«Les noms des Tunisiens» de Paul Marty : Dites-moi quel est votre nom, je vous dirai votre histoire…

D’où vient mon nom ? Une question qui a été derrière la naissance d’un livre de poche, publié dans la collection MC- Editions et intitulé tout simplement «Les noms des Tunisiens ». Voulez-vous savoir l’origine de votre nom, n’hésitez pas à fouiller dans les lignes de cette publication qui porte la signature de Paul Marty.

 

Passionné par l’Afrique et en particulier par la Tunisie, Paul Marty (1882-1939) a vécu et travaillé durant de nombreuses années en Afrique du Nord. A son compte, plusieurs études et publications où il a tenté de lever le voile sur diverses questions relatives au vécu en Afrique, à l’Islam et les tribus maures. «Les noms des Tunisiens» qui vient de voir le jour chez MC- Editions est à l’origine une étude intitulée «L’onomastique des noms propres de personnes» et qui a été publiée sur les colonnes de «La Revue des Etudes Islamiques» en 1936, et précisément dans le cahier IV.

Dans un style comparatif et accessible, l’auteur a analysé l’onomastique des noms tunisiens, mettant l’accent sur les différents facteurs et les diverses influences qui ont contribué à l’enrichissement du champ des noms. Ainsi, Paul Marty nous explique dès les premières pages que le fond traditionnel s’est enrichi grâce à deux facteurs fondamentaux. Primo, la conquête arabe de l’Afrique et l’avènement de l’Islam à ces nouvelles terres ont donné naissance à de nouveaux noms et prénoms qui ont marqué ces changements socio- religieux. Secundo, l’influence étrangère due à l’occupation qui a été l’origine de l’introduction de nouvelles appellations qui ont accompagné ces mutations socio-politiques. Pour appuyer ses constations, l’auteur a retracé plusieurs listes où il met en exergue les changements qui ont eu lieu suite à deux facteurs. Car avec l’arrivée de l’Islam en Tunisie, il y a des siècles, plusieurs noms ont été introduits traduisant l’attachement des Tunisiens- qui étaient des Berbères à cette époque- à la nouvelle religion. Alors le mot «Abd» qui signifie serviteur, adorateur s’est lié à l’un des 99 noms augustes, qui marquent les qualités infinies de Dieu d’où plusieurs noms comme «Abd el Qader» qui veut dire «Le serviteur du Puissant» et la liste de ces nouveaux noms d’ordre religieux est encore longue. Pour le deuxième facteur relatif à la colonisation et à la présence d’autres communautés étrangères, l’auteur a cherché dans les noms de famille qui repèrent ces conversions, présentant une liste exhaustive des noms et des régions qui sont touchés par ce mouvement. Au-delà de ces deux facteurs, Paul Marty a noté d’autres influences qui ont permis cet enrichissement, à savoir les croyances et les superstitions, les accidents de la vie quotidienne et les altérations phonétiques et graphiques. Ces éléments ont été derrière la naissance de nouveaux noms qui répondent à ces donnes d’où le nom «Hadda», qu’on donne à la 3e ou à la 4e fille dans l’espoir qu’elle clôture la série de la génération féminine dans la famille où «Mouldi» donné au garçon né à l’occasion de la célébration de la naissance du Prophète Mohamed (dite mouled).

Dans cette recherche dans les noms, les prénoms et les sobriquets, le chercheur nous présente une liste détaillée sur les diverse catégories des noms comme ceux tirés de particularités physiques tel que «Lazaâr» et «Zaâra» (Blond, blonde) ou ceux liés à des éléments de la nature tel que «Gamra» (Lune), «Nejma» (Etoile) etc. des noms tirés de la faune et la flore, Paul Marty n’a pas oublié de nous parler et surtout de cette tradition qui marque bel et bien la région de Sfax connue pour ses noms de végétaux comme «Besbes» (Fenouil), «Keriaa» ( petite citrouille), «Kammoun » (Cumin), «Louz» (amandier ou amande) etc.  

D’autres belles histoires sur les origines des noms tunisiens et leurs appartenances géographiques sont au menu de ce livre de poche, composé de 123 pages. Un livre qu’on ne peut pas lâcher dès la couverture qui nous met dans cette ambiance de rencontre et d’échange. Pour le côté scientifique de la recherche, Paul Marty souligne qu’il s’est appuyé non uniquement sur les livres pour savoir les origines géographiques des noms mais aussi sur nombreuses listes établies pour le recensement militaire, les registres d’état civil, les listes d’impôt d’Etat et de taxes municipales, les registres d’inscription des étudiants de la Zitouna et des autres Médersa, des chroniques judiciaires des Parquets français et tunisien etc.  

Curieux, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur ce livre qui ne coûte que 8 DT.

 

Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com