Aéroport Tunis-Carthage: A chacun sa feuille de route






Au seuil d’une porte colossale au premier étage de l’aéroport de Tunis-Carthage, des grappes de gens qui se font et se défont… Les yeux embués, le nez rouge et des accolades à souhait. On se regarde sans arrêt, encore et encore et jamais assez avant de se dire au revoir et franchir la ligne de la séparation. Pour d’autres cieux. C’est comme ça tous les jours et les soirs. Mais le trafic qu’on a vu dans notre aéroport le long de cette semaine de grand retour au boulot et au sérieux est fortement plus intense que d’habitude. Et c’est pour plusieurs raisons. Les grandes vacances se sont achevées et à chacun son petit bonhomme de chemin. Escale.


 


Tunis-le Quotidien


Tunis. Lundi dernier. Ici l’aéroport international de Carthage. Ici, on n’éteint jamais ni lumières, ni climatisation. Ici le chaud et le froid, selon la saison, fonctionnent en permanence et le mot interruption de n’importe quel genre est loin de se trouver sa place au soleil. Car il y a toujours du monde. Il y a toujours vie et à n’importe quel moment. Il y a aussi toujours un vol dans les airs. Toujours un qui va et un qui revient. Des décollages et des atterrissages, des départs et des arrivées. A chacun bien sûr sa destination. A chacun ses rêves de par les nuages, de par le bon et mauvais temps. L’aéroport de Carthage qui a connu depuis une décennie un sacré joli lifting, connaît depuis un certain temps une affluence importante et ne désemplit point. On parle cette année encore de plus de six millions de visiteurs et d’après les réservations aux hôtels dans tout le pays, ce nombre est en train de se multiplier au fil des saisons hautes et basses. Les cafés, restaurants, boutiques de souvenirs, banques pour l’échange de devises, d’autres pour la location de voitures et autres de services vivent au rythme rapide et connaissent des flux et des reflux. Une file de personnes devant les kiosques de tabac. Quelques clients passent par la seule pharmacie du coin pour un petit paquet de je ne sais quoi. D’autres sont en demi lune devant le stand de Télécom ou de Tunisiana, pour des lignes et des cartes promotionnelles.


Ici, sont vraiment rares ceux qui se «trimballent» les mains vides. Au contraire, la majorité est encombrée. Par des valises et des bagages. Qu’on tire sur des roulettes ou qu’on pousse sur les chariots ou qu’on met sur le dos. Des voyageurs avec leurs enfants, des grands, des moyens et des bébés. Et ça grouille de partout. Des jeunes et moins jeunes. Des femmes et des hommes venant de toutes les régions du pays qui se rencontrent, qui se séparent. Avec des larmes de joie ou de chagrin et à différents degrés.


Mehdi rentre à Paris après un séjour d’une petite semaine. Pas plus. Son vol de Tunisair est prévu à huit heures. Le jeune étudiant de 22 ans et quelques n’a pas beaucoup de bagages avec lui. Juste une valise à roulette de taille moyenne et un sac à dos où il a mis son ordi et quelques CD de mélodies et autres photos de famille. «Je n’ai pas pu venir plus tôt car j’avais affaire. J’ai dû faire un petit boulot au sortir de l’année scolaire afin de pouvoir m’inscrire pour l’année 2008-2009. Avec une bourse de 525 euros, il est impossible de vivre à Paris. Rien que la location de ma chambre à la résidence est de près de 400 euros. Il a fallu donc que je bosse pendant les vacances pour arriver à couvrir les frais. Rentrer ici m’est indispensable car il faut bien que je coupe sinon je risque d’abdiquer. J’aurais bien aimé rester encore quelques jours. Mais cela m’est impossible. C’est déjà la rentrée à la centrale où je termine dans une année mon diplôme d’ingéniorat…», raconte ce beau garçon aux cheveux courts et bruns. Grand comme une perche, le «petit» se courbe tendrement sur sa maman. Tous deux, les larmes aux yeux se consolent avec des mots bourrés d’affection, de raison et d’espoir. Pour l’amour de sa maman qui s’est démenée le plus clair de sa vie comme une folle pour que son fils ait une vie digne, l’enfant a dû se crever la cervelle, mettre les bouchées doubles pour réussir tout en travaillant d’autres petits boulots en dehors de la fac afin de se payer son aller-retour. Le billet lui a coûté les yeux de la tête mais il est important pour lui de se ressourcer au pays natal et de parler de vive voix avec celle qui s’est privée de tout pour lui et pour ses deux grandes sœurs.


 


