Zohra Lajnef: Gafsa, mémoire d’une femme






Les cheveux toujours au vent, le sourire charmeur et l’allure purement tunisienne, Zohra Lajnef, avec sa voix suave, sait bien raconter le Sud tunisien, à sa façon et loin des stéréotypes et des images folkloriques. Avec son spectacle «Chama» -traduit par «Grain de beauté»-, l’enfant de Gafsa accompagnera, ce soir, le public d’El Abdellia.


 


Zohra Lajnef est une étoile montante dans le ciel de la musique tunisienne. Une étoile qui travaille et qui cherche à avoir sa place sur la carte artistique internationale sans se perdre dans les dédales de la mondialisation et de la standardisation des goûts. Diplômée de l’Institut Supérieur de musique, elle a opté d’aller au-delà des expériences coutumières et des chemins ordinaires. Elle, qui vient de Gafsa, ce bassin minier, de ces montagnes et villages perchés dans le désert, sait bien qu’elle doit combattre pour parvenir à ses objectifs, pour trouver sa ligne et imposer son style. Alors, en préparant son mémoire de fin d’études qui portait sur le thème de la chanson patrimoniale dans les zones rurales de Gafsa, Zohra Lajnef s’est rendu compte de la richesse de l’héritage musical de sa terre natale. Des trésors qui sont restés pour longtemps méconnus et marginalisés par les chercheurs, les musicologues et même par les chanteurs qui se contentaient de certains moules artistiques consommés.


Alors, dès qu’elle a achevé ses études académiques, Zohra Lajnef a choisi d’aller à l’écoute de ces voix bédouines spontanées qui ont bercé son enfance et ont marqué son cœur et son esprit. Fière de ses origines, Zohra Lajnef ne rate pas l’occasion de parler de ses influences artistiques, de ces noms qui lui ont permis de savourer la noblesse de la musique, la force d’une note et d’une expression. En parlant de Fayrouz, Saliha, Hédi Jouini, Edith Piaf, Dalida ou Pavarotti, Zohra Lajnef n’oublie pas de parler de la voix de sa mère. Cette femme, bédouine authentique, qui chantait son quotidien au quotidien… Et sa mère n’a jamais été un cas isolé ou particulier car chanter était presque le seul loisir et l’unique moyen d’expression pour ces femmes qui habitaient loin des grandes cités et des quartiers huppés. Passionnée de cet héritage et de ces chansons qui l’ont marquée, consciente des enjeux artistiques, Zohra Lajnef a choisi d’œuvrer à sa manière pour dépoussiérer et valoriser ces perles musicales qui risquent de se perdre dans le labyrinthe de la modernisation.


Attentionnée, elle opte pour la reprise de ces chansons tout en y introduisant un souffle nouveau qui leur permet de sortir de leur cadre régional pour un cadre plus vaste sans qu’elles perdent leur valeur ou leur cachet. Sans heurter son public et fidèle à sa mémoire, elle a pu introduire des notes jazzy dans plusieurs chansons de son premier album «Ragrag». Un joli album qui a trouvé de bons échos et qui a permis à cette voix de se produire dans plusieurs prestigieux festivals nationaux dans divers coins de la Tunisie et de participer dans beaucoup de manifestations musicales de renom comme «Musiqat». L’authenticité et l’ouverture, deux mots-clés qui vont de pair dans le projet musical de Zohra Lajnef qui a réussi à faire tourner la tête de directeurs artistiques de plusieurs festivals internationaux et des artistes qui ont aimé son style et même son allure qui rappelle la beauté de la Tunisie. Car avec sa voix pure et suave, Zohra Lajnef a choisi de travailler tous les détails pour ne laisser aucune fausse note. La chevelure baignant dans le noir, les yeux aussi noirs, bien dessinés avec du khôl, Zohra Lajnef a créé son propre style vestimentaire dans lequel elle met en exergue quelques accessoires qui font la beauté et le charme des habits traditionnels de Gafsa. Pour ce rendez-vous avec le public d’El Abdellia, cette voix gafsienne jouera la carte de la séduction grâce à son «Grain de beauté» - le titre de son spectacle. Qui peut lui résister ?…


 

Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com