Raoudha Mansouri : Un amour sur écran…





Nous sommes en 1982 chez les Mansouri. A Mornag, une bourgade dans la proche banlieue de Tunis, les voisins et autres proches ont entendu le premier cri de Raoudha qui a annoncé son arrivée dans le giron de cette famille un brin conservatrice. Et qui deviendra, vingt ans plus tard, une vedette à la télé. Portrait de la «Sana» de Bin Ethnaya qui vient de passer sur le petit écran.
Une enfance plus ou moins heureuse avec ses petits caprices et autres jeux dans la cour de l’école de son quartier. On l’imagine donc, au sortir de la classe, à la récré -tout comme ses camarades-, courant à droite et à gauche et  sautant à la corde ou jouant à la marelle, poussant à cloche-pied un palet de brique, dans les cases tracées à la craie au sol, tout en criant de joie, se marrant ou innocemment se chamaillant.
Forte de son petit caractère, de la souplesse de son corps, Raoudha n’a pas cessé de s’intéresser au domaine du sport. Mais tout en marquant timidement sa présence sur les tréteaux. «Dès l’âge de dix ans, je me suis mise aux diverses disciplines d’éducation physique et j’ai remporté quelques titres de gloire dans ma ville natale. Mais entre-temps, je sentais quelque chose en moi, qui me démangeait de l’intérieur et qui me tirait vers le haut de la scène. C’était plus fort que moi et c’était impossible d’y résister encore plus longtemps. Une chose peu appréciée dès le départ par mes parents qui avaient mis leur veto à ma passion. N’empêche, qu’à partir de13 ans, je me suis imposée et j’ai démontré mon talent dans cet art que j’affectionne tant et je me suis vite affirmée. Mon rôle de Nanouchka dans la pièce   «Tamess», texte de Aroussia Nalouti et mise en scène de Lotfi Achour (l’homme occupe aujourd’hui une place au soleil dans le Paris du 4e Art, ndlr), m’a beaucoup apporté. Car j’ai été  aux côtés de mes aînés, les tutoyant de très près. Et c’était un bonheur de me voir parmi eux. Ici, je pense bien sûr à Jamila Chihi, les deux Jamel, Sassi et Madani, Slah M’Saddek et autre Béchir Gheriani», se souvient Raoudha.
Dans les coulisses, on racontait que la petite était douée. Mais le don ne suffit pas pour faire du théâtre et toute une carrière. Il faut bien des stages et une vraie formation. Quelques  tours de danse avec Sondess Belhassen et autres cours de théâtre dirigés par Hassen El Mou’adhen ont définitivement mis la petite à sa place. Et elle était bien là où il faut. Au fil du temps, les gens ont commencé à la voir un peu plus souvent sur le petit écran et son visage est devenu de plus en plus familier. Kamel Yaalaoui a cru en elle. De son côté, il lui a proposé quelques passages. Notamment dans sa «Dharba fellaâdham» et un peu plus tard dans son «Nif». Toujours dans ce sillage, Hamadi Dkhil a confié à Raoudha un rôle sur mesure, rien que pour elle, dans la «Belle et la bête» au théâtre pour enfants.
La petite est photogénique et les gens de la pub avaient les yeux sur elle. Le temps est sacré et elle n’a pas trop tardé pour signer des contrats de pub pour des clips à la télé, avec Raouf Kouka, tout en continuant paisiblement sa scolarité au lycée de Ben Arous, où elle a décroché un bac Lettres qui lui a permis d’aller s’inscrire à l’INEPS pour devenir plus tard, prof de sport… Entre-temps, l’eau a bien coulé sous les ponts et la voilà s’arrêter à mi-chemin. Raoudha ne sera jamais prof de sport. Car deux ans après, elle quitte définitivement les bancs de la fac et change d’orientation. De destination et de destin. Cette fois-ci, c’est le bon. Elle est enfin décidée et son choix est fait pour toujours. Elle l’assume en tout cas et peu importent les conséquences…