Tour du monde


A leur côté, un jeune couple. Le mari pousse la voiture de son petit garçon d’à peine un an. Quant à la femme, à terme, elle pousse son ventre. Le duo, au centre d’un petit monde et de toute une discussion. Les deux jeunes ont passé tout un mois au bled. Eux aussi prennent ce même vol de Paris. Au café d’en face, pas l’ombre d’un siège vide. Les uns attablés et consomment quelques rafraîchissements. Les autres sont là, ils s’abstiennent jusqu’à la rupture du jeûne. Pas loin, un cercle d’hommes et de femmes. Tous parés de blanc. De haut en bas. Leur destination : l’Arabie saoudite. «C’est le rêve de ma vie qui se réalise enfin. Mon fils qui travaille en Italie m’a payé cette Omra. Que Dieu me le garde….», raconte une dame qui, d’après son accent, vient de l’intérieur du pays. Elle doit avoir dans les soixante ans tout au plus et elle se porte comme un charme. Tout comme la tribu des pèlerins, elle est déjà sur des nuages… mystiques. Tous se racontent des choses sur la religion et les rituels. Sur les pratiques les plus justes et sur de petits détails de rien de tout, ils s’arrêtent. Tantôt, ils se contredisent et tantôt ils s’alignent sur les mêmes concepts. Entre les chariots et tous ces gens qui sillonnent l’aéroport, un petit garçon. Mignon comme tout. Khalil court inconsciemment dans tous les sens. Derrière lui, sa tante. Elle veille sur lui de très près. Quant à Sawssen, la maman de Khalil, elle pousse la voiture de sa petite Yasmine et suit, bouche bée les pas d’Ahmed, son mari. Après avoir rempli les formalités de leur retour au Canada via le Maroc, et payé l’excès du bagage, père, mère, frère, sœur, belle fille, cousins et cousines se sont réunis autour d’eux. Encore pour quelques minutes avant que tout le monde ne se quitte. Subitement, une douce voix accroche les attentions et interrompt toutes les discussions. «Pour le vol numéro… destination…, on prie les voyageurs de se dépêcher pour la salle d’embarquement…». L’heure de se quitter est arrivée. Le même scénario se répète. Des accolades et des larmes. On se mouche le nez et on s’essuie les yeux.


Madame est une avocate internationale. Elle est pressée. Très pressée. «Je vais à Londres. Demain à la première heure, je dois défendre un client devant la grande cour. Je serai de retour dans seulement quatre jours. Ici aussi, la rentrée judiciaire est pour bientôt. Il y a d’autres affaires qui m’attendent et les audiences vont reprendre en force», a-t-elle dit.


Sur une chaise roulante, un ado. Sage comme une image. Son père n’a encore pas perdu espoir. Il est décidé à tout faire pour que son fiston se remette sur pieds. Suite à un accident de la route, le jeune Anis, 26 ans, a perdu ses deux jambes. «J’ai encore confiance dans la médecine. J’ai pris rendez vous avec des spécialistes à l’hôpital américain de Paris. Anis va subir d’autres interventions et il y a de fortes chances pour que mon petit reprenne goût à la vie», rêve à haute voix ce retraité de l’armée qui était devant le guichet d’une banque en train de changer une liasse de dinars en euros. Il était avec un homme d’affaires qui a du travail en Libye. «Le marché est très juteux ces temps ci», dit cet homme costaud et aux moustaches à la Bismarck.


Une belle brune de 25 printemps, la taille d’une guêpe, ne passe pas inaperçue dans le hall. Mais c’est la fille qui vient de gagner au dernier concours de mannequinât ! On l’a bien reconnue. Elle travaille actuellement pour une agence italienne et elle a du pain sur les planches aux USA. Avant d’aller à New York, elle a un autre contrat à signer en France. Sa mère Dorra paraît très fière de sa fille. Quand on a un physique pareil, on se dit au final tant pis pour les études ratées. Pas un cheveu de remord.


«Tu dois penser à ton gilet. Il fait frisquet chez nous. On l’a annoncé hier à la météo. Il y a des vents et des pluies et ça n’a rien à voir avec cette chaleur de fournaise. Hé, n’oublie pas d’acheter du magasin d’en face, un narguilé pour ton Claude», parle une Suissesse à sa fille. Toutes deux ont passé une dizaine de jours sur nos plages. La peau dorée. Et leur bronzage tient à merveille. Tout comme cette caravane de touristes qui s’apprêtent à partir chez eux.


Mais l’autre caravane qui vient de fouler notre sol, c’est autre chose. La majorité ce sont des vieux qui ont vraiment besoin d’un peu de notre soleil. A voir leur peau, blanche comme neige et fade, on se dit qu’ils en ont vraiment besoin. Besoin d’avoir des couleurs. Surtout que ça ne leur coûte pratiquement rien de séjourner dans nos murs. Pour seulement quelques ronds d’euros, ils peuvent profiter de tout en joignant l’utile à l’agréable. Des vacances et des soins. Chez nos dentistes, et surtout chez nos esthéticiens qui vont leur changer le look et la mine de leur vie. «C’est l’agence de voyage qui a tout arrangé et qui pris en charge mon séjour, les honoraires du chirurgien… Je me vois déjà en toute beauté», raconte une dame d’un certain âge. Elle compte refaire le nez et les seins. Elle paraît pleine de vie. Sa copine du même âge vient pour autre chose. Pour le repos et la thalasso. Elle aime croquer la vie en pleines dents. Chedli a pris le même vol que ces dames. Lui, il a préféré prendre les vacances en septembre qui coïncide avec le mois Saint. Il compte passer ramadan en famille. Et même l’Aïd. «Ici, c’est une autre saveur et ça n’a rien à voir avec Ramadan en Europe», pense t-il. Chedli était accompagné de son voisin de Versailles qui compte ouvrir une boite du côté du Lac. «J’ai connu des collègues qui ont investi chez vous et leurs affaires vont très bien. Je viens pour la deuxième fois pour étudier le marché avant de m’engager définitivement…», raconte David et il a parfaitement raison. Car chez nous, les investisseurs étrangers profitent largement de nos lois et ils sont exonérés de tout impôt.


 

Z. ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com