Mohyiddîn Ibn Arabî (17) : Le «Dhikr», méditation et fusion !





Le soufisme, porté à un très haut degré de spiritualité par Ibn Arabî, a ceci de particulier que s’il reprend de nombreuses traditions, il les porte à un tel niveau d’appropriation qu’elles en viennent à rejoindre les passerelles de connexion avec le cosmos. La pratique du dhikr (évocation et répétition du nom de Dieu), par exemple, est certes commune à tout l'islam mais c'est sans conteste dans le soufisme qu'il prend toute sa force. Après l’influence de Ibn Arabî, le dhikr s’est ainsi développé en un vaisseau qui quitte l’ici-bas empirique pour voguer vers les ondes de l’extase puis vers l'anéantissement (fana') de l’être individuel dans la majesté de l’Etre suprême. De la méditation du cœur, saccadée à fréquence plus ou moins longue, battant au rythme de l’univers, le dhikr finit par devenir amarrage du vaisseau dans les eaux de la sérénité puis fusion de l’en-dedans dans l’amour du Seigneur.


C’est donc peu dire si le dhikr se distingue de manière singulière chez Ibn Arabî qui lui a consacré, dans son immense ouvrage «Al-Futûhât al-Makkiyah» une place privilégiée parmi les 300 conseils fondamentaux qu’il tient pour essentiels aux disciples aspirant à une vie spirituelle sous les modalités les plus élevées. Il est ainsi le quatrième conseil du cheikh qui n’y va pas par quatre chemins pour signifier l’obligation de l’invocation d’Allâh par le dhikr :


«Vous êtes tenus au dhikr d’Allâh, secrètement et ouvertement, en vous-mêmes et en assemblée. Allâh a dit : «Faîtes donc Mon Dhikr, Je fais votre dhikr. Il en résulte qu’Il a fait de l’exaucement du Dhikr accompli par le serviteur, le Dhikr-même qu’Allâh accomplit».


Un honneur incommensurable et un rapprochement exceptionnel du Seigneur ; voilà ce que permet le dhikr comme le professe Ibn Arabî.


Le serviteur n’éprouve pas de plus grand dommage que le péché. Le Prophète - sur lui la Grâce et la Paix d’Allâh- disait, quand un préjudice l’atteignait : «La Louange est à Allâh en toute circonstance», et dans le contentement de la joie : «La Louange est à Allâh, le Dispensateur du bienfait et de la faveur».


Quand tu gardes, quel que soit ton état, la conscience permanente du Dhikr d’Allâh en ton cœur, celui-ci se trouve assurément illuminé par la lumière du dhikr, de sorte que celle-ci t’accorde le dévoilement (kashf), car par elle, les choses se dévoilent.


Lorsque le dévoilement se produit, le respect (hayâ’) l’accompagne. Le signe qui t’indique cette concomitance est (par exemple) le respect que tu as à l’égard de ton voisin ou de celui chez qui tu reconnais un droit ou une qualité. Or il est sûr que la Foi t’apporte la vénération de Dieu le Juste (al-Haqq) en ton for intérieur.


Mais il y a des conditions à cet honneur : «Ces considérations sont réservées seulement à ceux qui sont avec les porteurs de la Foi et notre conseil s’adresse à tout être qui se soumet à la volonté divine, fidèle à Allâh et à ce qui provient de chez Lui».


En échange une promesse : «...et Moi, Je suis avec lui au moment où il fait Mon Dhikr (où il Me mentionne). S’il fait Mon Dhikr en son âme, Je fais son dhikr en Mon Ame. S’il fait Mon Dhikr en assemblée, Je fais son dhikr dans une assemblée meilleure que la sienne».


 


Manoubi AKROUT


manoubi.akrout@planet.tn




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com