L’ambassadeur de Russie au «Quotidien» : «La Russie a accompli toutes les actions prévues dans le plan Medvedev-Sarkozy»






* «L’UE a choisi l’approche réaliste et responsable. Et nous sommes, à ce propos, très satisfaits. Cela même si nous avons senti que l’UE n’avait pas tout à fait saisi les motifs de notre intervention en Géorgie.»


 


Quels sont les derniers développements de la crise entre la Russie et la Géorgie, les relations de Moscou avec l’UE, l’OTAN et les Etats-Unis, tels sont les principaux points évoqués avec l’ambassadeur de Russie à Tunis lors d’un entretien qui nous a été accordé jeudi dernier.


 


* Le Quotidien: Où en est-on aujourd’hui dans la crise russo-géorgienne, notamment depuis  la mise en application du plan de paix  proposé par les présidents russe et français?


S.E.Andree Polyakov: Il est en effet utile d’éclaircir la situation notamment en ce qui concerne l’application des six points qui ont été consentis le 12 août par les présidents russe et français.


Concernant le premier point qui stipule le non recours à la force, il est utile de rappeler qu’il concerne en premier lieu la Géorgie, qui a été le premier à lancer les agressions.


Notre pays a multiplié, depuis un an, les initiatives pour conclure un accord de non agression, que ce soit dans le cadre de l’OSCE ou de l’ONU, entre Tbilissi, d’une part, et l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Mais toutes nos propositions ont été rejetées par la Géorgie.


Tout cela pour dire que l’application de ce point, celui de la non agression, dépend entièrement de la Géorgie et de ceux qui la soutiennent.


Le deuxième point du plan, qui prévoit la fin définitive des hostilités a été, pour sa part, entièrement honoré par le contingent pacificateur russe qui a, suivant l’ordre du chef de l’Etat-major, cessé toute forme d’hostilité depuis le 12 août.


Pour le troisième point, à savoir l’accès des aides humanitaires, la Russie n’a entravé aucun convoi. De même, à nos pacificateurs en Ossétie du Sud, il a été ordonné de laisser passer toutes les cargaisons humanitaires selon, bien sûr, les procédures  d’usages.


Le quatrième point, qui est très important à notre avis, demande le retrait des forces géorgiennes à leurs bases, c'est-à-dire aux casernes. C’est très important, parce que, pour le moment, la situation sur le terrain ne permet pas de dire que la Géorgie applique ce point.


C’est pour cela qu’il faut que la mission l’OSCE joue un plus grand rôle, notamment pour le contrôle strict de ce point.


Le cinquième n’a pas aussi été appliqué par les Géorgiens. Ce point exige le retour des forces armées à la ligne d’avant les hostilités. Ce processus a déjà été achevé du côté russe. Toutes les unités armées sont de retour dans les territoires russes, sauf celles qui se trouvent en Ossétie du Sud suite aux demandes de cette dernière afin d’assurer la paix. Vu que les pacificateurs russes, comme prévu par ce cinquième point, entreprennent des mesures de sécurité additionnelles.


Le cinquième point est lié au sixième. Il concerne le début des négociations internationales pour assurer une sécurité fiable de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.


Nous sommes, à ce propos satisfaits que ces discussions viennent d’être entamées à l’OSCE qui a par ailleurs décidé d’envoyer plus de cent observateurs au sein de sa mission en Géorgie. La partie russe est, en effet, pour l’augmentation du nombre de ces observateurs qui doivent se focaliser sur les patrouilles dans les zones de sécurité. Les pacificateurs russes sont prêts à collaborer plus étroitement le cas échéant. Nous sommes d’ailleurs prêts à envisager une participation russe dans ce contingent international dans les zones de sécurité.


Quand les mécanismes internationaux verront le jour, des négociations sérieuses pourront ainsi avoir lieu, puisque c’est ainsi, et seulement ainsi, qu’on pourra faire une analyse objective de la situation dans les zones de sécurité. A savoir être sûr qu’il n’y aura pas une nouvelle attaque géorgienne contre l’Ossétie où l’Abkhazie.


