CHRONIQUE SANTE : Sevrage tabagique, enseignements du mois saint





Nous poursuivons notre rubrique hebdomadaire consacrée aux effets néfastes du tabac avec la collaboration du Dr. Elyès Hassine…


Ainsi, la frénésie de la consommation que connaît le mois du jeûne ne doit pas cacher d’autres maux propres à notre société, comme le tabagisme. Etat des lieux.


 


Par Dr. Elyès Hassine


Pneumologue Allergologue Tabacologue


 


Le jeûne est un pilier de l’islam, et nul ne doute de ses effets bénéfiques tant spirituels qu’organiques. La maîtrise des envies est l’essence même de cette branche importante de notre religion, d’où l’idée de profiter de cet état psychosomatique pour la cause tabagique.


 


1.Ramadhan, le tabagisme et le narguilé


Les textes coraniques sont explicites quant à l’interdiction des toxicomanies, il est dit dans le Coran « qu’il est strictement interdit de se jeter dans la nuisance » et il existe dans la « sunna » des recommandations contre les abus alimentaires et leurs conséquences.


La frénésie de la consommation que connaît le mois du jeûne ne doit pas cacher d’autres maux propres à notre société, comme le tabagisme.


En effet, ce qui caractérise ce mois, c’est la convivialité, comme en témoignent les multiples rencontres et veillées ramadanesques, avec l’idée de consolidation des liens familiaux et amicaux. S’il y a un mode tabagique qui a su concilier la mode et la tradition, c’est bel et bien le narguilé ou chicha. Ce mois est parfois l’occasion d’expérimenter le premier narguilé.


Le phénomène narguilé prend une ampleur telle que, ce tabagisme fait partie intégrante du décor du mois saint dans notre pays. Le tabagisme passif est la conséquence directe de cet abus en particulier au niveau domestique, les enfants en sont les premières victimes.


 


2.Types de fumeurs et tabagisme nocturne


Deux types de fumeurs se présentent, ceux qui n’envisagent pas l’arrêt et ceux qui veulent le tenter pendant le mois saint. La simple tentative en matière de sevrage tabagique est positive car c’est par la multiplication des essais qu’on arrive à réaliser l’exploit, le ramadhan peut servir alors d’un entraînement annuel pour positiver tous ces efforts et faire murir une motivation, renforcer une décision et mener à terme un arrêt définitif.


Les difficultés sont énormes pour les grands dépendants qui doivent récupérer leur consommation pendant la nuit, ils occuperont alors leurs soirées par l’assouvissement d’un besoin aigu en nicotine ayant manqué atrocement durant la journée. Ce gradient tabagique nocturne important est très toxique (même nombre de cigarettes ou presque en un laps de temps plus réduit). S’abstenir pendant douze heures, dormir six heures et fumer six heures, fait qu’il existe 18 heures d’abstinence ! N’est-ce pas un paradoxe pour un grand fumeur qui, en temps normal, allume chaque nouvelle cigarette par celle qui la précède ? N’y a-t-il pas un enseignement dans le jeûne par l’apprentissage d’une patience qui fait souvent défaut chez le fumeur en dehors du jeûne ?


Les dernières bouffées avant l’aube n’ont qu’un effet psychologique, le fumeur pense que lorsqu’il tire à fond, il se charge de nicotine ce qui est utopique car son taux sanguin s’effondrera rapidement le matin.


 


3.Dépendance tabagique, avantages du jeûne


Pour le jeûne, l’objectif n’est pas tant l’interdiction de boire, de manger ou de s’adonner à d’autres plaisirs, mais de permettre aux pratiquants d’apprendre à résister aux tentations, de vaincre les situations de manque, d’adopter un comportement modéré vis-à-vis d’une surconsommation devenue un phénomène de société. Ce n’est pas aussi une privation pour la privation, mais c’est un renforcement de la foi dont on a besoin pour pouvoir prendre des décisions solides et avoir la volonté d’aller très loin dans la lutte contre un produit de grande consommation. L’acquisition d’une force intérieure permet de gérer le stress, limiter les excès et favoriser l’abstinence durable.


Le fumeur dépendant, heureux de retrouver la cigarette ou le narguilé, doit exploiter le jeûne, il doit dépasser rapidement le stade de fumeur malheureux (ayant décidé l’arrêt mais encore perturbé par sa décision) vers le stade d’ex-fumeur malheureux (nostalgique du tabac et mal à l’aise par cette séparation douloureuse) et enfin se stabiliser au dernier stade d’ex-fumeur ou non fumeur heureux qui a vaincu le tabac. Si une résolution forte et sérieuse est obtenue à la fin du mois de Ramadhan, elle pourra constituer le déclic pour entamer tout de suite un sevrage.


Le jeûne permet la réduction de l’acuité de la dépendance et la compulsion vis-à-vis du tabac, la désintoxication des déchets tabagiques par le bon fonctionnement des organes comme la détoxification assurée par le foie, le poumon et le cœur.


 


4.Les méthodes de sevrage


Il n’existe pas de fumeur modèle sur lequel une ou plusieurs techniques garantissent l’obtention d’un sevrage efficace et définitif et chaque fumeur est spécial se distinguant par différents déterminants dont:


L’appartenance socio-ethnique, l’âge et le sexe, le niveau culturel, la qualité de l’éducation sanitaire et de l’adhésion aux méthodes de sevrage, la psychologie et le profil cognitivo-comportemental, le degré de motivation et l’importance de la dépendance nicotinique.


Ces facteurs sont le plus souvent intriqués et plus ou moins associés, en conséquence chaque technique ne prenant pas en considération la majorité de ces facteurs est susceptible d’échouer.


Il existe trois façons d’arrêter de fumer: le sevrage brutal qui est le plus classique, l’abstinence temporaire (l’idée de l’abstinence se retrouve dans les principes du jeûne religieux) et le contrôle de la consommation tabagique (ces deux dernières méthodes se basent sur les substituts nicotiniques et représentent une étape vers l’arrêt définitif).


Il faut dans ce cas adapter la substitution nicotinique selon le nycthémère et proposer une couverture durant la période d’alimentation pour donner au corps humain la capacité de s’adapter avec le manque de nicotine.


Encore aujourd’hui des médecins conseillent aux fumeurs de tenter leur arrêt pendant le mois du jeûne. Une ancienne étude sur la concentration sanguine des médicaments pendant le ramadhan, avait retrouvé un taux d’arrêt du tabac de 26,5% pendant le Ramadhan dont les trois quarts étaient définitifs.


En matière de sevrage tabagique, de plus en plus, l’importance est donnée aux thérapies cognitivo-comportementales et la gestion de stress dans le cadre de programmes spécifiques au tabac.

L’essentiel à notre avis paraît être la période post Ramadhan, car l’acquisition de la capacité à gérer les excès alimentaires et savoir contrôler des habitudes durant le mois écoulé, est déterminante et doit être adaptée au tabagisme, elle serait très utile pour pouvoir mener à terme un sevrage loin du jeûne, où habituellement on n’arrive pas à vaincre l’envie de fumer.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com