Ces anges démoniaques
On parle toujours la langue des statistiques et des chiffres. C’est toujours celle de la raison et de la réalité sans exagération. Les derniers chiffres que les responsables ont avancés ici et là lors de diverses conférences de presse tirent la sonnette d’alarme et braquent mille et un feux «rouges» sur le fléau de la violence. La violence, un mot qui traduit toutes les souffrances, les maux, les peines, qui reflète en soi toutes les images sombres de notre quotidien et toutes ces histoires tristes qu’on écoute ou qu’on lit dans les journaux et dans les rubriques des faits divers. Les sociologues, les pédagogues, les psychiatres tout le monde se torture les méninges pour trouver des explications et des solutions à ce phénomène qui ne cesse de se propager et de gagner du terrain.
Et c’est du côté de nos bambins, de ces petites et fines fleurs qu’on prépare pour l’avenir que ce mal a choisi de s’insérer, devant la démission totale des parents, du corps éducatif, des hommes de culture bref de toute une société. Avec les chaînes de télévision qui poussent ici et là comme des champignons, faisant l’apologie de la violence et de la chair nue, nos enfants sont bien exposés à mille et un dangers en l’absence d’une surveillance parentale. Des chaînes qui maîtrisent bien les techniques du lavage des cerveaux et de la manipulation et qui dosent bien les divers poisons pour réussir leurs plans et parvenir à leurs objectifs. Et c’est à long terme que les résultats de ces opérations croisées deviennent palpables et plus concrets. Car, à force de regarder et d’enregistrer ces images de violence et ces meurtres et génocides présentés dans des films d’action pour tous les âges, nos enfants deviennent agressifs, nerveux, disposés à tout faire pour parvenir à leurs fins.
Jetez un coup d’il sur les trottoirs de nos lycées, écoutez les discours des jeunes et vous pourrez constater le drame. Car ils semblent avoir perdu leur enfance et être en train de rater leur jeunesse. A qui incombe la responsabilité ? Regardez autour de vous et vous allez saisir la réponse. Aujourd’hui et en attendant l’Aïd, on pense à tout pour que la célébration de cette fête soit parfaite. Et l’on n’oublie jamais les jouets. Alors que propose-t-on à nos enfants lors de cette occasion religieuse qui reste toujours symbole de fraternité, d’entraide et de tolérance ? Des pistolets de différentes formes et marques, des chars, des avions Dans les petites échoppes et sur ces petites et tristes tables exposées ici et là dans les rues et les ruelles, dans ces souks provisoires, on vend le mal, même inconsciemment. On vend des jouets qui viennent d’on ne sait où, dont on ne sait de quoi ils sont faits et dont on ignore les effets néfastes. On vend la mort pour célébrer la vie, la joie, pour chanter le bonheur. Quel paradoxe ! On cherche les raisons du dérapage comportemental de nos enfants alors que nous contribuons par notre silence dans la transformation de ces êtres innocents, de ces anges en de véritables démons.
En attendant l’Aïd, nos «vendeurs» ont déclenché la guerre. Et qui peut les arrêter tant que les parents continuent de fermer les yeux sur ces dangers quotidiens qui rongent l’innocence, la créativité, la pureté, l’espoir de leurs enfants ? A quand cette démission collective ? Personne ne le sait tant que chacun ne cesse de penser qu’à ses propres intérêts, tout en répétant : «Après moi le déluge»
Imen ABDERRAHMANI

