Le casse-tête européen : Punir Moscou sans la perdre






Les dirigeants européens réunis hier en sommet extraordinaire sur la Géorgie veulent condamner l'intervention de Moscou et promettre un soutien accru à Tbilissi, tout en évitant un retour à la guerre froide avec un pays qui reste pour elle un partenaire incontournable.


 


Le Quotidien — Agences


Le sommet de Bruxelles, prévu pour débuter à 15h00 (13h00 GMT), le premier du genre à être convoqué depuis la guerre en Irak en 2003, vise surtout pour l'Union européenne à parler d'une seule voix en mettant de côté les divisions sur la manière de traiter avec Moscou, dont la Russie a toujours su habilement profiter : celles qui opposent les partisans de la fermeté — les anciens pays du bloc soviétique surtout — et les Etats prônant une attitude plus conciliante.


"Le message le plus fort que l'Europe puisse envoyer, c'est un message d'unité", a indiqué hier le Premier ministre François Fillon, dont le pays préside l'UE.


Il a réitéré l'opposition de Paris à des sanctions contre Moscou après la guerre-éclair qui l'a opposé à la Géorgie en août, et plaidé pour le dialogue.


Fillon a annoncé que le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy souhaitait se rendre à nouveau à Moscou et Tbilissi afin d'aider à résoudre le conflit, après y avoir été une première fois le 12 août pour négocier un accord de cessez-le-feu en six points. Ce qui a placé l'Europe au centre des efforts de médiation.


"La Russie est un grand pays qui compte, une grande puissance qui a été d'une certaine façon humiliée dans les vingt dernières années", a-t-il plaidé.


Au diapason, le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a déclaré hier que la Russie, qui fournit à l'Europe un quart de son gaz et de son pétrole, ne devait pas être considérée comme "un pays hostile" mais un "partenaire stratégique" avec lequel on ne doit pas rompre.


Alors que des manifestations sont prévues dans la journée contre l'"agression" de Moscou, à Tbilissi et dans plusieurs villes d'Europe, l'UE devrait lors de ce sommet de trois heures se borner à condamner une nouvelle fois avec fermeté l'intervention militaire russe, selon des diplomates. Et dénoncer la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des deux provinces sécessionnistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.


Elle devrait aussi "mettre sous surveillance" ses relations avec la Russie, dans l'attente de l'évolution sur le terrain en Géorgie, en exhortant Moscou à respecter le plan du 12 août qui prévoit le retour de ses troupes — toujours stationnées dans le pays — à leurs positions d'avant le conflit.


Les Européens semblent disposés à accorder un délai à Moscou jusqu'au prochain sommet UE-Russie prévu mi-novembre avant d'envisager des mesures de rétorsion plus spectaculaires, tel que le gel des négociations en cours sur un partenariat renforcé.


"Le mot d'ordre de la réunion ne doit pas être de punir la Russie, mais d'aider la Géorgie et d'avoir un dialogue critique avec la Russie", a résumé sur la chaîne allemande ARD le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, vétéran des sommets européens.


Les dirigeants des 27 devraient donc approuver un renforcement de leur aide à la reconstruction de la Géorgie et confirmer leur volonté d'envoyer une mission civile d'observation dans le pays, en plus de celle de l'OSCE.


Cette mission serait chargée de veiller à l'application du plan en six points, et pourrait un jour préfigurer une véritable force internationale de paix dans la région.


"Nous avons déjà une mission exploratoire sur le terrain d'une quarantaine de personnes, et nous aimerions déployer bientôt une nouvelle mission. J'espère beaucoup que d'ici le prochain Conseil européen, mi-octobre, les décisions auront été finalisées et la mission sera déployée", a déclaré hier juste avant le sommet le diplomate en chef de l'UE Javier Solana.


 


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* Londres pour une «suspension» des négociations


 


La Grande-Bretagne a appelé hier l'Union européenne (UE) à "suspendre" les négociations sur un partenariat renforcé avec la Russie suite à son intervention en Géorgie, a annoncé un porte-parole de Downing Street.


"En attendant les conclusions de la réévaluation fondamentale des relations entre l'UE et la Russie, nous devrions suspendre les négociations sur un nouvel accord de partenariat et de coopération entre l'UE et la Russie", a déclaré le porte-parole du Premier ministre Gordon Brown lors d'un briefing.


"Il est essentiel que nous envoyions un message clair et uni de la part de l'UE aujourd'hui" (lundi), a ajouté le porte-parole.

"Nous devons être clairs dans notre soutien à l'intégrité territoriale de la Géorgie et dans notre condamnation de l'action de la Russie", a-t-il poursuivi, appelant l'UE à "reconsidérer d'une manière calme et mesurée l'ensemble de ses relations" avec la Russie.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com