Khaled Azaïez: «Oui, je raccroche, mais avec beaucoup de regrets»






Grandeur et décadence ou le monde terrible du football. Naguère gardien adulé du CA et par moments international, Khaled Azaïez a connu une fin de carrière précoce et inattendue.


Un certain but encaissé à El Menzah face aux FAR du Maroc a changé le cours de sa carrière. Un but qui a été exploité, selon Azaïez, par ses détracteurs pour le «détruire».


De confidence en confidence, l’ancien gardien clubiste qui a décidé de mettre fin à sa carrière, relate celle-ci avec une certaine amertume mais beaucoup de sincérité.


 


Après avoir été le gardien numéro un du CA, vous voilà aujourd’hui hors circuit après une vraie traversée du désert. Pensez-vous que le but encaissé face aux FAR du Maroc en Coupe d’Afrique ait constitué le vrai tournant de votre carrière ?


Tout ce que je sais et dont je suis convaincu, c’est que certains ont cherché à m’écarter et ont exploité cette erreur pour aller au bout de leurs intentions. En football, tous les gardiens commettent des erreurs mais n’ont pas vu leur carrière compromise. Malheureusement, chez nous un échec est toujours personnalisé et il y a toujours un bouc émissaire. Au CA, c’était moi à l’époque mais il y en a eu bien d’autres avant moi et il y en aura encore à l’avenir.


 


Pourtant, vous étiez avec Fadhel, deux gardiens de valeur qui ont tiré profit de la concurrence pour monter en garde et être sélectionnés dans toutes les catégories. Estimez-vous aussi que la cohabitation avec Fadhel ne vous a pas servi ?


Je crois que les responsables du début des années 2000 n’ont pas su gérer la situation. Avec une meilleure gestion j'aurais pu réussir une grande carrière. En sélection, j’ai livré une dizaine de rencontres. J’aurais pu succéder à Chokri El Ouaer qui a arrêté sa carrière à cause de douleurs au dos. Mais quand la malchance s’en mêle, on n’y peut rien. Je me suis blessé au doigt et je suis resté inactif pendant un an. Et puis, il y a eu le recrutement de Boumnijel au CA.


 


Nourrissez-vous aujourd’hui des regrets ?


Certainement. J'aurais pu réussir une grande carrière de gardien mais par la faute de certains dirigeants qui ont tout fait pour m’écarter, je n’ai pu aller plus loin. Puis, il y a eu la malchance et un environnement souvent hostile. Il faut rappeler aussi que j’ai joué au moment où le CA n’avait pas un effectif de valeur: les échecs répétés en Coupe et en championnat et dans les derbies ont compliqué la situation. Aujourd’hui, à trente-deux ans, je suis loin des terrains alors que je peux encore évoluer au plus haut niveau.


 


Comment s’est effectuée en fait la sortie du club de votre cœur, le CA ?


Dans l’anonymat le plus total. J’ai longtemps été remplaçant de Boumnijel, même quand ce dernier était amoindri par une blessure. La situation devenait au fil du temps insupportable. J’ai perdu le goût de jouer, moi qui étais habitué à être le titulaire à part entière. Et automatiquement avec le temps, on finit par céder au désespoir. Mes dernières sorties n’étaient pas bonnes. Lors du tournoi d’Afrique du Nord, je n’étais nullement motivé et je n’ai joué que parce que Boumnijel était encore en train de discuter avec les responsables pour renouveler son contrat.


 


Avez-vous quand même connu quelques bons moments lors de votre carrière ?


Quelques-uns pas plus, car je ne suis pas venu au bon moment au CA. Ce dernier connaissait une crise de dirigeants. En dix ans, on a gagné une coupe de Tunisie en 2000 et c’est tout.


 


Le CA, ce club connu pour être une école de gardiens de buts, a recruté après Boumnijel, Nefzi. Qu’est-ce qui a changé au juste ?


Tout simplement parce qu’il n’y a plus de travail de base au niveau de ce poste. C’est bien dommage.


 


Il y a eu ensuite vos deux passages à l’ASM puis au SG qui n’ont pas été brillants. Un commentaire ?


La motivation a pris un sacré coup. Et puis, dans ces clubs on croit qu’un gardien recruté va constituer le sauveur de l’équipe et on oublie que le foot est un sport collectif. J’ajouterai aussi que le moral n’y était pas après avoir quitté le CA dans des conditions atroces. Imaginez que les responsables de l’époque ont eu recours au chantage pour me libérer. J’ai dû faire des concessions matérielles pour sortir et changer d’air tout en signant un engagement pour ne plus réclamer mon dû.


 


Et l’expérience avec le SG, elle n’a pas été une réussite non plus ?


L’ambiance n’était pas bonne. Il y avait une lutte de clans. Allez demander l’avis de Tarak Thabet. La résiliation du contrat était nécessaire. Et puis comment peut-on parler de professionnalisme quand on ne perçoit pas son salaire à la fin du mois malgré les engagements du début. Voilà de quoi vous enlever le goût de jouer et cela se répercute inévitablement sur le rendement.


 


Ne pensez-vous pas rejouer en L1 ?


Non. Ma décision est prise. Je quitte. Il y a eu quelques offres de la part de certains clubs mais elles n’étaient pas assez motivantes. Je préfère me retirer. Je possède aujourd’hui un mastère en psychologie du sport et un diplôme d’entraîneur de gardiens de buts. J’attends donc l’occasion pour pratiquer ce métier qui me tient à cœur.


 


D’aucuns estiment que notre football n’offre plus de bons gardiens. Partagez-vous cet avis ?


Un gardien a toujours besoin d’un temps de maturation. Il faut être patient avec les Kasraoui, Mathlouthi, etc… Sinon on n’aura jamais de bons keepers. El Ouaer est devenu intraitable à vingt-huit ans.


Détruire quelqu’un c’est facile. Alors, la patience et le travail sont nécessaires.


 


Quel portier parmi les jeunes pourrait, selon vous, percer ?


Je pense directement à Larbi Mejri. Il a les qualités requises. Il faut aussi qu’il s’arme d’une force de caractère inébranlable.


 


Après un dizaine d’années sous les feux de la rampe, vous voilà loin des regards. Comment vivez-vous cette nouvelle situation ?


C’est le moment de s’accorder du répit. J’ai vécu trop de pression au cours de ma carrière. Je vis bien aujourd’hui loin des yeux, mais il n’empêche que je n’arrive pas encore à oublier l’ingratitude du public clubiste.


 


Expliquez-vous ?


Oui. Il est ingrat avec les enfants du club. D’autres avant moi ont connu le même sort. Même Attouga y est passé, Fessi et Adel Hammami aussi. Et cette pratique ne va pas changer. C’est malheureux de le dire mais c’est comme ça.


 

Jamel BELHASSEN


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com