Mohyiddîn Ibn Arabî (5) : Une caverne dans un cimetière






L’histoire du prince dont la profonde humilité dans la prière a totalement bouleversé le jeune Ibn Arabî. Un mécanisme s’est automatiquement enclenché dans son esprit pour former un point d’inflexion et de rupture dans son existence.


C’est sans la moindre hésitation qu’il engage brusquement sa conscience dans l’immersion totale et irréversible au service du Seigneur. Avec la même brusquerie, il signifie immédiatement son congé à tout ce qui faisait sa vie jusqu’alors : la promesse d’une carrière brillante dans l’armée, l’amitié de ses compagnons de toujours, tout ce qu’il possède… !


Il quitte le monde tel que nous le connaissons, pour ainsi dire. Il l’échange, quand il se retire de son ancienne existence, contre une caverne située au milieu d'un cimetière. Etrange rentraite qu’il veut radicale, presque choquante, pour lui assurer une tranquillité absolue et inviolable, seule propice à cette méditation directe avec le Seigneur qui l’accaparera pour toujours, jusqu’à son dernier souffle.


De cette rencontre avec le Seigneur, ressortira la personnalité immuable de Ibn Arabî, tournée vers le monde des esprits et créant dans la foulée tout un nouveau langage cohérent qui étonne encore aujourd’hui par sa profonde cohésion interne et par sa logique, même si le sens en reste définitivement hermétique pour beaucoup. Il décrit lui-même sa longue retraite dans cette caverne dans un cimetière où il reçut l’illumination :


«Je me suis mis en retraite avant l'aurore et je reçus l'illumination avant que le soleil ne se lève… Je demeurai en ce lieu quatorze mois et j'obtins ainsi les secrets sur lesquels j'écrivis ensuite ; mon ouverture spirituelle, à ce moment, fut un arrachement extatique».


Une annonce qui se trouve être l’une des clefs si l’on souhaite approcher la compréhension de l’œuvre monumentale et incroyablement complexe de Ibn Arabî ; c’est là qu’il a reçu l'illumination et c’est là qu’il a obtenu les secrets sur lesquels il écrira ensuite, selon ses propres termes.


Et cela veut dire que pour Ibn Arabî, ses milliers de textes ne sont pas le pur produit de sa verve et de sa plume, mais lui ont été directement suggérés par source divine. Cette attitude restera la sienne pour toujours, il ne s’en écartera jamais, apposant ainsi le sceau du mystère éternel sur des écrits d’une originalité et d’une beauté époustouflantes organisés parfois en de nombreux tomes volumineux, mais d’un abord relativement aisé pour le lecteur moyen et d’autres fois en des condensés d’une rare force absolument inaccessibles en dehors des plus initiés et des plus érudits.


Une révélation à partager dans un sens comme dans l’autre ; révélation faite à lui et qui donne leur identité propre aux textes de Ibn Arabî ; et révélation pour le lecteur qui changerait ainsi sa conception de sa vie comme de l’univers.


 


Manoubi AKROUT

manoubi.akrout@planet.tn


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com