Défense antimissile… ou la poule aux œufs d’or: Pourquoi Washington dépense-t-il des milliards dans un programme voué à l’échec ?





* La défense antimissile est la plus grande magouille de toutes, le Pudding Magique ne s'épuisera jamais, même si vous le mangez. La manne investie dans la défense, aérospatiale et autres compagnies de fabrication et de service, ne pourra jamais se tarir car le système ne marchera jamais


 


La Pologne n’est que le dernier zozo berné par la politique étrangère étasunienne dictée à Washintgon par les lobbystes du complexe militaro-industriel. Les USA engagent, en effet, des milliards dans un programme de défense antimissile voué à l’échec… justement parce que ça ne marche pas.


Ainsi, la manne investie dans la défense antimissile ne pourra jamais tarir, le lobby militaro-industriel trouvera son compte et dépensera sans compter dans les campagnes présidentielles. Et la boucle est bouclée.


 


C'est une nouvelle manière de détourner votre propre énergie. Juste au moment où la Russie montre ce qui arrive aux anciens larbins qui l'agacent, la Pologne accepte d'héberger une base de défense antimissile étasunienne. Les Russes, comme l'espérait la Pologne, répondent à cette avancée en proposant de transformer le pays en parking. Ça prouve après tout que le système de défense antimissile est nécessaire : il arrêtera les missiles russes qui viseront désormais la Pologne, la République tchèque et le Royaume-Uni, en réponse à, euh, leur implication dans le système de défense antimissile.


Le gouvernement étasunien insiste sur le fait que les intercepteurs, qui seront stationnés sur la côte de la Baltique, n'ont rien à voir avec la Russie : leur but est de défendre l'Europe et les États-Unis contre les missiles balistiques intercontinentaux que l'Iran et la Corée du Nord ne possèdent pas. C'est pourquoi ils sont placés en Pologne, qui, comme le sait tout étudiant texan en géographie, partage une frontière avec des États voyous.


Ils nous permettent d'espérer en un avenir rayonnant, dans lequel, selon le Pentagone, la défense antimissiles «protégera notre patrie. . . et nos amis et alliés des attaques de missiles balistiques», aussi longtemps que les Russes attendront que ça marche avant de nous atomiser. La bonne nouvelle, c'est qu'au rythme actuel des progrès, l'efficacité d'une défense antimissile dure seulement 50 ans. La mauvaise nouvelle, c'est que les 50 ans se sont évaporés dans les six décennies passées.


Ce système a été développé depuis 1946, et jusqu'à présent il est parvenu à un zéro impressionnant. Vous ne le savez pas si vous lisez les communiqués de presse publiés par l'agence de la défense antimissile du Pentagone : le mot «réussite» a le plus souvent une toute autre signification. Il est vrai que le programme a réussi à atteindre deux des cinq missiles tirés dans les cinq dernières années, au cours d'essais de sa principale composante, le système au sol de défense antimissile à mi-course (GMD). Mais, hélas, ces tests n'ont aucun rapport avec une situation ressemblant à une véritable frappe nucléaire.


Tous les essais menés jusqu'ici, réussis ou non, étaient truqués. La cible à intercepter, son type, sa trajectoire et sa destination, sont connus avant le début de l'essai. Un unique missile ennemi est utilisé puisque le système n'a pas l'ombre d'une chance d'en frapper deux ou plus. Quand des missiles leurres sont déployés, ils ne ressemblent pas à la cible et ils sont identifiés à l'avance en tant que leurres. Afin de tenter de renforcer l'apparence de leur réussite, les récents essais en vol sont devenus encore moins réalistes : l'agence a maintenant cessé radicalement d'utiliser des leurres lors des tests de son système GMD.


Cela met en évidence l'une des faiblesses insolubles de la défense antimissile: il est difficile de voir comment les intercepteurs pourraient jamais déjouer les tentatives ennemies pour les désorienter. Comme le fait remarquer Philip Coyle, un ancien haut fonctionnaire du Pentagone chargé de la défense antimissile, il existe des moyens illimités grâce auxquels un autre État pourrait tromper le système. Pour chaque missile réel lancé, il pourrait expédier une foule de leurres dotés de la même signature radar et infrarouge. Même des ballons ou des morceaux de feuille métallique rendraient inutilisable tout ce qui ressemble à l'actuel système. Vous pouvez réduire de 90% la vulnérabilité d'un missile à la perforation d'un laser en le peignant en blanc. Ce moyen sans technologie sophistiquée, disponible dans votre magasin de bricolage local, rend obsolète une autre composante du programme coûtant plusieurs milliards de dollars. Ou encore, vous pouvez tout simplement oublier les missiles balistiques et attaquer en utilisant des missiles de croisière, contre lesquels le système est inutilisable.


