Lynda Tounsi : Une voix encore toute fraîche
Le clou de la soirée organisée jeudi dernier au soir, au siège de la Comar, compagnie d’assurances et réassurances, était, sans aucun doute, Lynda. Une petite d’à peine 14 ans qui a de la voix à en revendre. A priori, elle marche sur les pas des grands Pourvu qu’elle ne trébuche pas au milieu de la route et dérape. Son nom est en tout cas à retenir.
Il ne se passe pas un an sans que M. Rachid Ben Jemiaa de la Comar n’organise pour ses amis et collègues une soirée ramadanesque. C’est devenu presque un rituel obligé, car on a pris une sacrée habitude et un joli pli. Et comme à chaque fois, il y a toujours dans le programme quelque chose qui fleure bon les délices de chez nous en contes, musiques et chants Et des découvertes de nouvelles figures artistiques.
Le 7e étage de la grande bâtisse de l’avenue Habib Bourguiba de Tunis était, avant-hier, plein comme un uf. Et pratiquement, tout le monde se connaît. On avait l’impression d’être en famille. Car ces gens là viennent tous du même milieu. Ils sont soit les enfants de la maison, soit, des invités et autres amis proches de la direction qui sont du monde de l’art et de la culture et qui partagent les mêmes passions avec M. Ben Jemiaa. Un amoureux de littérature, de musique, de peinture, de théâtre et surtout de cinéma et qu’on croise à toutes les occasions. Ils étaient donc de ces gens qui affectionnent l’art de la création et de la créativité et qui savent écouter, regarder et apprécier les bonnes choses. Devant ce public trié sur le volet, notre historien Abdessattar Amamou (un fidèle parmi les fidèles) a raconté à la façon accrochante de Abdessattar Amamou, un bal de contes qu’il a tirés de la mémoire de chez nous. Des histoires prises et reprises des temps de nos beys, qu’il a truffées de légendes, ponctuées d’un zeste d’humour intelligent et colorées d’un sirop exquis d’espièglerie qu’on aime tant.
La cerise sur le gâteau : un petit bout de fille a scintillé au milieu de ses musiciens et elle a su saisir la foule, cette crème de la crème du pays, jusque tard dans la soirée. Pas uniquement saisir mais ébahir par sa voix limpide, fraîche et pétillante, pure et satinée tout à la fois.
Silhouette de guêpe. Peau de pêche. Simple et sobre à la fois et tout de noir vêtue. Cheveux châtains et longs, tirés en demi-queue en arrière, lui tombant en boucles jusqu’à la taille. Tantôt sur un siège, tantôt debout et elle était à l’aise. Bien à l’aise et décontractée. Bien comme une grande. Pas l’once de trac devant ces femmes et ces hommes qui l’ont religieusement écouté chanter Mais à son âge, chanter quoi !
Au programme : un bouquet de Saliha (Yelli boôdek, Ourdhouni zouz sbaya, Alif ya soltani), de Hédi Jouini (Itaffi nari, Taht el yasmina, Samra), de Oulaya (Alli jara). Mais aussi un délicieux panaché de notre terroir musical (kif dar kess al hob, Tekwit ou ma golt ahit, Cherq ghda bezzain, Ma Sar megyess yeejeb ), qu’elle a agrémenté avec des Fayrouziat (Ya Tayer, Habbaitek), des pépites de «Mestanniak» de Aziza Jalel. Et ce n’est pas tout. Car, le khaligi était aussi au menu. Avec des extraits d’«Al’amaken» et de «Maqadir», et une pensée à Yara dans une «Sodfa» au gré de son premier et vrai concert donné en public. Pas mal du tout, petite ! Surtout que Esset (Oum Kalthoum) était programmée dans une partition, difficile à interpréter.
Certes, Lynda a été avant-hier comme une grande et s’en est bien sortie en volant assez haut de ses propres ailes. Mais pourvu qu’elle continue dans le même sillon sans trop et vite se prendre la tête et finir par s’évanouir et se brûler par l’oubli. Gare à la prétention petite! Car pas plus grand ennemi pour l’artiste à ses débuts de se croire déjà au top niveau. Il suffit parfois d’un tout petit comportement de rien du tout, pour que tout tombe à l’eau et se retourne contre lui et contre ses ambitions. Ceci est le rôle de ses parents qui doivent être derrière, la tenir par la main jusqu’au bon port de la maturité. Pour que tout aille au mieux pour leur enfant afin de bien grandir dans son domaine de passion. Et c’est tout ce qu’on souhaite à Lynda.
Z.ABID

