Le monde bouillonne !
Le monde bouillonne ! la marmite sent déjà le brûlé ! J’implore Dieu pour que la sauce ne soit pas toxique.
L’ONU est nerveuse parce qu’elle se voit déjà écrasée par les pressions américaines et le veto russe. Son travail sera décidément entravé et elle sera donc impuissante à gérer ce nouveau bras-de-fer. L’Amérique éprouve une certaine frustration. Au moment où elle a pris ses aises à la tête du monde, les rênes de la monture-Terre à la main, en parvenant à vaincre les velléités européennes, à les soutenir, voilà qu’elle bute inopinément sur un écueil de taille qui pourrait bien éparpiller ses efforts et porter préjudice à ses desseins immédiats et lointains. L’Europe croyant le géant de l’Est atteint de sclérose pour de bon, part pique-niquer en forêt, en amoureux, la main dans la main, avec le géant de l’Ouest pour préparer en duo la cuisine mondiale. Mais elle a été surprise et, contrarié en voyant apparaître le géant voisin tout de neuf vêtu, mine resplendissante, un peu guindé de timidité mais très décidé à rectifier le menu. Israël est en plein désarroi. Il voit son protecteur qui n’avait d’yeux que pour lui, se dissiper à un moment crucial de sa vie. Jamais il n’a été aussi menacé dans son existence. La Syrie émet des rires sardoniques ne sachant à quel saint se vouer. Elle est sollicitée par l’Occident de venir s’asseoir à table mais reste sceptique quant à la sincérité de l’invitation. C’est pourquoi lorsqu’elle a vu le géant de l’Est se rétablir, elle a la nostalgie et le réflexe d’aller partager sa destinée quoi qu’elle le sache un peu réticent dans ses démarches. L’Iran voit ce réveil de la Russie une aubaine voulue par Dieu mais quand il pousse la réflexion il craint de servir de bouc-émissaire pour une foudre cruelle de la part des USA qui feraient de cette frappe une cure et une dissuasion. Tout comme l’Iran, le Hezbollah redoute d’être atomisé jusqu’au tréfonds de ses grottes. La Corée du Nord, qui a été maintes fois déçue par la Russie, n’en croit pas ses yeux en la voyant quitter sa léthargie. Elle envoie paître hâtivement les Etats-Unis et retourne admirer la ressuscitée. «Je te croyais morte», lui a-t-elle dit en la pinçant légèrement sur la joue. «Non ma chérie Corée, il faisait semblant… pour voir où s’arrêtera leur appétit».
La Pologne et la Tchéquie se sont portées fatalement volontaires pour boucher la gueule du géant voisin bravant tous les dangers que cela occasionne. La Chine est dans l’expectative. Connaissant un essor économique remarquable et ayant fixé ses tentacules au sol de la Terre-mère pour se nourrir davantage, elle abhorre le tumulte autour d’elle mais finira à n’en pas douter, et au moment où ça devient sérieux, de prendre parti. Quant au Japon, il aura du mal à demeurer courtoisement neutre.
Voilà l’image que nous offre notre cher monde aujourd’hui au premier plan bien entendu. Mais ce qui m’a irrité personnellement c’est le comportement de ce pyromane qui -par ses discours-brûlot, jette de l’huile sur le feu et risque d’incendier la planète. Et l’éthique et la diplomatie condamnent les agissements de Saakashvili. «L’Occident doit répondre par les actes et non s’arrêter aux paroles», la reconnaissance de Moscou de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud auront des conséquences catastrophiques», «La Russie veut modifier la carte de l’Europe par la force» etc. Il aura fallu, semble-t-il, l’intervention de ses protecteurs pour qu’il rogne ses déclarations: «La Géorgie allège son personnel diplomatique en Russie».
La boulimie hégémonique, comme toutes les boulimiques, a des limites au-delà desquelles elle devient novice. Les USA ont dans leur ventre, beaucoup d’échéances à traiter d’urgence. Ils ont hâte à prendre à bras-le-corps le nouveau Moyen-Orient et à le mettre sur pied. Ils ont le Pakistan qui est en train de s’afghaniser et l’on sait qu’il a une bombe atomique en main. E voilà qu’ils y ajoutent la Corée du Nord et l’incontournable Russie. L’opinion publique internationale qui n’a pas dit encore son mot -et elle s’y prépare sans doute- va se déchaîner et probablement entraîner une fissure au niveau de l’Europe, de l’alliance atlantique. Ces navires de guerre occidentaux et russes qui se côtoient dans la promiscuité en mer Noire risquent de créer une atmosphère électrique.
Ali Al HARGOUM
Résident marocain en Tunisie

