Selon Oxford Business Group : Le trafic maritime de la Tunisie courtisé





Avec son ambition de drainer une plus large proportion du trafic régional, la Tunisie vient de présélectionner huit investisseurs représentant six pays pour la réalisation d'un nouveau port en eaux profondes, suite à l'annonce la semaine dernière du calendrier de présentation des appels d'offres et de la phase technico-économique du projet.


 


Huit groupes étrangers ont été présélectionnés pour la construction et l'exploitation du projet sous forme de concession BOT de 50 ans à Enfidha, dans le centre-est de la Tunisie, sur la Méditerranée. Ces entreprises originaires du Canada, Danemark, Emirats arabes unis, Italie, Kuwait et Portugal n'ont pas été identifiées. Seul Dubaï Ports World s'est fait connaître parmi ces investisseurs potentiels. Les autres candidats comprennent les multinationales APM et SNC-Lavalin, KGL et Al Mal, Gulftainer, Intermin et Tertir.


Les sociétés présélectionnées ont pris connaissance de la phase technico-économique et de l'impact environnemental du projet, outre le calendrier de présentation des appels d'offres, dont la date de remise a été fixée au 25 décembre 2008. Le choix du promoteur aura lieu début 2009 tandis que les travaux de construction démarreront au cours de l'année 2009.


L'aménagement du port, dont le coût global est estimé à 2 milliards de dollars, sera réalisé en trois étapes. La première phase du projet, d'un coût estimé à 850 millions de dollars, devrait être mise en service en 2010 et comprend les infrastructures de base (deux brise-lames et dragage), un terminal à conteneurs avec 1 500 mètres de quais et un terminal polyvalent avec 1 200 mètres de quais. Les installations portuaires couvriront 1200 ha avec la possibilité d'extension du site sur le long terme, en plus de 2 000 ha consacrés à la réalisation d'une zone d'activités économiques durant la deuxième et troisième phase du projet, dont une partie sera destinée à abriter une zone logistique. Dans sa phase finale, le port aura une profondeur de 18 mètres et sera en mesure d'accueillir des navires de 80 000 tonnes. Le projet comportera un terminal à conteneurs d'une capacité annuelle de 5 millions de conteneurs de 20 pieds (EVP), et sera doté de 3600 mètres de quais pour le transbordement de conteneurs et d'un terminal polyvalent doté de 1,120 mètres de quais.


Le port n'est que l'une des pièces du mégaprojet de développement du transport multimodal dans la région d'Enfidha, située à quelque 100km au sud-est de Tunis. Pour un coût estimé à 618 millions de dollars, le groupe turc TAV Airports Holding a été sélectionné à l'issue d'un appel d'offres international, pour construire et exploiter sur 5700 ha la concession du nouvel aéroport, à proximité du nouveau port. Le nouvel aéroport, qui devrait être opérationnel en 2009, aura une capacité d'accueil initiale de 7 millions de passagers par an, avec un objectif à terme de 22 millions. Par ailleurs, un programme de modernisation de son infrastructure routière est prévu, basé sur la réalisation de nouvelles bretelles d'accès à l'autoroute et d'une connexion aux lignes ferroviaires.


Le projet d'Enfidha met en exergue les énormes avancées que réalise la Tunisie en vue d'améliorer l'efficacité et la performance du secteur maritime, au moment où le pays cherche à se hisser au rand d'une plate-forme internationale de commerce en méditerranée centrale.


Ainsi, le terminal de Radès, situé a proximié de Tunis, a connu une croissance de près de 7% depuis 2006. Néanmoins, le port, qui date des années 1980 et qui accueille aujourd'hui près de 90% du trafic des navires porte-conteneurs et rouliers, arrive à saturation et enregistre de nombreux retards. En conséquence, l'Office de la marine marchande et des ports (OMMP) a annoncé la réalisation d'une extension de 530 mètres de l'un de ses quais, afin d'augmenter la capacité d'accueil du port, qui atteindra 100 000 EVP d'ici à 2010, en attendant que le port d'Enfidha devienne opérationnel en 2011-2012. Ces aménagements permettront de transférer le trafic en vrac provenant de la gare maritime de La Goulette, qui est appelée à devenir un terminal réservé aux navires de croisiéristes.


Les changements législatifs sont aussi à l'ordre du jour. En effet, un nouveau code maritime entrera en vigueur en 2009. Le nouveau code regroupe les différentes lois applicables dans les gares maritimes et sera placé sous l'égide d'une entité de régulation unique. Les autorités portuaires verront leurs pouvoirs réglementaires renforcés, et connaîtront une amélioration de leur partenariat avec les opérateurs portuaires privés.


Certains restent tout de même sceptiques quant au besoin d'un nouveau port dans un pays où la population reste limitée et le volume des échanges commerciaux reste faible. En effet, la Tunisie représente un marché relativement restreint, surtout comparé aux pays voisins comme l'Algérie. De tels arguments laissent à penser que les investissements seraient mieux placés dans la modernisation et l'extension des infrastructures existantes plutôt que dans la construction de nouveaux ports. Néanmoins, les pouvoirs publics sont confiants et espèrent qu'Enfidha permettra d'insuffler un nouveau souffle au trafic de transbordement, à travers une hausse sensible de la capacité du pays à accueillir des navires plus gros et plus lourds.


Au cours de la conférence de présélection tenue la semaine dernière, le ministre du Développement et de la Coopération internationale, Mohammed Nouri Jouini, a souligné que le nouveau port en eaux profondes d'Enfidha permettrait de renforcer la vocation maritime de la Tunisie à devenir un axe économique régional et de drainer une partie du marché de transbordement régional, entre l'Europe et l'Afrique. Par ailleurs il a indiqué que le projet serait à même de créer un climat plus propice aux investissements étrangers qui dépendent d'un réseau de transport moderne et rentable.

La réalisation du port en eaux profondes, ainsi que le nouvel aéroport d'Enfidha, représentent un volet important du XIème  Plan de développement (2007-2011), un programme de 45,5 milliards de dollars visant à propulser l'investissement dans certains secteurs économiques.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com