Le Carthage filmique : Le silence des agneaux






Au programme du 44e Festival international de Carthage- outre les chants, les danses, les quelques passages de théâtre et les grandes musiques-, un panier d’images et de notes cinématographique bien étoffé. Ce sont des films qui viennent de sortir et qui ont percé l’écran  avec le grand art. Ce n’est pas donc du n’importe quoi. Mais le public était malheureusement absent.


 


Et pas vraiment au rendez vous. Pas en tout cas comme on l’aurait souhaité. Sauf quelques âmes qui résistent encore dans le paysage. Une poignée de centaines et parfois même de quelques dizaines de  mordus du 7e Art parsemant les gradins de sept à huit mille places et noyée dans un silence ténébreux. Et ce sont toujours les mêmes têtes qu’on voit. Une majorité qui a la cinquantaine et plus. Sinon pour ce qui en reste, ce sont des étudiants dans l’art du ciné.  Apparemment, le public de Carthage a raccroché au nez du grand écran, quitté massivement l’amphithéâtre romain et tourné la page de ce festival de 2008, bien avant la date officielle de sa clôture. Ce grand public qu’on a vu (depuis le 11 juillet jusqu’au 17 août) se déhancher sur les gradins, fredonner à souhait et briller sur des nuages dans des concerts fort réussis n’a pas tenu, finalement, jusqu’au bout. Il  s’est tout simplement contenté des spectacles musicaux et de grand rythme avec une brochette de grands artistes. Au bouclage, la boucle a été bouclée  avec «Ya Lil Ya Qamar» de Mohamed Garfi qui n’a pas trop saisi les mélomanes jusqu’à la fin. Mais, ce beau et bon public de Carthage était, cette année, ravi et largement servi et il ne peut que féliciter les dirigeants de l’édition et se féliciter. Contrairement aux autres sessions qui n’ont pas volé assez haut et où le public, navré, a rouspété et affiché sa colère et son mécontentement lors de plusieurs occasions, boudant à volonté et exprimant ainsi sa démission. Mais Carthage a été sauvé et à temps.  


Pour cet été, il faut dire et redire, et jamais assez, qu’il  y a eu grosso modo de quoi assouvir la soif des estivants et festivaliers. Sauf quelques exceptions de quelques soirées, terminées presque en queue de poisson. Mais qui, au final, n’ont pas détérioré de la fraîcheur du menu et pas affecté ses ingrédients proposés avec un rare professionnalisme. La palette était radieuse et de couleurs gaies. Mais dans cette session, et rien n’est parfait, il y a eu quelque chose qui nous est resté sur le cœur et qui nous a noué l’estomac. C’est ce silence absurde lors de la projection des films et cette absence flagrante du public de cinéma. Et quoiqu’on fasse pour lui, il est en train de s’évaporer. Une espèce devenue rare et en voie de disparition. Pour le Carthage filmique nul ne peut en vouloir ni au directeur ni à ses autres collaborateurs. Tous ont veillé sur la qualité. Mieux encore : ils ont pensé aux nouveautés. Dont une grande partie de ces œuvres scintillent encore, avec les Palmes dorées de Cannes et d’ailleurs. Sur ce ballet de films proposés, le public n’a rien à redire.


 


A qui la faute ?


Que peut-il dire sur «Jugez moi coupable» de Sidney Lumet, sur «Good Night and good luck» de Georges Clooney, sur «Aljazira» de Cherif Arfa, sur «Chapitre 27» de Jarrett Schaeffer, sur «Maradona» de Emir Kusturica, sur «A la croisière des mondes», sur «Vicky Cristina Barcelona» du monstre sacré du cinéma mondial, Woody Allen, sur «Cash» de Eric Besnard ou encore sur «Death Sentence» de l’autre dinosaure de l’écran James Wan ? Rien du tout. Alors là, rien de rien sauf de les saluer et leur dire chapeau bas. Pour leurs idées visionnaires et pour leur talent. Nous ne pouvons donc, dans cet état de fait, que nous vouloir à nous-mêmes. Au fil des ans, le grand écran, bousculé aussi par les chaînes de télé, par des productions légères comme des croûtes, par les DVD distribués à bas prix, par le piratage gratuit, où on entre comme des voleurs à pas de chat et par les petites grilles des portes et portails et «piller». Car ici c’est le cas de le dire, C’est ainsi qu’on a tué toute vibration au 7e Art, toute veine et toute sortie de passion pour le cinéma. On préfère voir chez soi, les nouvelles créations aux frais de la princesse et sans trop bouger. Oubliant qu’il est toujours bon d’aller spécialement au ciné et se payer avec une agréable compagnie une petite toile. Il y a un autre charme. Le grand écran en salles ou en plein air donne autre chose et dégage d’autres lumières. D’autres effets de magie qui n’ont rien à voir avec un film regardé seul, allongé confortablement sur son canapé douillet et de paresse. Dans ceci, dans ce genre de consommation, il n’ y a aucun goût. Mais allez toucher et parler à ce monde carrément déconnecté de ciné… C’est comme labourer dans le vide, dans l’océan. Dans quelques semaines, les JCC auront lieu comme d’habitude à Tunis. Avec certes un bon programme et des gens qui se cramponnent encore à un rayon d’espoir. Telle la nouvelle directrice Dorra Bouchoucha, une vieille routière dans le domaine qui doit mettre les bouchées doubles. Devant elle un échantillon de ce qui l’attend. Il faut, tant qu’il est encore temps, qu’elle s’ouvre sur d’autres angles pour redorer le blason terni et que la plus vieille des manifestations africaines, née avec des hommes et des combattants, soit au cœur des événements culturels, au cœur des festivals internationaux et au cœur surtout de nos mélomanes. A repêcher et à attirer, peu importe le prix à payer, avant qu’ils ne disparaissent à jamais. Il faut que Madame ait donc d’autres idées pour que notre écran illumine une nouvelle fois nos salles d’ombre.


 


Z.ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com