions. Et il est pas question de céder…Allez chercher dans les gradins s’il existe encore de la place», lance farouchement une armada d’employés du festival à une foule de journalistes. C’était 21H30. Il a fallu à ces derniers, faire des pieds et des mains et user de tout moyen de piston pour franchir la «zone interdite» et réservée aux VIP. Là aussi, pas l’ombre d’une place. Mais pour l’amour de Farès, tout est permis. On lui a même trouvé et fabriqué de toutes pièces des circonstances atténuantes pour les 17 minutes de retard. Car la star est montée sur scène tout simplement comme une star et il était loin d’être ponctuel. Une chose qui ne confirme point les dires de Ismaïl Ouda, responsable technique et artistique et représentant de Rotana à Tunis, quand il a annoncé la veille, lors d’une conférence de presse que tous les concerts de Rotana vont démarrer à 22heures avec un zéro retard. Aux gradins, on a dû trouver (ou tout simplement inventer) la quelconque excuse de la panne technique. Mais rien de grave ou de lamentable. Car on peut tuer le temps, entre temps, en se regardant les uns les autres et regardant surtout les belles filles de Tunis, hautement branchées, défilant avec leur silhouette de gazelle, bronzées à la tunisienne et laissant derrière leur passage, une traînée de parfum qui fleure bon les grandes marques parisiennes et …américaines de dernier cri.


Derrière elles, leurs copains, amis, frères et autres qui les suivent comme leur ombre et parfois, tirés par le bout du nez, rien que pour le plaisir de Madame et Mademoiselle. Et c’est ça que veut Rotana. Car elle profite pleinement de ce spectacle vivant qui se fait avec le bon public de Carthage et qu’elle ne trouve nulle part ailleurs. Et c’est pour cette raison qu’elle paye si cher la facture. Farès lui a coûté la bagatelle de 60 mille dollars…ou plus. Et qu’elle a dû faire quelques concessions dans les négociations avec la nouvelle direction et faire même  profil bas. Au point de se comporter correctement et de ne plus placer ses femmes et ses hommes malabars aux portes d’entrée, faisant la loi à leur manière. «Nous ne sommes ici que des invités et nous ne possédons pas Carthage. Tout ce que nous faisons et voulons c’est promouvoir et travailler l’art dans le monde arabe», a dit et redit Ismaïl Ouda. Et la promesse, d’après ce premier rendez-vous de la session, a été tenue. Et c’est tant mieux ainsi pour tout le monde.


Tant mieux pour que ça continue dans la transparence et le respect, au bonheur de tous les publics qui, en vérité, aiment les produits de Rotana. Car Rotana sait faire les choses comme il se doit et dans les règles de l’art. Et elle travaille toute l’année, des clips, des nouvelles chansons et fait du matraquage publicitaire, diffusé jour et nuit et qui n’en finit pas. Elle crée l’artiste et le fait valoir. A preuve : le succès de ses enfants là où ils se produisent. A preuve aussi : le bain de foule qu’a connu Carthage avant-hier soir et qui a été transmis en direct sur Rotana. Une soirée des plus belles avec ce talentueux garçon qui promet.


Il était beau comme un dieu, dans sa tenue relaxe. Un jean et une veste noire rehaussée de satin matelassé, qu’il ôtera au milieu de la soirée à force de transpirer, laissant voir un tee-shirt foncé au col blanc qui moule un corps d’athlète. Son look de la sorte et mal rasé était comme pour se débarrasser du  tract et de tout le poids de la scène punique. «Le fait de me produire à Carthage m’impressionne et me fait peur», a déclaré l’artiste à Ismaïl Ouda, deux jours avant qu’il ne rencontre pour la première fois son public tunisien. Dès le premier contact, le courant a vite passé. Tous se sont levés et…à fond la danse, à fond l’enthousiasme, répétant en chœur  les nouveaux tubes. Mais aussi des extraits du patrimoine musical de son pays d’origine. Avec sa voix suave, aérée et aiguë à la fois, il a touché à toutes les sensibilités. Une farandole de chants qui se tiennent et qui ont un sens. Comme Dakhilo, Hakitni, Men win Tolêetli, nassouni Oulli labouki et autres Îni ebîna et Tannoura, aux sons de flûte, de tabla et quelques notes rythmant le savoir-faire de cet artiste. Qui a saisi son public et qui, malgré son regard parfois égaré, impressionné, a su dépasser l’épreuve. Résultat : tout le monde est ravi et tout le monde l’a dit avec des applaudissements et une flopée de brins de jasmins lancés sur scène à souhait… Merci l’artiste et compagnie ! Un petit mot sur le décor, c’est sobre et sans trop de chichi, avec seulement du verre sur des panneaux aux quatre coins de la scène, déversant une lumière tamisée tout en bleu et ça a donné un petit quelque chose de beau. Pour le son, rien à signaler… Le public a quitté Carthage envoûté, en fredonnant quelques refrains… Que veut-on de plus ?


Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com