A côté de la plaque
Rachida Dati, la ministre française de la Justice, est une femme, à bien des égards, atypique. Membre du gouvernement Fillon, de famille musulmane, célibataire et future maman, elle accapare depuis quelque temps les feux de la rampe, aussi bien en France qu’en Europe.
Ses rondeurs ont fait d’ailleurs les choux gras des médias européens qui ont lancé récemment une véritable chasse à l’homme dans l’espoir de connaître l’identité du père de son futur bébé.
Femme libérale, épanouie, offrant un bel exemple d’intégration réussie - même si certaines langues y trouvent matière à en redire - la garde des Sceaux se distingue aussi par ses envolées lyriques et ses déclarations à l’emporte-pièce.
Olivier Besancenot qui fustigeait sur un plateau télévisé, un certain soir du premier tour de l’élection présidentielle française, la politique du gouvernement en matière d’immigration , l’a appris à ses dépens.
Rachida Dati semble affectionner en fait l’art de lancer des missiles à langue portée.
En déplacement ce week-end en Israël, elle a agréablement surpris ses hôtes en déclarant : On ne discute pas avec le terrorisme, on le combat, ajoutant que les Palestiniens doivent renoncer à la violence et qu’Israël devait traiter le peuple palestinien avec justice. Les propos de Rachida Dati, qui se passent de tout commentaire, suscitent tout de même des interrogations objectives, voire des appréhensions logiques et légitimes, ne serait-ce que parce que la garde des Sceaux a pris soin de mettre tous les ufs dans le même panier. Quand les organisations terroristes et les mouvements de libération nationale - comme c’est le cas en Palestine - sont classés dans le même rayon, cela revient quelque part à travestir la réalité ! Qui plus est, cette démarche, très discutable, revient à cautionner implicitement les méfaits du bourreau en leur conférant une certaine légitimité. Quand bien même il serait éminemment important de combattre le terrorisme ainsi que toutes les dérives extrémistes et jusqu’au-boutistes, il est tout aussi nécessaire de placer le problème dans son contexte réel et de ne pas se perdre dans les méandres protocolaires bassement politicardes.
Il est bien curieux tout de même que la ministre de la Justice n’ait pipé aucun mot pour dénoncer les exactions israéliennes, la ghéttoïsation du peuple palestinien, la poursuite de la colonisation juive, le blocus imposé sur les villes palestiniennes et toutes les expressions hideuses de cette occupation israélienne, inhumaine, sans foi ni loi et qui perdure depuis plus d’un demi-siècle.
En cela, Rachida Dati a péché par trop de courtoisie partisane qui porte gravement préjudice paradoxalement aux victimes de cette sournoise injustice.
Pour sûr que la ministre de la Justice est passée, cette fois-ci, à côté de la plaque.
Chokri Baccouche

