Mohyiddîn Ibn Arabî (2) : Le mystère et l’esprit !

‘‘Je crois en la religion de l’amour, - Où que se dirigent ses caravanes, - Car l’amour est ma religion et ma foi’’.

 

Des paroles toutes simples, qui n’attireraient l’attention de personne si elles n’étaient dites par Mohyiddîn Ibn Arabî. Car, derrière l’expression première dégagée par le ‘‘dehors’’ des mots, Ibn Arabî a mis en ‘‘dedans’’ une charge qui restera controversée pendant des siècles. Pas seulement dans des textes mais aussi dans d’innombrables poèmes qu’il affectionnait particulièrement et où il parlait d’amour, de passion, de beauté et d’absence.

Son audace ne pouvait être comprise par la plupart car il n’était peut-être pas encore venu le temps de ces percées dont le monde a périodiquement besoin pour relancer la machine de l’évolution (y compris de l’évolution personnelle de chacun).

Il est vrai que le Cheikh ne rendait la tâche facile à personne, écrivant dans un style sibyllin qui cachait plus qu’il ne montrait les choses.

Voilà donc un enseignement obscur et décrié mais lu, relu et médité depuis plus de sept siècles. Mais, à vrai dire, rien ne prédisposait spécialement Ibn Arabî à sa naissance à devenir cette figure hors normes que l’on appelle aussi ‘‘Cheikh al-Akbar’’ (le plus grand maître, en arabe), ce mystique, auteur de plusieurs centaines d’ouvrages. Une œuvre qui aurait influencé Dante et Jean de la Croix.

Les plus grands s’en inspirèrent… Et pour saisir progressivement le sens de cette fascination, écoutons-le déjà dans son ouvrage monumental ‘‘Al Futuhât al Makkiyah’’ parler du Ramadan. Et Attention !, il faut suivre…

‘‘Le jeûne appartient (au serviteur) par statut, non par son essence. Allâh Se l’est attribué et en a dépouillé le jeûneur, bien qu’Il lui ait donné l’ordre de jeûner. Il convient donc que le jeûneur regarde vers son Seigneur durant toute la durée de son jeûne afin de réaliser pleinement sa qualification et de ne pas en être diverti. Dieu ne S’attribue le jeûne que s’il est authentique; il ne l’est que dans la forme qu’Allâh a prescrit au jeûneur de réaliser. Si ce dernier ne jeûne pas de la manière qui a été définie par la Loi, il n’est pas jeûneur et, en ce cas, il n’y a pas de jeûne qu’Allâh puisse lui “rendre”.

Il peut se faire en effet que le jeûneur imagine être tel alors qu’il accomplit pendant le temps de son jeune des actes qui le disqualifient comme la calomnie: en ce cas, il rompt son jeune bien qu’il s’abstienne de manger; pour qu’il retrouve sa qualité de jeûneur, il faut qu’il y ait expiation. Que le jeûneur soit attentif à ce point, car il s’agit de préférer Dieu à soi-même. Il sera récompensé alors à la mesure de Celui qu’il aura préféré, c’est-à-dire Allâh le Très-Haut.’’

La barre est ainsi invariablement mise au plus haut avec Ibn Arabî et nous allons voir, au cours de ce mois de Ramadan, comment la métaphysique de Ibn Arabî atteint des sommets, s’obscurcit par moments, mais finit aussi inéluctablement par séduire par sa richesse incommensurable et les portes qu’elle ouvre à chacun ; de la porte la plus modeste qui ne s’attache qu’à la réalisation personnelle à la porte des cieux qui n’ambitionne rien de moins que la compréhension puis la participation à l’équilibre universel.

 

Manoubi AKROUT

manoubi.akrout@planet.tn




Articles Similaires:




Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com