Peut-on anticiper les crises financières ?!
Quel est le destin de la Tunisie face à la très grave crise financière internationale dont les rebondissements semblent sans fin ? Surtout quand nous savons que notre économie (banques et assurances comprises) est désormais totalement fondue’’ dans le marché global, on se met à se poser des questions et à ressasser sans arrêt la puissance de l’Effet Papillon où un battement d’aile de papillon à Wall Street peut entraîner un cataclysme à Hong Kong et ailleurs… La chose est mathématiquement prouvée !!
Déjà, quand la crise Lehman Brothers a éclaté, le paysage était loin d’être rose ! Il se rapprochait même du noir intense avec les prix des principales matières premières qui s’affolaient, la double démonstration de force des Russes (avec les chars de combat en Géorgie) et des Chinois (avec l’ouverture époustouflante des Olympiades), le climat de ni guerre/ni paix du coté des Iraniens (4ème producteur mondial de pétrole), les cinq milliards d’euros perdus par Kerviel à la Société Générale, les dizaines de milliards de dollars des Sub-primes
La culture du risque extrême rendu encore plus grave par son propre partage entre une multitude d’acteurs était très largement propice à la contagion depuis des décennies. Mais tout le monde fermait les yeux quand l’argent coulait à flot parce que chacun y trouvait son compte. On se serre toujours les coudes et on choisit de ne pas voir les braises sous la cendre puisqu’on récoltait les fruits du système, sachant pertinemment au fond de soi qu’il fallait en payer tôt ou tard le prix.
Le problème, c’est que ce genre de réflexion sur la fin logique des investissements à très haut risque ne parvenait pas à dépasser les gens du Back Office (les techniciens, les architectes du système ), car ils laissaient de marbre les gens du Front Office (les commerciaux, les vendeurs, les traders qui détiennent le vrai pouvoir dans les grandes institutions financières). Pour clôturer le schéma, les gens du Middle Office (les auditeurs, les contrôleurs ) étaient totalement absents, écartés sans ménagements du processus. Et ceci dans un climat de dérégulation tous azimuts !!!
Dans cette jungle, les Traders devenaient de plus en plus téméraires, inventaient chaque jour de nouveaux produits encore plus complexes, encore plus vicieux, pariant sur le fait qu’au moment où le marché ne comprend pas encore ce que vous faites, vous passez entre les mailles du filet, et quand celui-ci commençait à comprendre, il fallait passer à autre chose. Et c’est là que tout devient question de timing : QUAND FAUT-IL DECROCHER sans se faire massacrer ?!
De fait, le même scénario se répète. La catastrophe des Junk Bonds dans les années 1980, celle des Hedge Fonds avec Long Term Capital Management dans les années 1990, celle du Sud-Est asiatique en 1997, celle de la bulle’’ des valeurs technologiques en 2000 sont parmi les exemples du dernier quart de siècle où nous avons pratiquement vécu une crise financière internationale tous les deux ans.
Ce qui est étrange, c’est que l’anticipation de ces crises n’a pas été vraiment possible malgré la puissance colossale d’information dont disposent les grands opérateurs du marché. De toutes manières, comment pourrait-on résoudre une équation du énième degré à n inconnues ? Car tel est aujourd’hui le marché financier mondial!
Mais, rassurez-vous, il y a une réponse à cette question. Si les vraies crises financières de l’envergue de celle que nous connaissons aujourd’hui ne peuvent être laminées que très difficilement avec l’injection d’argent frais, il reste que certains systèmes peuvent rester réfractaires au cataclysme ou, du moins, peuvent y survivre sans grand mal. Ce sont les systèmes dits prudents’’ où la culture d’investissement domine complètement la culture de spéculation, où la régulation est discrète mais bien réelle et où les gens du Front Office (commercial), du Back Office (gestion) et du Middle Office (contrôle) ont chacun la place que son statut lui confère. C’est de la sorte que l’économie de notre pays fonctionne et parvient à anticiper sur le possible développement d’une crise financière.
Manoubi AKROUT
manoubi.akrout@planet.tn

