Mohyiddîn Ibn Arabî (14) : Le voyageur, la vieille brebis et les bâtons de Jacob !






«La destination du chercheur dépend de la route qu'il suit». Pour Mohyiddin Ibn Arabi, il est toujours question de voyage, même quand il ne parle (en apparence) que de dialectiques préparatoires à des fusions promises. Il avait pressenti avant l’heure le fait aujourd’hui avéré que l’humanité (ou plutôt chaque humain) est dans une quête permanente à la recherche de son propre être. Beaucoup se perdent dans le voyage, d’autres espèrent, d’autres encore ont le courage d’apprendre. Et ce sont ces derniers, emmitouflés dans la cape de la modestie et de l’humilité, qui seuls auront une chance de sortir de leur tunnel et de voir par où vient la clarté qu’ils ont si ardemment souhaité.


Pour eux, Ibn Arabî laisse un legs de plus de 300 conseils où le cheikh récapitule les aspects essentiels de son œuvre et des lumières sur la vie spirituelle. Ces conseils sont confiés à son immense ouvrage «Al-Futûhât al-Makkiyyah» (Les Conquêtes ou Ouvertures Mekkoises) qu’il a composé à Damas.


Nous avons choisi pour vous les cinq premiers Conseils d’Ibn ‘Arabî, juste comme une invitation au voyage ou une incursion au centre du sujet pour éprouver par soi-même la théosophie soufie si prenante, même si elle est d’une égale rudesse pour le néophyte.


Voici le premier conseil ; là où il est dit que l’union fait la force ! Mais il faut faire attention et se demander quelle Union car Ibn Arabî a invariablement choisi de surprendre :


«Allâh a dit au sujet du conseil d’ordre général : "Allâh vous a prescrit, en matière de Religion (dîn) ce qu’Il a conseillé à Noé. Ce que Nous t’avons inspiré, ce que Nous avons conseillé à Abraham, à Moïse et à Jésus est : Maintenez-vous dans la Religion et ne vous séparez pas à son sujet».


Dieu-le-Vrai (al-Haqq) a ordonné de se conformer à la Religion révélée - qui est la Loi divine (shar’) régissant le moment présent à chaque époque (zamân) et en chaque communauté traditionnelle (milla) - et de se rassembler et non de diverger à son sujet. Car la Main d’Allâh est avec la Communauté rassemblée (jamâ`a). [Selon le proverbe] "le loup mange la vieille brebis qui dans sa fuite a pris du retard sur le gros du troupeau et s’en est trouvée isolée".


L’enseignement (hikma) qui se dégage de ce proverbe est qu’Allâh n’est reconnu comme Dieu se révélant (ilâh) que par Sa possession des Noms excellents, et non en tant qu’Il en serait démuni. C’est donc nécessairement en relation avec l’Unicité de Son Essence (tawhîd `ayni-Hi), la multiplicité de Ses Noms et par leur synthèse qu’Il est (reconnu) comme le Dieu se révélant (al-Ilâh). La Main d’Allâh, qui représente la force, est donc avec la Communauté unifiée.


Hakîm (le sage prophète Jacob) donna à ses (douze) enfants, qui formaient une communauté unie, le conseil suivant au moment de sa mort : "Apportez-moi des bâtons". Il les assembla et dit à ses enfants : "Brisez-les !" Or les bâtons se trouvaient ensemble (réunis) et à cause de cette disposition ils ne purent y arriver. Jacob alors sépara les bâtons et dit à ses enfants : "Prenez-les un par un et brisez-les", et ils y parvinrent. Il ajouta : "C’est ainsi qu’après moi vous ne serez point dominés tant que vous resterez unis. Mais si vous vous séparez, vos ennemis auront pouvoir sur vous et vous anéantiront".


 


Manoubi AKROUT

manoubi.akrout@planet.tn


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com