Un soldat russe en Géorgie: «Qui vous a dit que nous partions ? Nous ne laisserons jamais l’OTAN s’installer»
«Qui vous a dit que nous partions ? Nous ne partons pas. Certaines forces vont peut-être partir. Mais pas nous !», lance un colosse Russe en treillis vert qui se tient debout, sur la route de Tbilissi à Gori. De faction à un poste de contrôle situé à quelque 40 kilomètres de la capitale géorgienne, Iouri, qui dit se «battre depuis 12 ans mais n’avoir jamais vu d’aussi grandes horreurs que celles qu’ont commises les militaires géorgiens à Tskhinvali», apparaît plutôt nerveux et expéditif avec les voitures de journalistes qui tentent de passer le check point. «Ceux qui ont des accréditations russes, avancez. Les autres, dégagez», déclare-t-il d’une voix de stentor, exprimant une exaspération toute particulière pour les reporters britanniques et américains, «ces salopards». La nécessité, pour la presse, de disposer d’un document officiel russe pour se déplacer, en dit long sur la manière dont l’armée venue du Nord étend avec aplomb son contrôle. «J’ai le cur brisé de voir ces Russes se promener en chars sur ma terre. Ils se prennent pour les maîtres», lâche Giorgi, un chauffeur géorgien.
Seuls les Français, les Italiens et les Espagnols semblent trouver grâce aux yeux du militaire russe. «Si nous partons, dit Iouri, Saakachvili recommencera la guerre. Il faut se débarrasser de ce cinglé, qui crie comme une femme hystérique en se cachant derrière les jupes des Américains. C’est elle (il veut parler de Condoleezza Rice, NDLR) qui a tout manigancé et qui est à la manuvre !» Sur le bas-côté, un char totalement enterré pointe son canon. D’autres blindés lourds sont déployés de l’autre côté de la route, à l’entrée d’un village géorgien tranquille mais affamé, qui s’est vidé des deux tiers de sa population pendant les premiers bombardements.
De jeunes soldats russes dévorent à belles dents des pastèques pour soulager leur soif, car le soleil tape. Au fur et à mesure que le contact se noue, ils n’hésitent pas à dire qu’ils «ont envie de rentrer à la maison, car on n’est jamais mieux que chez soi».«Moi aussi, j’en rêve, j’ai un enfant de deux ans, ma femme est enceinte, dit Iouri, en nous montrant les photos sur son portable. Mais nous voilà bloqués ici, à cause du gang de Saakachvili. Il faut s’en débarrasser ; mais vous, l’Europe et l’Amérique, vous travaillez pour lui. On vous paie pour écrire vos mensonges».
Tragédie
Quand on lui demande si les chars russes vont marcher sur Tbilissi, Iouri ne l’exclut pas tout à fait, tout en disant que ce serait une tragédie. «Vous auriez pu imaginer que la Russie et la Géorgie se fassent la guerre ?», demande-t-il à Giorgi, le chauffeur. «Nous vivons ensemble depuis des siècles, c’est l’Amérique qui vient tout embrouiller», croit comprendre Iouri, qui dit être nostalgique de l’URSS, «quand nous étions tous ensemble».
«Nous sommes ici parce que nous ne laisserons jamais l’Otan s’installer, jamais, vous entendez ?», ajoute-t-il. Iouri enrage de voir l’Amérique «montrer son nez» partout aux frontières de la Russie. «On n’a pas envie que vous bombardiez ici, comme vous l’avez fait en Yougoslavie et en Irak. C’est notre espace». Iouri espère beaucoup en Obama, «qui est un homme éduqué et réfléchi, et qui veut la paix, pas imposer la démocratie avec des baïonnettes comme Bush et Saakach».
