Bilan du 44e festival de Carthage (3) La presse: le miel et les abeilles






Au seuil de chaque printemps, un essaim d’artistes débarque à souhait dans les salles de rédaction de la place ou tout autour avec de nouveaux projets et de bonnes intentions : entretenir au grand maximum des liens de circonstance et de bonne amitié avec tout le monde pour se faire valoir à temps.


Et tout le monde est beau et super gentil.


 


Et ce n’est généralement pas pour les beaux yeux de nos journalistes que tout ceci se fait et se travaille. Mais, on le sait, c’est pour une cause précise. Leur bonne et légitime cause. Car un dossier de presse étoffé de tous les arguments nécessaires, présenté à temps et en bonne et due forme aux responsables de la culture les travaille énormément. Et c’est même nécessaire. C’est même la course infernale pour arriver parmi les premiers, se tailler la bonne part et s’inscrire sur l’agenda de la plupart des festivals. Pour ce, il faut oublier donc la grasse matinée, la sieste et la paraisse hivernale,  se lever tôt et bouger. Bouger à la cinquième vitesse et dans tous les sens et arriver par n’importe quel moyen. Tous les moyens deviennent bons et le journaliste boudé, en temps normal, devient un amour des dieux. Même les pseudo-journalistes et autres débutants deviennent à leur tour prisés et bons pour tout faire. Tout faire. Car eux aussi ont besoin de la bonne matière. Une matière disponible à flot et sans fournir beaucoup d’effort. Surtout que ça meuble le journal et ça fait lire. Le lecteur, tout naturellement, saute sur les dernières informations de tel ou tel artiste. 


De ces artistes, il y en a de toutes les couleurs. Il y a, tout d’abord, ceux qui se font hautains, qui se croient quelque chose et qui entrent par la grande porte avec un contrat moral aux bureaux des responsables. En se réservant parfois des rubriques sur la musique et la créativité et autres de leurs témoignages vivants qu’ils signent avec art… Ainsi il se font une certaine carapace et se créent une sorte d’immunité, au moins là où ils sont présents. Et les critiquer, sauf positivement, devient du domaine de l’impossible. Déontologie impose ! Ensuite, il y a les autres qui choisissent un éventuel attaché de presse qui ne doit pas être n’importe qui. Et c’est à lui que revient tout le boulot. Selon ses relations personnelles et professionnelles et autres contacts de métier, il fait, moyennant finances, et selon les degrés de la promotion de son artiste bien aimé, ce qu’il faut faire. Et ce qu’il faut faire n’est pas, au final, sorcier. Sans parler du téléphone arabe qui continue dans nos murs à bien fonctionner, quelques coups de fil, des SMS, et des e-mails  sur Internet feront leur effet à l’appui. A l’appui aussi, des conférences de presse et des comptes-rendus soutenus par ce qu’on appelle dans le jargon journalistique des avant-papiers à faire paraître... Chose promise. Chose due. Chose faite. Et entre collègues, on le fait. C’est une sorte de dette et demain est un autre jour. Car le phénomène tourne dans le même cercle. Et avec toujours les mêmes cartes à jouer.


Et pour que tout soit à l’honneur de nos journalistes adorés, on se dépêche pour informer et donner la primeur de l’événement et, pourquoi pas, accaparer la Une de leur support. Ici, tout dépend de l’intérêt de la chose, et cela dépend aussi, on l’a très bien compris, du côté relationnel entre le journaliste et l’autre locomotive humaine dans l’impression qui suit et qui termine en beauté ou en queue de poisson le boulot. Et sous presse, ça vraiment presse.


Les uns deviennent donc pour la circonstance le bras droit et le numéro un de Monsieur et Madame. Une fois la mission accomplie et que le dossier de presse est prêt pour le présenter au comité culturel, il reste le suivi. Le commencement de la consommation. Sans jamais se quitter ni de l’œil ni de l’esprit et rester en contact pour parachuter de temps à autre, quelques autres informations pour marquer la présence et être sur toutes les langues et sur tous les écrans. Car maintenant, il faut travailler et préparer le public. Rien ne vaut le matraquage et on finit par gaver les lecteurs et autres spectateurs des dernières notes. En diffusant aux heures de pic et de grande audition de nouveaux chants et de nouveaux looks, un brin à la libanaise, avec cette chirurgie plastique en vogue et toutes ces lentilles qui changent de couleur à chaque passage. Où tout le monde ressemble à tout le monde mais qui répond à l’avidité des plus curieux.  Là aussi, on se met à rédiger à flot et à faire couler de l’encre promotionnelle et tout le monde, tambour battant, s’y met, selon son talent et ses humeurs et caprices, de jour comme de nuit. Jusqu’au grand jour. Où il n’y a que la vérité qui compte. Qui choque ou pas et elle est bien  sur scène. Là c’est une autre petite histoire à raconter. Le public en témoigne avec force et pas le journaliste. C’est le public qui  participe ou non à porter au pinacle son artiste et il est le seul à juger selon sa sensibilité. La vraie. Ce sera l’objet de notre prochaine feuille festivalière.


Z. ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com