La partie russe n’a aucune envie de maintenir ses forces en Ossétie ou en Abkhazie. Ce que nous voulons ce sont des assurances que la Géorgie ne répète pas une telle aventure, un cadre juridique qui doit être respecté par la Géorgie pour qu’il n’y ait pas un nouveau génocide en Ossétie ou en Abkhazie.


 


* Moscou vient de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Ne pensez-vous pas que cela est de nature à envenimer encore plus la situation ?


La Russie a toujours  reconnu l’intégralité territoriale de la Géorgie. Jamais nous n’avons mis en question ce principe. 


Jusqu’à l’année dernière nous avons réussi un tant soit peu à le faire, mais depuis l’arrivée de Saakachvili  on a constaté un grand recul dans la situation. L’agression du 8 août en est la preuve.


En fait, et avec cette agression, c’est le régime géorgien qui a lui-même  fait le deuil de l’intégrité de son territoire.


S’il y avait auparavant le moindre espoir de maintenir l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie dans le territoire géorgien, aujourd’hui, après le génocide perpétré en Ossétie, il n’en est plus question. Qui voudra vivre sous le même toit que son tortionnaire.


 


* Le ton monte ces derniers jours entre l’OTAN et la Russie. Doit-on craindre le pire et parler d’un éventuel conflit?


Nous avons eu des relations constantes avec l’OTAN. Si lors d’une certaine étape, cette relation s’affaiblit ce n’est pas vraiment dramatique.


 


Comme avec l’OTAN, vos relations avec l’UE sont au plus bas. On évoque même des sanctions. Comment réagit-t-on à Moscou ?


En effet et lors de la dernière réunion de l’UE à Bruxelles, certains Etats ont demandé des sanctions contre la Russie. Cela nous le savons bien.


Ce que je veux souligner à ce propos, c’est que les sanctions sont contre-productives. Mais ce n’est pas là l’essentiel.


Pour nous l’essentiel est que l’UE n’a pas cédé  à ces appels. L’UE a choisi l’approche réaliste et responsable. Et nous sommes, à ce propos, très satisfaits. Cela même si nous avons senti que l’UE n’avait pas tout à fait saisi les motifs de nos pas en Géorgie.


Comme l’a précisé le président Medvedev, en traçant les grandes lignes de sa politique étrangère, la priorité pour la Russie est de défendre les citoyens russes où qu’ils soient, or en Ossétie, la majorité de la population est russe.


L’UE affirme, de son côté, que notre réaction a été disproportionnée. Seulement on oublie de dire qui a été derrière cette nouvelle escalade, qui a commis des massacres en Ossétie du Sud.


Tout cela étant dit, j’aimerai insister sur le fait que notre coopération avec l’UE va continuer. Je crois que les questions qui sont dans l’agenda feront l’objet de discussions lors de la visite du président Sarkozy à Moscou le 8 septembre.


* La guerre en Géorgie et  le bouclier anti-missile donnent l’impression que la guerre froide est entrain de renaître de ses cendres.


Nous nous sommes déjà prononcés pour le maintien de bonnes relations avec le partenaire américain. Bien sûr, le fait que le bouclier anti-missiles sera installé en Pologne et en Tchéquie nous ne satisfait pas.


A ce propos, personne, jusqu’à ce jour, n’a réussi vraiment à nous expliquer les raisons de l’installer précisément à nos frontières.


 


* On vient d’annoncer que la  société russe qui a entamé la construction de la centrale nucléaire iranienne Buchehr, va reprendre ses travaux. Est-ce  une manière de répondre à ce bouclier ?


Nos compagnies assument tout seuls leurs contrats de travail. Il n’y a là aucune décision politique.


 


* En Ukraine, la coalition pro-occidentale est sur le point d’éclater. Certains disent qu’ils y voient la main russe. Que répondez-vous ?


Tout ce que je peux dire, c’est que la Russie n’intervient pas dans les affaires ukrainiennes, ni de celles d’aucun autre pays d’ailleurs. Cela est encore plus vrai pour l’Ukraine avec laquelle nous avons eu, et nous aurons toujours, des relations amicales et de bon voisinage.


 


Propos recueillis par M.A. BEN REJEB




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com