Ventres creux…





La malnutrition se répand comme une traînée de poudre à travers la planète et gagne résolument du terrain. La hausse des prix des produits alimentaires a plongé 75 millions de personnes de plus au-dessous du seuil de la faim, portant le nombre estimatif de personnes sous-alimentées dans le monde  à 923 millions en 2007, a annoncé la FAO mercredi  à Rome. Ces statistiques qui froissent tout entendement et donnent la sinistrose et la chair de poule, se passent de tout commentaire et révèlent l’ampleur de la tragédie. Une tragédie qui constitue un véritable affront pour l’humanité et qui touche particulièrement les populations les plus vulnérables dans le monde.


Au moment où le Nord opulent se gave sans retenue et mange largement à sa faim, des millions de personnes dans les pays pauvres d’Afrique et d’Asie ne trouvent rien à se mettre sous la dent, victimes qu’elles sont d’une famine tenace et atroce. A moins qu’un miracle se produise, tout laisse croire que la réalisation de l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim, d’ici 2015, sera très difficile à atteindre. La flambée actuelle des prix des engrais, du carburant et des produits alimentaires, qui ont augmenté de 52% entre 2007 et 2008, n’est pas pour arranger les choses. Mission impossible ? Ç’en a tout l’air, surtout que la lutte contre la faim ne fait pas partie des priorités des humains.


Des humains qui préfèrent dilapider des milliers de milliards de dollars pour acheter des armements ou pour financer des guerres d’agression, comme l’a si bien souligné, mercredi, le nouveau président de l’Assemblée générale des Nations unies à l’ouverture de la 63e session annuelle de l’Organisation onusienne.


De toute évidence, il y a péril en la demeure internationale, car la marginalisation de pans entiers de populations dans le monde qui ne mangent pas à leur faim est une source d’instabilité majeure. L’exclusion alimente en effet l’insécurité et les sentiments de haine qui constituent le terreau fertile de toutes les dérives extrémistes et jusqu’au-boutistes. Dans le village planétaire qui a aboli - dans la théorie du moins - toutes les frontières, l’enfer, ce n’est plus seulement les Autres.


Les pays riches, notamment, se doivent nécessairement de se départir de leurs égoïsmes, afin de jeter les bases d’un nouvel ordre mondial à visage plus humain et qui n’évolue point à deux vitesses.


A défaut, le pire est  à craindre, car ventre creux, comme on dit, n’a pas  d’oreilles mais des droits existentiels à faire prévaloir ... fut-il de la manière la plus brutale...


 

Chokri BACCOUCHE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com