Anis Lassoued: «Les idées ne manquent pas, seul l’argent fait défaut ! »






De ses potentiels artistiques, on ne discute pas. Anis Lassoued, les pieds sur terre, sait bien faire le bonheur des cinéphiles et défendre le cinéma tunisien à sa façon. Ambitieux, il sait bien transformer les nombreuses idées qui se disputent dans sa tête en de belles réalités. «Les nuits cinématographiques de Nabeul» - dont il est le directeur artistique - témoignent de cette persévérance et cette ambition qui ont mené ce jeune cinéaste loin des sentiers battus. Du bilan cette manifestation, de sa nouvelle orientation cinématographique et du rapprochement culturel entre le cinéma tunisien et celui des pays du Golfe, Anis Lassoued nous en a parlé en détails !


 


Après plus d’une semaine de la clôture, êtes-vous parvenu à atteindre les objectifs lancés avant le démarrage de cette 2e édition ? 


Avec ce petit recul et en attendant que l’équipe se réunisse pour faire le bilan, je pense que nous sommes parvenus à réaliser avec brio tous nos objectifs. Nous sommes une équipe réaliste qui aime le cinéma et qui veut avancer à pas sûrs. Nous avons des plans et des stratégies de travail qui correspondent à chaque étape. Et si j’annonce la réussite de cette 2e édition, c’est en fonction de plusieurs critères qui restent déterminants pour faire le bilan de l’affluence du public, des avis des artistes et des invités de marque. Quand on a commencé à réfléchir au menu de cette édition, nous avons choisi de jouer la carte de la qualité et de la découverte pour répondre aux attentes d’un grand public qui nous a soutenus lors de la 1e édition et aussi pour être à la hauteur des responsables, des sponsors et de nos partenaires qui nous ont fait confiance. Sincèrement, si cette édition a réussi, c’est grâce à ces gens qui ont cru à notre projet culturel et c’est aussi grâce à une équipe de volontaires qui n’ont pas épargné d’efforts pour réussir cette session.


 


Cette année, et avec un programme recherché, vous avez réussi à drainer plusieurs artistes tunisiens… un vrai acquis, n’est-ce pas ?


La présence de mes collègues cinéastes et comédiens m’honore. Je suis fier parce qu’ils ont répondu à l’invitation de l’Association des Cinéphiles de Nabeul et ont accepté de partager avec les Nabeuliens le plaisir du grand écran. Nous avons eu parmi nous des têtes d’affiche du cinéma tunisien comme Naceur Khemir, Moncef Dhouib, Fatma Ben Saidane, Raouf Ben Amor, Mohamed Ali Ben Jemaâ. Je suis reconnaissant à tous mes amis artistes qui sont venus et dont la présence m’a encouragé à aller encore loin. Quant au public, il a beaucoup apprécié ces rencontres avec ces stars et a profité de l’occasion pour débattre avec eux de plusieurs sujets. Je pense que même les artistes ont été satisfaits, d’ailleurs Naceur Khemir a déclaré, lors de la projection de son film à l’ouverture, qu’il est heureux parce le grand public peut voir son film et apprécier les nuances des tons et des couleurs avec cette excellente qualité d’image. En tant que cinéaste, je sais bien que le côté technique et la qualité de la projection sont deux facteurs primordiaux pour la réussite de n’importe quel film. Et, heureusement, nous avons réussi toutes les projections et nous n’avons pas eu aucun problème technique. 


 


Mais à côté de ces noms, «Les nuits cinématographiques de Nabeul» ont attiré cette année l’Institut Français de Coopération, Goethe Institut, la direction du Festival de l’Amour de Mons et surtout le «Gulf Film Festival» et le festival du documentaire «Anasy» d’Abu Dhabi. Quel bilan faites-vous de ces multiples partenariats ?


Pour nos partenaires habituels, comme l’Institut Français de Coopération et Goethe Institut, je pense que, d’une édition à une autre, notre capital «confiance» ne cesse d’augmenter. Et c’est grâce à ces deux institutions que nous avons meublé deux grandes soirées qui ont permis au public de découvrir de près le cinéma français et le cinéma allemand, loin des circuits commerciaux. Nous avons été  très touchés par la présence de Son Excellence l’ambassadeur de l’Allemagne en Tunisie et des responsables de l’Institut Français de Coopération. Quant à la coopération avec le Festival de l’Amour de Mons, qui s’inscrit dans le cadre du jumelage entre Le Hainaut et Nabeul, le public a été agréablement surpris par ces sujets socio-politiques, d’actualité brûlante, traités sous forme des courts-métrages d’animation. C’est une vraie découverte !


