Le Pakistan se rebiffe
Désormais tous les regards sont braqués sur le Pakistan. C’est tout simplement dans cette contrée qu’un gros coup de poker est entrain de se jouer.
Considéré comme le principal allié des Américains dans ce qui est communément appelé «la guerre contre le terrorisme», le Pakistan, qui a déjà payé le plus lourd tribut à cette guerre par procuration (plus d’un millier de soldats ont été tués dans les zones tribales depuis 2002 et, surtout, la campagne sans précédent d’attentats suicide dans tout le pays qui a déjà fait près de 1.300 morts), semble se rebiffer.
En ce qui paraît être une première, du moins officiellement, des forces de sécurité du Pakistan ont ouvert le feu à deux reprises sur deux hélicoptères américains qui avaient violé l’espace aérien pakistanais au-dessus des zones tribales frontalières avec l’Afghanistan.
Aussi anodin qu’il soit, ce fait nouveau n’est pas passé inaperçu puisqu’il apporte ce qui semble être les premiers éléments d’une nouvelle vision stratégique d’Islamabad.
En effet, et outre l’expression d’un ras-le-bol de voir les Américains attaquer sans vergogne le sol pakistanais en tout impunité (les forces américaines en Afghanistan multiplient les tirs de missiles, ciblant dit-on les combattants fondamentalistes, mais sans épargner des civils, au grand dam d’Islamabad qui proteste en vain), cette riposte est considérée comme un préavis avant un divorce qui semble de plus en plus en vue. Et pour cause, n’est-ce pas le président Bush qui a personnellement ordonné ces attaques contre le Pakistan. Un feu vert qui est ressenti comme une déclaration de guerre par le peuple pakistanais.
Or, plus concrètement, que signifie tout cela ? Le constat le plus criant est, cela va de soi, la perte par les Américains d’un allié de taille. Une perte qui n’augure rien de bon pour la machine de guerre US en Afghanistan, où, de son propre aveu, elle essuie un revers cuisant. Cela même avec l’aide précieuse des Pakistanais, que dire alors s’ils se retrouvent seuls.
Autrement dit, les Américains ont désormais toutes les chances de perdre «La» guerre qu’ils veulent à tout prix gagner. Et c’est là tout l’intérêt des dernières informations qui viennent du front. Elles sont, en quelque sorte, un avant-goût d’une débâcle militaire américaine. Une débâcle qui, si elle se confirmait, changerait considérablement les donnes stratégiques mondiales.
Maintenant reste à savoir ce que sera la réaction de Washington. Les émissaires américains qui multiplient les visites à Islamabad, semblent vouloir calmer les ardeurs.
Seulement on a le droit de se demander si on veut vraiment garder cet allié. Peut-on vraiment pardonner à un pays musulman d’avoir une bombe nucléaire.
On se le demande.
M.A.B.R.

