Place à l’action…
Malgré la terrible crise financière qui fait peser une lourde menace sur l’économie mondiale, la communauté des nations fait preuve de largesses et d’altruisme pour venir en aide aux plus démunis. Lors d’un sommet tenu, jeudi à l’ONU, gouvernements, fondations, entreprises et société civile ont promis collectivement la bagatelle de 16 milliards de dollars supplémentaires de contributions aux divers aspects de la lutte contre la pauvreté dans le monde.
Cette mobilisation internationale, destinée à atténuer l’ampleur de la dèche humaine, donne réellement du baume au cur. Elle tombe, en tout cas, à point nommé surtout que les derniers chiffres de la FAO ne sont pas du tout rassurants, loin s’en faut !
La flambée des prix des engrais,du carburant et des produits alimentaires a plongé 75 millions de personnes de plus au-dessous du seuil de la faim portant le nombre estimé de personnes sous-alimentées dans le monde à 923 millions en 2007, annonçait tout récemment l’organisation onusienne pour l’alimentation.
Cette prise de conscience internationale quant à la nécessité impérieuse de lutter contre la pauvreté, qui constitue le terreau fertile de toutes les dérives extrémistes, suscite en tout cas l’optimisme. Un optimisme mesuré, serait-on tenté de dire, car l’expérience nous a démontré que les engagements pris dans ce registre sont, le plus souvent, restés lettre morte.Les sommets, qui ont réuni à maintes reprises les argentiers du monde et les représentants des pays riches, sont des occasions pour les uns et les autres d’exprimer leur compassion et leur solidarité avec les nations pauvres. Mais sitôt que les lampions s’éteignent-ils sur ces rencontres hyper-médiatisées, tout le monde se replie la conscience tranquille avec le sentiment du devoir accompli. L’ennui, c’est que les belles paroles d’hier restent sans lendemain et les aides au développement promises en faveur du Sud demeurent une simple vue de l’esprit, au grand dam et de la logique et du bon sens. Il se trouve en effet que dans le village planétaire, les intérêts sont devenus tellement imbriqués que l’enfer, ce n’est plus seulement les Autres. Le phénomène de l’émigration clandestine, dans sa dimension tragique, n’est en fait que la conséquence attendue d’un monde qui évolue plus que jamais à deux vitesses.
Un monde en proie à une hystérie militariste qui préfère dilapider des millions de milliards pour l’achat d’armements ou le financement d’expéditions punitives.
Un monde qui fait preuve d’une légèreté déconcertante et outrancière, car il feint d’ignorer que la pauvreté constitue en fait une véritable bombe à retardement.
Il est à espérer que la leçon sera cette fois-ci retenue et que la raison finira par prévaloir. Pour la paix et la stabilité dans le monde.
Chokri BACCOUCHE

