Des mots et des maux

Le nouveau président de l’Assemblée générale des Nations Unies est un homme au courage massif et au parler franc et sans ambages. Miguel d’Escoto Brockmann, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a fait sensation, hier, à l’ouverture de la 63e session annuelle de l’Organisation onusienne, en accusant vertement et ouvertement certains membres du Conseil de sécurité de menacer la paix mondiale.

«C’est un fait triste mais indéniable que de graves ruptures de la paix et des menaces à la paix du monde et à sa sécurité sont le fait de certains membres du Conseil de sécurité qui semblent incapables de rompre avec leur accoutumance à la guerre», a déclaré le président de l’A.G. de l’ONU.

Prêtre catholique de gauche du Nicaragua, Miguel d’Escoto Brockmann s’est déjà fait remarquer de manière tonitruante lors de son discours d’acceptation du poste en juin, en critiquant sévèrement les actes d’agression en Irak et en Afghanistan, tout en considérant comme injuste l’embargo imposé par les Etats-Unis à Cuba depuis 46 ans.

Les propos de M. Brockmann se passent de tout commentaire et donnent une idée exhaustive sur ce qui se passe réellement dans les arcanes de l’ONU. Une organisation onusienne vidée de son essence et sa substance et transformée par les grandes puissances en une simple courroie de transmission pour véhiculer leur desiderata et leur diktat et concrétiser leurs ardeurs belliqueuses. Censée privilégier le dialogue et la diplomatie pour résoudre les conflits d’intérêt  et les problèmes du monde, l’ONU verse  souvent dans le ridicule  et ses prises de position donnent à voir et à entendre une organisation manipulée, incapable de prendre ses destinées en main, de s’assumer et d’assumer la lourde tâche de promouvoir la paix et la concorde dans le monde. Ne nous étonnons pas d’ailleurs outre mesure si la crédibilité du «Grand Machin», comme se plaisait à la qualifier le Général de Gaulle, est entamée et son utilité, sérieusement, écornée.

La propension outrancière de certains membres du Conseil de sécurité à privilégier les solutions brutales et agressives, dans la résolution des conflits, fait peser, on s’en doute, une lourde menace sur la paix et la stabilité dans le monde. La prolifération des foyers de tension à travers la planète fait craindre le pire et n’incite pas du tout à l’optimisme.

Pour toutes ces raisons, entre autres et non des moindres, il est impératif, aujourd’hui, de procéder à la restructuration de l’ONU, comme le réclament à cor et à cri de nombreux pays épris de paix et de justice. Il faut se rendre à l’évidence que le statu quo, risque de précipiter le monde dans les abîmes du chaos et de l’instabilité, en l’absence d’un garde-fou régulateur, capable de mettre de l’ordre dans le fatras international.

 

Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com