La Palestine rend hommage à Mahmoud Darwich






Le poète palestinien Mahmoud Darwich, mort samedi dernier, aura droit aujourd’hui à des funérailles nationales à Ramallah. Et ses obsèques seront à la mesure de celles de l'ancien président Yasser Arafat.


 


Les habitants de Ramallah allument des bougies pour honorer sa mémoire. Le souvenir de l'un des plus grands poètes de langue arabe. Un homme pour lequel le président palestinien Mahmoud Abbas a décrété un deuil national de trois jours.


"Le décès de notre grand poète Mahmoud Darwich, l'amoureux de la Palestine, le pionnier du projet culturel moderne palestinien et le brillant dirigeant national, va laisser un grand vide dans nos vies politique, culturelle et nationale", a ainsi déclaré Mahmoud Abbas. En ajoutant: "Les mots ne (peuvent) décrire la profondeur de la tristesse" qu'éprouve le peuple palestinien.


Mahmoud Darwich était un auteur engagé dans la cause palestinienne. Il avait démissionné du comité exécutif de l'OLP lorsque l'autorité palestinienne avait signé avec Israël les accords de paix d'Oslo, en 1993. "Il représentait la douleur palestinienne, explique cet écrivain palestinien, Hassan al-Kashef. Depuis la Nakba (la catastrophe de 1948) jusqu'à son intervention chirurgicale au cœur, il y a deux ans. Que son absence soit une leçon pour l'unité du peuple palestinien".


Le président palestinien aimerait que Mahmoud Darwich puisse être enterré dans sa Galilée natale.


 


Le porte-parole de tout un peuple


Son œuvre comprend vingt grands recueils de poésie ainsi que plusieurs ouvrages en prose et de nombreux articles. Elle est traduite dans plus de quarante langues.


Arraché à sa terre à l'âge de 6 ans, il fut ballotté dans la tourmente politique et la guerre de libération. Porte-parole malgré lui de tout un peuple, ses premiers textes furent associés à la cause palestinienne, sans toujours y avoir été destinés. Sa poésie, adulée dans le monde arabe, chante l'exil, la guerre, la prison, l'amour. Ce succès populaire, il le doit en grande partie aux nombreux artistes qui ont chanté ses vers.


Mahmoud Darwich n'a jamais voulu être ni héros ni victime, seulement un homme, apatride, avec ses souffrances et ses joies simples. C'est sûrement cette volonté farouche de se démarquer de toute forme de militantisme qui donne une telle force à sa poésie.



Celle-ci lie l'intime et le collectif, l'amour d'une femme et celui d'une terre, l'expression du désir de vivre et celle du combat politique. Mahmoud Darwich réinvente une langue empreinte des modèles de la littérature arabe médiévale; il réhabilite les muallaqu'ats délaissées par ses contemporains et redonne ses lettres de noblesse à une langue ancestrale en l'ancrant dans un présent qu'il souhaite au plus proche du réel. Un réel violemment rattrapé par l'Histoire : «Notre problème littéraire permanent, à nous Palestiniens, est que nous sommes condamnés à être les enfants du moment immédiat, parce que notre présent ne se résout ni à commencer ni à finir».


 


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* Principaux ouvrages


 


* Aux éditions Actes Sud 


 


Comme des fleurs d'amandier et plus loin encore, Poèmes, textes arabes traduits de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar (sept. 2007); entretiens sur la poésie, Avec Abdo Wazen et Abbas Beydoun (Essai littéraire, 2006) ; Ne t'excuse pas (Poésie, 2006) ; Au dernier soir sur cette terre (Poésie, 1994) ; Murale (Poésie, 2003) ; Le lit de l'étrangère (Poésie, 2000) ; La Palestine comme métaphore (Entretien, 1997) ; Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ? (Poésie, 1996) ; Une mémoire pour l'oubli (Récit, 1994).


Autres


La terre nous est étroite et autres poèmes (poèmes, Gallimard, 2000) ; Palestine, mon pays : l'affaire du poème (Éditions de Minuit, 1988) ; Rien qu'une autre année,


 


* En quelques dates


 


1941 : naissance près de Saint Jean d'Acre


1948 : 1er départ familial au Liban


1950 : retour clandestin en Galilée


1960-70 : milite au sein du Parti communiste israélien, est emprisonné à plusieurs reprises


1970 : fuit Israël, s'installe à Beyrouth


1982 : quitte volontairement Beyrouth avec l'OLP, vit entre Paris et Tunis


1993  : démissionne du comité exécutif de l'OLP

Depuis 1996 : vit entre Ramallah et Paris


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com