En 2003, les choses commencent à s’esquisser une fois pour toute dans la tête et le cœur de Raoudha. De plus en plus obnubilée par sa passion, elle entre en force dans le domaine. Un petit carnet d’adresse, du talent, quelques pistons et interventions et un soupçon de chance ont fait tout le reste pour qu’elle parvienne à exaucer son rêve d’enfant. Cette même année, on la voit dans un premier feuilleton. Elle campe un rôle dans «Ekhwa wezmen» de Hamadi Arafa. «Puis un autre dans «Jari ya Hammouda» de Abdeljabbar Bhouri. Un autre a suivi. Celui de «Nwassi waateb» m’a émue. Quand j’étais, toute petite, je rêvais de travailler avec ces dinosaures de chez nous. Aujourd’hui, je me sens comblée. Comblée, car j’ai pu saisir ma chance. Au bon moment. Avec par exemple Abdelkader Jerbi qui a parié pour moi. Avec aussi Habib M’Selmani qui m’a donné à jouer dans divers rôles si contrastés mais si attachants. Dans ses «Layali El Bidh», j’ai joué le rôle d’une prof de philo. Sage, bien élevée et qui vient en aide à ses parents et à d’autres de sa famille et de ses amis chaque fois qu’ils ont besoin de ses services. Un rôle que le public a aimé. Mais dans «Bin Ethnaya», toujours de ce même auteur, le feuilleton transmis la première quinzaine de Ramadan sur Tunisie 21, j’ai été une autre personne. C’est cette Sana la fille facile. Une fille de nuit très légère et qui profite de tout. L’avis du public était mitigé. Les uns ont sympathisé, compati avec le personnage car ils jugent que Sana la frivole est une victime de la société. Quant aux autres, ils ont affiché du mépris voire de la haine pour cette fille de joie et ils n’ont pas apprécié mon rôle.  Quand à moi, j’ai éprouvé de l’affection pour les deux personnages car cela me forge dans mon métier, me libère, me donne ma chance et ouvre un peu plus de l’éventail de mes expressions…», raconte avec un petit sourire cette actrice qui adore le violet et son odeur. Et qui, dressée sur 1m73, toute mince avec son 36 de tour de taille, elle parait comme un mannequin.  «J’aimerais bien grossir de quelques centimètres et prendre un peu de poids», souhaite-t-elle.
Nous en doutons fortement Mademoiselle ! Car vu ce qu’elle mange, elle ne fera que maigrir davantage. Elle se contente de quelques feuilles de salade, un bol de soupe et jamais de pâtes. «J’ai horreur du couscous et ses dérivés», ajoute-t-elle, comme scandalisée.  Du cinéma ? Réponse : «Oui. A mes débuts, j’ai joué dans «Le Prince» de Mohamed Zran. Ensuite, dans «Kelmet Erjal» de Moez Kammoun. Mokhtar Laajimi m’a proposée dans «Bab El Arch». Hamadi Arafa m’a appelée pour son court métrage, «El Bernouss». Quant au dernier rôle que j’ai joué pour le grand écran, c’est dans «Rue Tanit» de Faïçal Bouzayène, un Tunisien qui a choisi de s’exiler en France. C’est un rôle osé et que je regrette d’avoir joué. Il y a quelques séquences bleues. Ce film passera probablement aux JCC 2008. Dans mon fond, et pour cette raison-là, je préfère qu’il n’ait aucune chance de  passer…».

Que faites-vous dans vos heures creuses et passe temps?
«A part écouter de la musique arabe, un peu Saber, je n’ai pas grand-chose. Sauf d’aller parfois au bowling avec une bande de copains et copines. Sinon, quand je m’ennuie, je prends mes clés et je tourne en ville comme une toupie et sans destination précise. Ah, j’ai oublié de vous dire que je suis très fringues. J’aime m’habiller. Avec du chic pour les grandes occasions et avec du décontracté pour tous les jours. J’aime aussi les voyages.
J’ai été notamment en Espagne, Syrie, Jordanie, Egypte, au Liban, à Paris, Milan, Dubaï,… Oh Dubaï ! Je n’en reviens pas encore. J’ai tellement vu de choses pendant mon séjour d’un mois, qu’à mon retour, j’avais du mal à remettre les pieds sur terre et à accepter notre infrastructure, routière et architecturale», pense-t-elle à haute voix.
Raoudha n’a pas pour le moment un fiancé dans sa vie. Il faut dire qu’à 26 ans, elle n’a pas à s’inquiéter et à être pressée. Devant elle, toute une vie pour choisir l’homme qu’il lui faut et qui la mérite… Avis aux les intéressés.


Z. ABID




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com