Toujours dans ce même esprit de découvertes et d’innovation, nous avons choisi de nous ouvrir sur l’expérience cinématographique des pays du Golfe, en organisant deux soirées en collaboration avec ces deux importants festivals, à savoir, «Gulf Film Festival» et le festival du documentaire «Anasy» d’Abu Dhabi. C’est un cinéma nouveau qui, à mon avis, mérite d’être vu.


 


Cette focalisation sur ces deux festivals déterminera-t-elle l’orientation de prochaines éditions ? Et que pensez-vous, en tant que cinéaste, du cinéma dans les pays du Golfe ?


Nous tenterons de mettre dans les prochaines sessions l’accent sur les expériences des cinéastes arabes. Nous voulons cimenter les relations culturelles entre les pays arabes et rapprocher les créateurs. En invitant ces deux festivals, nous avons voulu offrir l’occasion de voir puis de juger ce cinéma qui avance à pas sûr. Côté technique, il y a encore un bon travail à faire mais pour les sujets traités, j’ai été moi aussi agréablement surpris  - comme d’ailleurs le public  - par l’audace du traitement des sujets qui sont considérés comme tabous comme la religion, les rapports homme- femme etc. Ce que j’ai remarqué, aujourd’hui, les pays du Golfe veulent bien que leur cinéma arrive à se positionner dans la carte cinématographique arabe. La présence parmi nous de Mme Dhikra Ouali, directrice du festival «Anasy» de Abu Dhabi tout au long du festival, et de Son Altesse Cheikh M’hammed Al Nahyane et sans oublier son Excellence l’ambassadeur des Emirats Arabes Unis témoignent de cette orientation.


 


Alors est-ce la réussite totale ? Quels sont les détails qui vous ont échappé  


Tant que nous avons réussi nos objectifs, nous sommes satisfaits. Nous avons fait de notre mieux et nous avons essayé de répondre aux attentes de notre public et de nos invités artistes et responsables tout en restant fidèles à notre approche. Je suis aussi reconnaissant à l’Académie d’Art de Carthage qui s’est penchée sur le bon déroulement des ateliers, au gouverneur de Nabeul, au ministre de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine, aux sponsors et aux habitants de Nabeul qui ont contribué à leur façon pour la réussite de cette édition. Nous avons pensé à lancer d’autres projets en parallèle, toujours dans le cadre de cette même manifestation, mais faute de moyens, nous nous sommes contentés du programme lancé dans la conférence de presse. Nous avons en tête le lancement d’un quotidien qui fait le suivi des activités de cette manifestation en collaboration avec les étudiants de l’Institut de presse et des sciences de l’information, des expositions, des ateliers, des sections hommage à des cinéastes ou à des cinémas du monde entier…Les projets ne manquent pas, seul l’argent fait défaut !


 


Vous avez réussi à animer la ville de Nabeul et à en faire une destination culturelle parallèlement à sa vocation de belle station balnéaire. Avez-vous un projet dans lequel vous pourrez joindre les deux bouts ?


Je souhaite que ces mêmes autorités locales et nationales qui nous ont fait confiance nous aident à élargir notre champ d’action pour impliquer toute la ville. J’espère que les autorités accepteront que nous élargissons nos activités pour intégrer le centre « Néapolis » - ce précieux site archéologique délaissé - dans le circuit des espaces qui accueillent les projections de notre festival. Je souhaite qu’on nous donne cette chance car je pense que ce sera très agréable de relooker ce site et de l’ouvrir en tant qu’espace culturel qui peut accueillir les débats avec les artistes… Parler du cinéma, au clair de la lune, dans un lieu pareil… c’est vraiment un joli rêve que nous souhaitons réaliser ! Pour la prochaine édition, nous espérons avoir les moyens nécessaires pour inviter des cinéastes et des critiques du monde entier. Ainsi la culture peut être au service du tourisme et vice versa !


 

Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com