SANTE : Le tabagisme passif, des complications avant et dès la naissance et jusqu’à l’âge adulte!





Par Dr Elyès Hassine


Pneumologue Tabacologue Allergologue


 


Nous poursuivons avec le Dr Elyès Hassine notre rubrique consacrée aux méfaits du tabac dans laquelle il aborde aujourd’hui les effets nocifs du tabagisme passif


Le  tabagisme passif  (TP) est l’exposition à la fumée du tabac présente dans l'environnement ou l'inhalation involontaire de la fumée émise directement par la combustion de tabac et de celle exhalée par les fumeurs.


Ce mélange contient des puissants irritants, des toxiques et des cancérigènes.


Plusieurs études épidémiologiques sur l'exposition environnementale à la fumée de tabac ont démontré une relation dose-réponse significative entre le TP et plusieurs maladies jusque là insoupçonnées d’avoir un lien avec l’exposition passive au tabac.


Le cancer du poumon est certainement la complication la plus grave. Les effets de l'inhalation passive sont très variés. Ils incluent des atteintes de la sphère ORL, de l’appareil ophtalmique, du système cardiovasculaire et du tractus digestif. Les manifestations les plus typiques sont d’ordre respiratoire comme l’aggravation des allergies, de l'asthme et les altérations de la fonction pulmonaire. Les conséquences les plus dangereuses sont celles affectant le fœtus, le nouveau-né et l’enfant. Les effets du TP commencent donc avant même la naissance.


 


Tabac et grossesse


Le tabagisme des femmes enceintes est une réalité et rares sont celles qui réalisent la gravité de cette pratique sur le développement du fœtus.


La nicotine agit  négativement  sur la circulation utéroplacentaire: elle réduit la réactivité du rythme cardiaque fœtal, augmente la résistance des artères ombilicales et entraîne une réduction de la dimension des capillaires placentaires. Le TP est alors associé aux complications périnatales suivantes:


1. Grossesse ectopique avec une relation dose-dépendante du risque, comme le placenta prævia (implantation basse du placenta associée à des complications hémorragiques très graves), le décollement placentaire (ou hématome retroplacentaire : un des incidents les plus menaçants de la grossesse sur le fœtus et la mère et associé à une mortalité non négligeable.


2. Retardde croissance  intra-utérin avec un faible poids de naissance par rapport aux bébés de mères non fumeuses.


3. Augmentation de l’incidence des avortements spontanés du premier trimestre à laquelle s’ajoute une mortalité  fœtale in utéro ou néonatale plus importante.


4. Rupture prématurée des membranes (enveloppes du fœtus dont la rupture précoce expose aux risques d’infections néonatales parfois difficiles à juguler et pouvant laisser des séquelles chez l’enfant).


5. Accouchement prématuré qui est pourvoyeur de susceptibilité de nouveau-né et de l’enfant à différents types de maladies.


6. Mort subite du nourrisson, le risque est multiplié par 3.


7. Incidence plus élevée des malformations congénitales: cardiovasculaires comme la tétralogie de Fallot, du système nerveux comme la spina bifida, les malformations du massif  facial telles les fentes palatines, du système digestif et de l’appareil locomoteur. 


8. Il a été aussi noté une élévation de l’hématocrite fœtale (nombre de globules rouges) en rapport avec la baisse de l’oxygénation du fœtus par compétition entre l’oxygène et le monoxyde de carbone provenant du tabac.


 


Le TP chez les nouveau-nés et les enfants d’âge préscolaire


Les nouveau-nés de parents fumeurs naissent avec une prédisposition certaine à un ensemble de pathologies plus particulièrement respiratoires comme les infections et les allergies.


Leur exposition au TP à un stade aussi important de leur développement et de leur croissance fait qu’une maturité normale des organes ne peut jamais être obtenue, en témoigne le risque accru de détresse respiratoire néonatale en rapport avec une immaturité des poumons (maladies des membranes hyalines où il existe une limitation sévère des espaces ventilatoires utiles).


Les premiers jours, semaines et mois de la vie sont émaillés de complications comme les bronchiolites (inflammation des petites bronches) qui font le lit de l’asthme, ces états morbides s’associent souvent avec des décompensations respiratoires aiguës et nécessitent un traitement aussi bien énergique et précoce. Les enfants de fumeurs ont également des taux plus élevés de pneumonie et de bronchite.


Les infections auriculaires et oropharyngées sont plus fréquentes à cet âge chez les enfants de parents fumeurs et exposent à une surconsommation médicamenteuse, à un stress parental et à un absentéisme. Pour les otites récidivantes, le risque est multiplié par 2 ou 3.


Le tabagisme maternel est deux fois plus nocif pour l’enfant  que celui du père en termes de quantité. Même si la mère fume la moitié de ce que fume le père, l’effet du tabagisme maternel est plus important  du fait de la proximité de l’enfant et de leur contact intime.


L’asthme infantile: Le TP chez les enfants d’âge préscolaire augmenterait le risque de développer ou d’aggraver un asthme ou une bronchopneumopathie chronique obstructive même à l’âge adulte. Cette exposition est responsable d’une chute annuelle supplémentaire du VEMS (critère ventilatoire de la fonction respiratoire) de 1,9%. Dans des populations d’enfants pris de la naissance jusqu’à l’âge de 17 ans, l’effet du tabagisme maternel sur l’apparition d’un éventuel asthme en fonction du tabagisme maternel sera responsable à lui seul de prés de 20% de l’ensemble des  asthmes qui vont être observés.


 


Les effets du TP se prolongent jusqu’à l’âge adulte


Chez l’adulte, il a été clairement établi que le TP accroît l'incidence du cancer du poumon avec une augmentation de 26% de sa fréquence et de 2 à 6 fois  pour le cancer du larynx.


De plus en plus, on parle aujourd’hui d’un risque de cancer des voies respiratoires en rapport avec l’exposition infantile précoce au TP. Plusieurs études ont démontré un lien assez étroit entre le TP des enfants et le risque de tumoral comme les leucémies et les lymphomes.


Des chercheurs britanniques ont mis en évidence un génie évolutif propre à l’asthme de l’adulte statistiquement lié au TP de l’enfance avec des aggravations subites et non expliquées. De même, il a été constaté une augmentation de 25% du risque d’infarctus du myocarde, ce risque est associé au degré d’exposition au TP, il va être multiplié par 1,24 si le tabagisme est situé entre 1 et 7 cigarettes et par 1,62 si le tabagisme  est supérieur à 22 cigarettes.


 


Conclusion

Empêcher quelqu'un de respirer un air pur et l'exposer ainsi à un risque pour sa santé depuis sa naissance jusqu’à l’âge adulte relève des droits de l'homme. Pour ne pas voir naître un jour des «monstres» humains, il est temps d’agir efficacement contre cette exposition «criminelle» au TP que subissent nos enfants. Nous sommes tous responsables mais également complices et coupables si nous restons les bras croisés.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com