Mohyiddîn Ibn Arabî (7) : Sourate «Yassine» s’interpose !






Avant d’aller plus loin, il est indispensable de relater un événement majeur dans le parcours d’Ibn Arabî. Une révélation curieuse pendant une maladie contractée alors qu’il était tout jeune et qui nous place d’emblée au centre de la théosophie de Ibn Arabî.


De sa propre narration, il relatait que cette maladie l’avait si éprouvé qu’il avait fini par perdre complètement connaissance d’une manière telle que son entourage le croyait sur le point de perdre la vie. Dans ce profond évanouissement (peut-être plutôt proche d’un coma), raconte le cheikh, il se passa cependant une chose étonnante. Un songe qui commença par un cauchemar où Ibn Arabî s’était vu poursuivi par des personnages hideux qui lui voulaient manifestement du mal. Et c’est à ce moment qu’une personne de belle allure, vêtue de blanc, sentant bon et possédant une grande force s’interpose entre le cheikh et ses hideux assaillants et les prend à partie jusqu’à les terrasser. Ibn Arabî demanda : «Qui es-tu ?» Et la personne répondit : «Je suis sourate «Yassine» qui te protège».


Le cheikh s’éveille alors de son profond évanouissement (il sort du coma) pour trouver son père à son chevet, en pleurs et en train de clôturer la lecture de sourate «Yassine». Il appellera désormais cette sourate «Le Cœur du Livre de Dieu».


Tout semble clair dans cet événement relaté par Ibn Arabî mais ce n’est qu’une apparence. Des symboles se bousculent : son père, le rêve, la sourate «Yassine» qui s’interpose entre lui et les spectres, l’apparition tout de blanc vêtue, son sauvetage des forces du mal…


Une disposition d’esprit qu’il faut parfaitement saisir pour se hisser vers l’œuvre de Ibn Arabî, car le consensus moderne (après des années d’intérêt et d’étude acharnée de l’œuvre du cheikh) est que nous sommes immanquablement devant la réalité suivante : L'œuvre d'Ibn Arabi est le sommet du soufisme où elle est une date spéciale !


Elle vient après Abu Hamid al-Ghazali pour lequel le soufisme est une mystique imprégnée de morale et de considération somme toute pratique. Mais, après lui, l’approche intellectualiste prend toutes ses lettres de noblesse. Ibn Arabî a ainsi construit une théosophie complexe, détaillée, systématique qui pourrait se décrire come un jalon de l’ésotérisme musulman… mais les choses ne sont pas aussi simples ! Car, pour Ibn Arabî, nul besoin d’appeler l’ésotérisme à la rescousse. Pour lui, toute sa construction est aussi réelle que peut l’être n’importe quoi. Un dépassement de l’ésotérisme qui de vient donc comme un adjoint obéissant en tous points à la «logique» de Ibn Arabî.


C’est qu’elle est très impressionnante cette logique qui se tisse dans la somme systématique la plus complète de l'ésotérisme musulman et l'un des plus hauts lieux de l'ésotérisme universel. Une œuvre théologique, mystique et métaphysique qui se trouve être la plus considérable qu'aucun mortel ait jamais réalisé.


C’est le monde du milieu, là où les paroles écrites varient intensément du sens le plus direct et le plus manifeste aux paraboles les plus insaisissables qui donnent seulement un aperçu, une idée des choses !


 


Manoubi AKROUT

manoubi.akrout@planet.tn


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com