Congrès du MDS: La guerre des sièges éclipse le besoin de refonte






A quelques jours du 8e congrès national du Mouvement des Démocrates Socialistes (MDS), les calculs électoralistes volent la vedette aux débats sur une refonte nécessaire de la formation.


 


Tunis-Le Quotidien


Naguère locomotive de l’opposition démocratique, le MDS voit depuis le début des années 90 ses forces vives partir  pour flirter avec le parti au pouvoir ou d’autres formations d’opposition et sa crédibilité rétrécir telle une peau de chagrin. Le constat alarmant dressé par cinq députés mécontents du parti, dont Ahmed Khaskhoussi et Taieb Mohsni, après la convocation en mars 1997 d’un «congrès du sauvetage et de la réforme» reste toujours d’actualité.  La tenue d’un «congrès de réconciliation» en août 2004 n’a pas provoqué l'onde de choc espérée. Beaucoup de fondateurs du parti ont refusé de rentrer au bercail en l’absence d’un débat sérieux sur les origines de la crise.  Les retrouvailles entre ceux qui ont accepté de tourner la page étaient plutôt tièdes. «Le  dernier congrès n'a pas débattu des grandes lignes de la politique du parti. Il n'y a pas eu non plus d'autocritique. Ces insuffisances n'ont pas facilité l'action du Mouvement pendant les quatre années, car la méfiance persistait entre les différents clans», précise Laâroussi Nalouti, membre du Bureau politique et député.


Le 8e congrès du parti prévu du 12 au 14 contribuera-t-il à faire changer la donne? «Rien n’est moins  sûr», estime un ancien député du parti, qui s’est retiré de la vie publique peu après le départ du fondateur du parti, Ahmed Mestiri, suite à la déroute électorale de 1989. Et d’ajouter : «comme à l’accoutumée, la guerre des sièges est en train d’éclipser le débat sur une nécessaire refonte du parti. On ne s’interroge que sur les noms du nouveau secrétaire général, des membres du Bureau politique  avec en toile de fond les têtes de listes lors des prochaines élections législatives».


En ce qui concerne la présidentielle de 2009, le congrès doit soutenir la candidature du Président Zine El Abidine Ben Ali. Le secrétaire général sortant, qui maintient toujours le flou sur une éventuelle nouvelle candidature au poste qu’il occupe depuis 1997, ne pourra pas, limite de l’âge oblige,  présenter sa candidature au nom de sa formation.


 


Pourquoi est-on arrivé là ?


La naissance du MDS remonte à 1976. Réunis autour d'Ahmed Mestiri, ancien ministre de l'Intérieur, des militants appartenant au courant libéral au sein du Parti Socialiste Destourien (PSD), parti unique de l'époque, avaient annoncé la création d’un parti d’opposition pour instaurer le pluralisme politique en Tunisie. Lors des  législatives de 1981, le nouveau parti remporte à la surprise générale le scrutin, mais la fraude électorale  l’empêche d'entrer au Parlement. Deux ans plus tard, le 19 novembre 1983, le parti est légalisé, et le multipartisme enfin instauré en Tunisie.


Les ennuis commencent à la veille du scrutin législatif de 1989 quand le MDS avait refusé de faire front commun avec le parti au pouvoir à l’appel de Ahmed Mestiri. Un refus qui s’est soldé par une déroute électorale avec une assemblée générale  composée uniquement d’élus du Rassemblement Constitutionnel Démocratique, héritier du PSD.


Une crise larvée se déclenche avec son lot de démissions et d’exclusions. Peu après Mestiri se retire pour  se consacrer à son cabinet d'avocat. Le parti se scinde en deux tendances. La première conduite par Mustapha Ben Jaâfar, membre du Bureau Politique, souhaite prendre des distances à l’égard du régime, alors que le nouveau secrétaire général, Mohamed Moada, milite pour un rapprochement avec le pouvoir pour contrecarrer la menace intégriste.


Avec Moada aux commandes, le MDS remporte, en 1994, dix des dix-neuf sièges réservés à l'opposition et la situation se caractérise par une relative détente. Une année après des résultats catastrophiques de l’opposition aux municipales (six sièges sur plus de quatre mille) réveillent les démons de la division.  C’est alors que Moada fit volte-face  et se trouva, du coup, condamné à onze ans de réclusion pour «intelligence avec une partie étrangère». Relâché, le 30 décembre 1996, après quatorze mois de prison, il a été a réhabilité peu après dans ses droits civiques et politiques.


 En mars 1997, Boulehya, qui assurait l’intérim, convoque un «congrès du sauvetage et de la réforme» boycotté par une majorité des membres du Bureau Politique et des députés du mouvement. Cela n’avait pas empêché Boulehya de se faire élire secrétaire général.


Fortement contesté par la base mais reconnu par la justice suite à un bras de fer avec ses détracteurs, le nouvel homme fort du MDS tente depuis son élection de resserrer les rangs fragmentés du parti. Ce n’est qu’en 2003 qu’il est parvenu à convaincre une partie des partisans de Moada de le rejoindre et d’autres contestataires dont  Taieb Mohsni, Sahbi Bouderbala  et Mohamed Ali Khalfallah à réintégrer le MDS, qui ressemblait depuis des années à une coquille vide. Plusieurs piliers du parti ont cependant préféré rejoindre d’autres formations ou prendre leur retraite politique. En août 2004, un congrès consensuel s’est achevé par la reconduction de Boulehya à la tête du parti. Mais le consensus s’est très vite avéré mou. En l’absence d’un débat sur les orientations futures du parti, qui fut plusieurs années durant à l’avant-garde du combat pour le pluralisme, certains revenants ont de nouveau basculé dans la dissidence à l’instar de Mohamed Ali Khalfallah, qui avait était élu président du conseil national, alors que d’autres continuent à regarder leurs ennemis d’hier avec beaucoup de méfiance…


 

Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com