Bilan du 44e festival de Carthage (2): Au bout de tout compte, le menu est digeste






Et sans trop de doute, il est assez copieux. Sauf quelques rares soirées, pendant lesquelles Carthage a crié misère en accueillant des intrus parachutés de je ne sais où, des greffés de dernière minute et qui n’ont rien à voir avec le monde de l’art et celui de la culture. Car la greffe avait du mal à prendre avec quelques revenants. Qui auraient leur place bien ailleurs mais pas à Carthage. Surtout pas à Carthage.


 


Et sans aucun autre doute, tout le monde sait que Carthage n’a pas été lors des  sessions précédentes au pic. C’était un festival tout court. C’était seulement pour dire qu’il y a eu un festival et des festivaliers, des soirées et des artistes. Et tout un manège à se raconter et à inscrire aux archives et dans les mémoires. Avec des justificatifs à l’appui. Mais l’essentiel réside ailleurs. Dans la qualité de la programmation. C’est l’assise d’un festival, qui va occuper les festivaliers un bon moment de l’année et doit  les marquer.


Puis le reste, tout le reste vient après. Mettre donc au point un programme n’est pas facile. Et ce n’est pas non plus à la portée de monsieur tout le monde. Soit on est capable d’accomplir la mission, soit non. Car prévoir ce qu’aiment les gens est en lui-même un savoir-faire.  Du domaine de la vraie programmation. Cette programmation qui n’est pas seulement de remplir un vide. C’est de l’art et de la compétence à la fois. Il y a des vagues et des choses en vogue dont il faut tenir compte et des publics qui changent au gré des modes et autres tendances. Il y a un flair et des choses à suivre et à saisir au bon moment. Il y a un œil qui ne se clôt pas, ouvert sur tout et qui, au fil de la chasse de nouvelles têtes, ne loupe rien. Et qui saisit au vol le moindre nouveau courant d’air. Ensuite, arrive le budget. Un budget à respecter tout en ne tombant pas trop bas. Pas évident ! Suivra tout un bal de négociations. Et autres considérations de piston et de la part de X et Y, à prendre en compte tout naturellement. Avant d’entamer le dossier de l’organisation. Dernier volet, la mise en place de la sécurité du public. Un public est un mélange de tout et qu’il faut contenir dans son tracé pour qu’il ne délire pas. Ceci est l’autre tâche à accomplir et avec un autre art pour ne pas choquer. Carthage 2008 a, cette session, échappé aux critiques habituelles. Soit négatives soit caressantes au sens du poil et sans aucune logique. Mais là aussi, il y a problème. En tout cas, les critiques les plus rationnelles qui rôdent encore dans le paysage ont fermé les yeux sur quelques carences. Car ce qui s’est passé n’est pas très flagrant et ils ont fini par lâcher leurs armes, abdiquer et ont pardonné aux responsables les failles de l’été. Et de ses grandes chaleurs. Une mission quasi bien remplie et des soirées qui nous ont fait penser aux temps anciens. Quand nos créateurs se sont déchaînés pour colorer la scène de gloire. On n’est encore pas aux temps de Ben Ayed, de Brahem, de Dhekra… et autres. «Instants de joie» de l’ouverture a déjà annoncé les couleurs de la 44e session. Les soirées se sont succédé, constellées de théâtre, de cinéma, et surtout de musique. Des musiques. Avec des musiques de l’Occident. De l’Orient. Du new et d’antan. Des parfums venus du Nord et du Sud saupoudrés de jazz et de raï. De pop et de blues. Un musc d’Est et un autre d’Ouest et des balades pétillantes ont traversé les airs. En chant et en danse. Et Rotana dans tout ça ? Bien évidemment, elle était là comme du sel dans la marmite. Mais là sans toucher à la dignité de Carthage. Tout est resté dans l’ordre. L’ordre que veut Carthage et qui l’exige. Rotana  s’est rendu à l’évidence, a tenu ses promesses et compris ses limites. Ses limites sont écrites noir sur blanc dans les accords signés avec la direction de Carthage. Ses artistes, à part une exception toute faite d’une Angham pas à sa place, étaient à la hauteur des grands. On pense ici à notamment Wael Jassar, à Farès Karam, à Najoua Karam (avec un peu de réserve), et les autres. Débarquent ensuite et sur le tapis rouge les invités de Carthage avec leurs chansons que le public adore. Une  Majda Roumi légendaire. Un Hani Chaker époustouflant et un Nour M’henna au sommet de son art, et puis les autres.  Les artistes tunisiens. Oui, les nôtres. Eux aussi ont eu leur part. La part du lion et beaucoup plus que d’habitude. Et ils ont parfaitement raison. Après tout Carthage leur appartient. Et c’est à eux que la scène punique revient. Après tout, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Amina Fakhet, ce phénomène de l’époque, a brillé comme un diamant dans le ciel. Moins turbulent qu’elle, Saber Rebaï a retrouvé avec bonheur ses fans. Mohamed Jebali qui continue à drainer un peu la foule et une Latifa Arfaoui qui se recherche encore et ne cesse de proposer son arc-en-ciel. Tout comme son public qui n’arrive pas encore à la situer et à connaître ce qu’elle veut vraiment au juste.


Un festival qui a commencé bien et qui a voulu finir bien. Sur une bonne  note  culturelle et en apothéose. Le maestro Mohamed Garfi a encore eu sa chance à Carthage. En lui confiant, «Ya Leylou Ya Qamarou», spectacle de la clôture, le directeur n’a pas eu le bon coup d’œil et a loupé cette fois-ci le tir. La session s’est terminée en queue de poisson. Et le poisson, cette fois ci est bien noyé. Mais ce soir-là, comme les quelques autres soirs qui n’ont pas volé assez haut ne vont pas faire de l’ombre au reste. Le reste est beaucoup et il était bon à servir. Sur un plateau de fleurs de saison.


Demain est un autre jour et d’autres feuilles s’éparpilleront à souhait sur ces mêmes colonnes. Le festival et les médias est aussi un thème qui doit être éclairé.


 


Z. ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com