Sept ans après le 11 septembre, Ground Zero reste un trou béant : «Une honte nationale» pour les Américains





* Problèmes techniques et conflits d’intérêts, rien n’indique un dénouement proche


 


Le Quotidien — Agences


Les habitués de la ligne E du métro new-yorkais ne remarquent plus depuis longtemps l'étrangeté de la situation et pourtant leur destination finale est inexistante. Sept ans après les attentats du 11 Septembre, la dernière station de la ligne E, World Trade Center, débouche sur le même trou béant de six hectares et demi. Malgré le vacarme des grues et des pelleteuses, pas un seul des ambitieux projets de reconstruction n'a émergé à quatre ans de la date officielle de finalisation.


Pour ajouter à l'embarras des autorités, qui ont officiellement reconnu, cet été seulement, d'importants retards et des dépassements de budget, Ground Zero a été sous le feu des projecteurs avec la visite commune de Barack Obama et de John McCain.


Pour Theresa Mullan, qui a perdu son fils Michael, pompier, l'évocation du Mémorial suscite un mélange d'indignation et de désolation. La guide du Tribute Center du WTC, organisateur de circuits pour les touristes, s'est battue en vain avec des dizaines d'autres parents de victimes contre le puissant maire de New York, Michael Bloomberg, pour que figurent les rang et fonction des victimes sur les plaques commémoratives. Le maire n'a rien voulu savoir. Le futur Mémorial, composé de deux bassins carrés à l'emplacement des deux tours jumelles, ne mentionnera que leurs noms. «Il y a des gens qui étaient de simples employés et d'autres comme mon fils qui se sont sacrifiés pour sauver des vies, mais ça, personne ne le saura», soupire-t-elle. Le sourire forcé face aux touristes, Theresa avoue cependant ne plus vraiment s'intéresser au Mémorial depuis qu'elle peut raconter l'histoire de son fils, mort à l'hôtel Marriott, écrasé par l'effondrement de l'une des tours. «C'est ma façon à moi de faire mon deuil», confie-t-elle dans un sanglot étranglé.


 


«Honte nationale»


Son collègue, John Henderson, n'a perdu aucun proche dans l'attentat. Mais, ingénieur de formation, il relève l'immense complexité de reconstruction d'un Mémorial mais aussi de cinq gratte-ciel, d'un métro et d'un immense centre culturel, le tout sans empêcher le quartier de continuer à fonctionner normalement. «Manhattan est le cœur intellectuel et financier de notre pays. Pour l'instant, c'est une plaie, mais un jour ou l'autre ce ne sera plus qu'une cicatrice», rassure le guide, après avoir tenu en haleine pendant plus d'une heure un groupe de touristes venus du monde entier. «Je n'y étais pas, mais j'ai tout lu dessus et je connais des dizaines de gens qui l'ont vécu», explique le quadragénaire, flatté de sa popularité.


Malgré les nombreuses pressions et critiques, les retards dans la reconstruction du WTC, qualifiée dans un blog du New York Times de «honte nationale» et généralement expliquée par des problèmes techniques et des conflits d'intérêts, ne sont pas la première préoccupation des survivants. Ainsi, Leokadia Glogow-sky, qui se trouvait au 82e étage de la tour nord, aurait préféré que le site devienne un cimetière. D'autres exigent que la priorité soit donnée aux soins médicaux des volontaires souffrant aujourd'hui de maladies respiratoires. D'autres encore, comme Diane Horning, qui a perdu son fils Matthew, 26 ans, réclament la recherche des restes de quelque 1 100 victimes, dont on n'a jamais retrouvé les traces. Certains restes seraient toujours enfouis dans l'ancienne décharge publique de Staten Island. «Je refuse d'aller à la commémoration, alors que mon fils et beaucoup d'autres, publiquement déclarés héros, ont été jetés sur une décharge».




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com