Bilan du 44e festival de Carthage (6): Des stars et des starlettes à la pelle






Un bal de nos artistes bien-aimés ont défilé à plaisir le long d’une saison, sillonnant les villes et les régions.


Les uns, qui sont peu nombreuses, ont ajouté un petit quelque chose à nos festivals et à la scène artistique et culturelle. Les autres, c’est tout à fait le contraire. Mais ils étaient, tout de même de la fête. Avec du n’importe quoi et ça roule et ça baigne.


 


Bien évidemment, il faut tenir compte de cette frange d’artistes. Qui a son propre public. Son public qui se multiplie au fil des sessions et qui a perdu beaucoup de son goût et de son éducation artistique. Un public éduqué par les sons de cloches offerts par les kiosques des rues, implantés à tous les coins de rue, et dans les espaces les plus fréquentés. Les plus prisés de jour comme de nuit. La radio et sa fausse jumelle, la télévision, sont aussi pour quelque chose pour le goût du public. Un public qu’on matraque du matin au soir et à volonté avec un produit primaire, populeux, en régression continue et qu’on ne contrôle point. Dur, dur de changer ce public des fidèles. Son oreille paraît de plus en plus  habituée à un genre de chant et de musique qui n’a rien à voir avec les belles paroles d’antan. Les beaux textes fourrés d’un imaginaire intelligent. Son oreille est devenue donc sourde aux variations de haut de gamme et n’accepte que les choses légères et le clavier d’idées est en panne de résonance. Ce qui reste c’est des croûtes dit-on. Un public pris donc en otage dans les déchets et la corbeille de la  médiocrité. Et qui ne comprend plus grand-chose au vrai art.


Chez les décideurs, on est presque dépassé par les événements. D’un côté, on est mal dans la peau de ces soi-disant artistes qui rouspètent sans arrêt et qui crient aux deux poids deux mesures, voulant eux aussi leur bonne part dans les festivals. Et  leur présence sur le petit écran et sur toutes les affiches est devenue objet de tous les cercles et de toutes les causeries. On en parle à tous les coups et on fabrique, consciemment ou non, les stars. Les stars d’un jour et les starlettes de toujours. Qui ont du pognon. Beaucoup. Et pignon sur rue. Quant aux autres, les vraies, elles se font plus sobres et plus discrètes et pour les chercher, il faut courir et se munir d’une loupe. Car elles ne sont presque jamais disponibles. Elles sont souvent sous d’autres cieux, animant les festivals d’outre-frontières et éduquant les goûts des autres publics. Et pour les inviter sur leur propre sol, il faut se lever tôt et du bon pied. Et mettre aussi le paquet et la main à la poche. Sinon, elles ne répondent jamais présent et leur mobile est enregistré aux abonnés absents. Un festival doit être préparé d’avance. Bien en avance. Avec quelques mois d’avance et avec des contrats à l’appui pour pouvoir bien travailler. Pour accrocher les uns et les autres et compter sur l’aura de ces stars qui vont circuler sur Internet et les chaînes satellitaires et au final drainer la foule, et remplir les gradins. Cela se travaille des mois durant. Cela nécessite du temps, de l’endurance  et des fonds. Mais cela est mérité et vaut toutes les négociations et, à n’importe quel prix, l’Etat doit être partant. Car l’éducation du grand public n’a pas de prix.  Puisque tout se paie, alors payons la qualité. Et il y aura une obligation certes de résultat. L’éducation du public s’achète au prix le plus fort et à ne pas regretter. Ne le jamais regretter aussi, car l’affaire concerne les goûts. Un public de grande classe ne court plus les rues mais on peut le créer, le fabriquer. Et finir par dire qu’on a un bon public qui mérite tous les efforts. Les efforts qu’il faut mettre en place. Le directeur de la session actuelle a fait ce qu’il a pu pour redorer le blason et la scène de Carthage ternie par les mauvais goûts, comptes et mauvaises équations. Un festival doit être parmi les axes de contribution au bon goût et doit contribuer et à souhait à l’éducation du public. Pour mieux voir et sentir le monde. Et pour ne plus entendre parler de la médiocrité. Pour ne plus entendre de gros mots et de vulgarité chaque fois qu’on est dans la rue et en public.  A bon entendeur merci !


        

Z. ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com