Dans le village où Iouri le colosse est cantonné, les vieux Géorgiens installés à l’ombre de leurs petits jardins disent que les militaires russes «se comportent bien». Ils en veulent énormément à Saakachvili d’avoir «commencé une guerre qu’il n’arrive plus à finir, et d’avoir ainsi démoli son peuple». «Il n’en a plus pour longtemps, juge un homme d’âge mûr. Mais c’est à nous de nous en occuper. Pas aux Russes». L’homme dit avoir peur qu’ils ne partent plus jamais. Brusquement, sur la route, passe la voiture du général Borissov, responsable du secteur de Gori. Il est très énervé : «Les Géorgiens ont fait capoter les négociations sur l’échange de prisonniers, donc on ne laisse entrer personne dans Gori», dit-il. Voilà un beau prétexte pour ne pas partir.
D’après «Le Figaro»
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* Guerre du Caucase : La Russie commence à retirer ses troupes
La Géorgie dénonce un «show»Plusieurs témoins indépendants ont vu une colonne quitter la ville géorgienne de Gori, mais la Géorgie dénonce un «show».
L’OTAN n’a aucun signe de retrait russe, selon son chef.
Le Quotidien-Agences
Après plusieurs rappels à l’ordre de la communauté internationale, Moscou a semble-t-il commencé hier à retirer ses troupes de Géorgie. Dans la matinée, près de la ville géorgienne de Gori, une colonne de blindés russes, présentée par les militaires russes comme «l’une des premières colonnes à quitter la Géorgie», a en effet pris la direction de la Russie sous les yeux de plusieurs journalistes internationaux. Un lieutenant-colonel russe a donné devant eux l’ordre à cette colonne comprenant sept blindés, trois chars et deux camions militaires de la 58e armée russe de prendre la direction de Tskhinvali, en Ossétie du Sud, et de continuer ensuite vers le nord, jusqu’à Vladikavkaz, en Russie.
Un porte-parole du gouvernement géorgien a presque aussitôt dénoncé un «show destiné à créer une illusion de retrait». D’après lui, Aucun char ni aucun soldat russe n’a quitté la Géorgie.L’Otan par la voix de son secrétaire général Jaap de Hoop Scheffer a également déclaré n’avoir aucun signe de retrait russe de Géorgie.
Un peu plus tôt, un autre signe de détente laissait penser que le processus avait commencé, quand les deux pays ont procédé à un échange de prisonniers. L’échange, qui a eu lieu à Igoïeti, un village distant d’une trentaine de kilomètres de Tbilissi, a porté sur treize Géorgiens et cinq Russes. Les deux parties ont par ailleurs donné successivement leur feu vert à l’envoi immédiat de 20 observateurs militaires de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) supplémentaires en Géorgie. Ils sont attendus à «la zone de conflit adjacente à l’Ossétie du Sud».
Le diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, a fait savoir qu’il espérait un véritable retrait russe «dans la journée», ajoutant que les Russes étaient «allés au-delà des limites» acceptables par l’UE.
L’OTAN durcit son langage
Réunis à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères des 26 pays de l’Otan ont décidé de mettre en garde la Russie. Ils se sont mis d’accord pour «un durcissement du langage» face à la Russie, estimant que «l’attitude des forces russes n’était pas compatible avec un certain nombre de règles et d’accords».
«L’Alliance examine sérieusement les conséquences des actions de la Russie pour la relation Otan-Russie» et appelle «Moscou à démontrer, tant par la parole que par les actes, son engagement en faveur des principes sur lesquels nous avons fondé notre relation», précise cette déclaration adoptée lors d’une réunion extraordinaire des chefs de la diplomatie de l’Otan à Bruxelles.
La communauté internationale attend depuis avant-hier des preuves de ce retrait russe, comme l’avait promis la veille le président russe, Dmitri Medvedev. Moscou s’y était en effet engagé conformément à l’accord de cessez-le-feu, prévoyant le retour aux positions antérieures au 7 août dernier, date à laquelle a éclaté le conflit en Ossétie du Sud.

