Les jeunes et l’Aïd-el-fitr: La « mahba » en tête de liste

Au-delà de l’allégresse et de l’ambiance festive renouvelée à chaque fête, l’Aïd-el-fitr contribue par-dessus tout au renforcement des liens familiaux et sociaux. Pour l’occasion, enfants et jeunes portent du neuf de la tête aux pieds. Ils rendent visite aux proches pour leur présenter les vœux de l’Aïd. Ils se régalent des douceurs agrémentées aux goûts suaves et ramassent au passage quelques donations (mahba). Cette «mahba» permet aux jeunes gens de faire…la nouba. Plusieurs jeunes reçoivent dès lors cette fête avec béatitude et gaieté de cœur. Certains la célèbrent selon le rituel familial. D’autres la célèbrent à leur manière…

 

Tunis-Le Quotidien

L’Aïd « Esseghir» correspond à la fin du mois de jeûne et d’abstinence et marque une sorte de renaissance spirituelle. Les habitudes des Tunisiens, toutes catégories confondues, se concordent. Du Nord au Sud, les rituels, les us et les coutumes se ressemblent.

Mehdi, élève, 17 ans, se débrouille pour concilier entre ses propres besoins et les traditions de l’Aïd. Le jeune homme sait tirer profit de l’occasion sans se plier aux coutumes qui le… tracassent ! Il n’aime pas participer aux tournées familiales. Mehdi les juge lassantes et ennuyeuses. Il se contente de recevoir les visiteurs au lieu de se déplacer. «L’Aïd  est d’abord une occasion pour se reposer après un mois entier de jeûne et de manque de sommeil ! Si nous avons droit à quelques jours de vacances, c’est bien pour se reposer et récupérer ! Je sais que notre religion prône que l’on préserve les liens familiaux. Et mes parents trouvent ces visites absolument sacrées. Mais ce n’est franchement pas mon dada, d’autant plus que durant le mois de Ramadan, on s’échange les visites et je vois pratiquement tous les membres de la famille ! Et puis, je crois avoir dépassé l’âge pour ces tournées. De plus, tous nos proches viennent nous rendre visite  pour l’Aïd. Je ne vois donc pas l’utilité de ces visites. Je préfère me reposer. Je passe toute la matinée au lit pour avoir une bonne dose de sommeil. A mon réveil, je porte mes habits neufs et je reçois les visiteurs avec ma mère et mes frères et sœurs. Et bien sur, je m’apprête à recevoir la « mahba » de la part de mes oncles… J’utilise cette somme pour aller au stade », dit-il.

Pour Mahmoud, élève, 16 ans, les choses diffèrent. Le jeune homme fait sa petite tournée tout seul pour rendre visite à ses oncles et ses tantes. «Chez nous, la sonnette de la porte commence à tinter dès huit heures du matin. Ce qui ne me permet pas de rester endormi. Je suis donc contraint de me lever assez tôt ! Mais c’est avec gaieté de cœur que je sors faire ma tournée. Tous mes oncles et mes tantes habitent dans le même quartier que nous, à quelque pâté de maisons. J’y vais donc à pied sans attendre mon père. Et je rentre avec de l’argent plein les poches ! J’ai ramassé 100 dinars cette année. Je réserve cette somme pour me divertir et aller au stade. Le deuxième jour, je sors avec les amis pour changer d’air et pour être bien en forme avant la reprise des cours. Pour moi, les visites familiales n’ont jamais  posé problème. Tous nos proches sont nos voisins et cela facilite à tous la tâche de la visite. D’ailleurs, on ne doit pas attendre l’Aïd pour s’échanger les visites. Je vois fréquemment mes oncles, mes tantes, mes grands-parents, mes cousins et cousines », dit-il.

Myriam, étudiante, 22 ans, ne sort pas. Chez sa famille, les jeunes filles reçoivent les visiteurs. Cela lui épargne certes les protocoles des visites, mais cela la prive également de la donation de l’Aïd. «Il y a quelques années que je ne sors plus. Je reste avec ma mère à la maison pour recevoir les visiteurs. Je ne participe plus aux tournées. Seuls les hommes et les enfants y ont droit. Il faut dire que cela me débarrasse des décorums parfois exagérés. Franchement, je trouve ces visites parfois barbantes. Tout le monde pose la même question et je suis obligée de répondre à chacun. A la longue je me retrouve en train de répéter les mêmes phrases durant toute la journée. Toutefois, le lendemain, nous nous rendons tous chez mes deux grands-parents. Tous les membres de la famille se réunissent chez eux. C’est une habitude que nous héritons génération après génération. J’aime y aller parce que je me sens à l’aise chez eux. Mais ce que j’ai perdu en l’occurrence, c’est de rassembler la « mahba ». Depuis des années je n’ai droit qu’à 10 dinars de la part de mon père ! Mais on m’achète toujours des habits neufs. Depuis que je ne sors plus, j’ai tout de même une plus grande marge de liberté quant au choix de mes habits. Je peux aujourd’hui m’acheter des vêtements sport qui me servent beaucoup plus. Autrefois, j’étais contrainte de m’habiller en petite fille modèle et de porter des habits tellement inconfortables. Mes chaussures coinçaient tellement sur mes pieds que je clochais », dit-elle.

Rabia, 20 ans, n’aime pas porter des habits tout neufs le jour de l’Aïd.. Cela lui vaut le quolibet des amis. «Je porte toujours mes habits neufs quelques jours avant l’Aïd. Le cas échéant, je dois supporter les moqueries des camarades. On me traite de gamine. Quant aux sorties, nous avons pris l’habitude de nous réunir tous les Aïd dans la “grande maison“. Les  multiples visites imposées chez certaines familles chaque Aïd, ne font pas partie de mes prédilections. En revanche, lorsque je me rends chez mes grands-parents, j’y trouve les cousins qui ont un âge proche du mien. On peut donc trouver des sujets communs pour parler. D’ailleurs, la première chose qu’évoque en moi l’Aïd, c’est  bien cette réunion familiale. Il faut dire qu’il se fait vraiment rare qu’on puisse se réunir tous ensemble. Or, pour la fête, mes parents, mes oncles et mes tantes s’assemblent sans faute. C’est une occasion pour qu’on se voie et pour qu’on se connaisse mieux. Cela dit, seuls les plus petits ont le droit d’avoir la « mahba ». Heureusement que ma mère me file un billet de 20 dinars depuis des années ! Le lendemain, mes cousins, mes sœurs et moi allons faire un tour. Chacun de nous dépense la somme qu’il a glanée à travers la “mahba“ et s’éclate du mieux qu’il peut. Généralement nous allons dans un parc de d’attraction et nous y restons jusqu’au soir. Du coup, l’Aïd s’imprègne d’une ambiance festive et joviale », dit-elle.

 

Abir CHEMLI




Articles Similaires:




Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com