La défense antimissile est si hors de prix et les mesures requises pour l'esquiver si bon marché, que, si le gouvernement des États-Unis faisait sérieusement marcher le système, il mettrait le pays en banqueroute, exactement comme la course aux armements a aidé à terrasser l'Union Soviétique. En dépensant quelques milliards de dollars sur la technique des leurres, la Russie engagerait les États-Unis à dépenser des billions de dollars en contre-mesures. Le rapport des coûts est tel que l'Iran pourrait même l'emporter en dépenses sur les États-Unis.


Les États-Unis ont dépensé entre 120 et 150 milliards de dollars dans ce programme depuis que Ronald Reagan l'a inauguré en 1983. Sous George Bush, les dépenses se sont précipitées. Le Pentagone a demandé 62 milliards de dollars pour la tranche des cinq prochaines années, ce qui veut dire que le coût total entre 2003 et 2013 sera de 110 milliards de dollars. Pourtant, il n'existe aucun critère clair de réussite. Comme le montre un récent article de la revue Defense and Security Analysis, le Pentagone a inventé une nouveau système de financement afin de permettre au programme de défense antimissile de se soustraire aux standards comptables habituels du gouvernement. Il est appelé spirale de développement, ce qui est tout à fait approprié puisqu'il assure que les dépenses s'élèvent en spirale hors de contrôle.


Spirale de développement signifie, pour reprendre les termes d'une directive du Pentagone, que «l'état du produit final est inconnu au début du programme». Au lieu de cela, le système est autorisé à se développer de quelque manière que ce soit, comme le jugent opportun les responsables. Le résultat est que personne n'a la moindre idée de ce que le programme est censé réaliser, ou de quand il doit s'achever. Il n'y a aucune date fixée, aucun coût établi pour chaque composante du programme, aucune sanction en cas de dérapage ou d'échec, aucune sorte de spécification pour évaluer le système. Et ce monstrueux système est toujours incapable de réaliser ce que pourrait faire la diplomatie au prix de quelques centaines de dollars en une après-midi.


 


Le pourquoi des choses


Pourquoi donc engager sans fin des milliards dans un programme voué à l'échec ? Je vais vous donner un indice : la réponse est dans la question. Ça persiste parce que ça ne marche pas.


La politique des États-Unis, à cause de l'incapacité des Républicains et Démocrates à faire face aux problèmes de financement des campagnes électorales, est pourri de la tête aux pieds. Mais sous Bush, la corruption a atteint des proportions dantesques. Le gouvernement fédéral est un vaste programme de bienfaisance envers les entreprises, récompensant les industries qui font des millions de dollars de donations politiques en fonction de contrats de plusieurs milliards. La défense antimissile est la plus grande magouille de toutes, le Pudding Magique ne s'épuisera jamais, même si vous le mangez. La manne investie dans la défense, aérospatiale et autres compagnies de fabrication et de service, ne pourra jamais se tarir car le système ne marchera jamais.


Pour que le pouding conserve son onctuosité, l'administration doit exagérer la menace de nations qui n'ont pas les moyens de l'atomiser, et ignorent la réponse crédible à lui faire. La Russie n'est pas sans ses propres influences corruptrices. Vous pouviez voir le plaisir sardonique des généraux russes et des fonctionnaires de la défense la semaine dernière. Ils ont trouvé dans ce nouveau déploiement un prétexte pour renforcer leur pouvoir et demander une rallonge au budget. La pauvre vieille Pologne, comme la République tchèque et le Royaume-Uni, gagnent à être fortement armés en devenant des amorces de fond des États-Unis.


Si nous cherchons à interpréter la politique étrangère étasunienne en termes d'engagement rationnel envers les problèmes internationaux, ou même comme moyen efficace de projeter sa puissance, nous ne cherchons pas là où il faut. Les intérêts du gouvernement ont toujours été en dehors. Il cherche à apaiser les groupes de pression, à modifier l'opinion publique au stade crucial du cycle politique, à s'adapter aux fantasmes des chrétiens enragés et à flatter les compagnies de télévision dirigées par des milliardaires excentriques. Les États-Unis n'ont pas vraiment besoin de politique étrangère. Ils ont une série de politiques nationales qui se projettent au-delà de leurs frontières. Le fait qu'ils menacent le monde avec 57 variétés de destruction est sans intérêt pour l'administration actuelle. La seule question d'intérêt est qui payer et quels seront les pots-de-vin politiques.


 

D’après The Guardian


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com