Conférence nationale sur l’emploi: L’heure de vérité !





Après des mois et des mois de débats tous azimuts, voici venue l’heure des bilans. Hier, lors de la Conférence nationale sur l’emploi (dont l’ouverture a été faite par M. Mohamed Ghannouchi, Premier ministre, et qui se tient pendant deux jours), la mobilisation était totale parmi les rangs des partenaires de fait dans cette priorité nationale ; c'est-à-dire le gouvernement, les partis politiques, les organisations nationales, le patronat, le syndicat…


 


Tunis - Le Quotidien


Cette Conférence nationale sur l’emploi est la Tunisie que l’on aime, animée de débats débridés, sans le moindre tabou, écoutant attentivement ce que chacun a à dire, mobilisée comme un seul homme (comme dit M. Hédi Djilani, le chef du Patronat), souhaitant ardemment ouvrir à nos jeunes les plus grandes perspectives… Mais cela ne suffit malheureusement pas pour désenclaver le chômage de cette plaie des deux chiffres.


Quatre conditions !


Dans l’une de ses improvisations les plus émouvantes, M. Mohamed Ghannouchi, Premier ministre, n’a pas cherché à minimiser la difficulté de sortir de ce goulot d’étranglement. Devant une salle pleine à craquer de tous les représentants des groupes de débat de la Consultation sur l’emploi, il avait simplement mis la vérité sur la table : il est impossible de laminer en profondeur ce problème de chômage sans réunir quatre conditions essentielles :


-Augmenter le taux de développement jusqu’à 7% au moins


-Rehausser sensiblement le taux d’investissement au-delà des 28% et le taux d’IDE au-delà des 5,5%


-Renforcer sérieusement le taux d’épargne (épargne de l’entreprise, de l’individu et de l’Etat)


-Augmenter la capacité de formation dans les spécialités prometteuses ; par exemple en doublant notre capacité actuelle de ‘’production’’ d’ingénieurs qui est aujourd’hui de l’ordre de 4000 ingénieurs.


‘’Le chômage n’est pas une fatalité’’


Pourtant, M. Ghannouchi se dit confiant en la qualité de la mobilisation nationale au moment où l’emploi, singulièrement celui des diplômés du supérieur, est la priorité indétrônable du Président Ben Ali. ‘’Le chômage n’est pas une fatalité et beaucoup de pays ont réussi à renverser la situation… Regardez l’exemple de l’Irlande dont le taux de chômage était de 16% en 1990 et qui est aujourd’hui tombée à 5%’’, souligne-t-il.


Mais comment augmenter l’investissement, comment harmoniser la formation et l’emploi, comment cordonner l’offre et la demande ? Telles sont les questions auxquelles les comités de la Consultation ont été chargés de répondre, récapitule M. Ghannouchi. ‘’Nous attendons de cette Consultation qu’elle dégage des approches positives, qu’elle nous dit sont sentiment sur la manière de développer la mentalité de l’initiative et de créer son emploi en développant son propre projet…’’


Cette Consultation est donc l’objet d’une attente fébrile de la part de toute la Tunisie qui espère passer à la vitesse supérieure dans le domaine si complexe de l’emploi ; là où il ne s’agit pas uniquement de questions économiques mais également de matière de dignité et de confiance en soi. Un sujet national dont le succès aura des répercussions à tous les niveaux, y compris celui de l’image que notre pays montrera aux regards attentifs de ses partenaires dans la région et à l’échelle internationale.


Les yeux plus gros que le ventre ?!


Comme dans les grands dossiers qui engagent fortement et durablement la communauté nationale, l’emploi ne peut se soustraire à des dangers de catégorie ‘’psychologique’’, si l’on ose dire. Car, M. Moncer Rouissi, président du Comité d’organisation de la Consultation, ne rappelle-t-il pas que la Tunisie a organisé une Conférence analogue il y a dix ans ? Certes, nous en étions encore à chasser les démons de l’Etat-providence et à avancer à pas passablement incertains dans la clarté éblouissante de l’ouverture économique, mais les résultats restent quand même extrêmement décevants avec le gain d’un point (orphelin !) sur le chômage.


Alors ? Avons-nous les yeux plus gros que le ventre ? Sommes-nous condamnés au même scénario, avec le même point orphelin à grignoter ?


M. Rouissi semble convaincu que non, l’histoire ne se répètera pas et que ‘’…beaucoup a été fait pour contrebalancer le chômage : la Consultation en soi où tout le monde a participé avec entrain, des études de fond pour accompagner nos travaux, plus de 40 ateliers dans tous les secteurs, des documents de synthèse rédigés progressivement et avec une grande ouverture d’esprit et de pratique…’’.


 


Manoubi AKROUT


manoubi.akrout@planet.tn


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* Ils ont dit…


Abdessalem Jérad (UGTT)


‘’Il faut convaincre les entreprises d’investir, développer nos compétences, activer vraiment le partenariat Etat/entreprises/ syndicat/société civile…’’


 


Mohamed Ghariani (RCD)


‘’Une économie intelligente est celle qui profite de toutes les conjonctures… Notre système, qui s’est sorti de toutes les crises, est devenu plus fort, capable de remporter le défi de l’emploi…’’


 


Smaïl Boulahia (MDS)


‘’Si nous voulons employer 100 mille diplômés du supérieur dans les cinq prochaines années, nous avons besoin d’une approche beaucoup plus ciblée et d’une discrimination positive au bénéfice de certains gouvernorats…’’


 


Mohamed Bouchiha (PUP)


‘’Nous croyons encore au rôle de l’Etat en tant que plus grand employeur, surtout quand il s’agit de l’emploi des diplômés du supérieur et des enfants de familles nécessiteuses…’’


 


Mabrouk Bahri (UTAP)


‘’C’est une période critique où la dynamisation de l’emploi est tributaire de notre adhésion à tous… Et nous devons améliorer le secteur agricole qui est fortement employeur avec de grands gisements surtout dans l’agroalimentaire et la distribution…’’


 


Ahmed Brahim (Mouvement Ettajdid)


‘’Nous formulons le souhait que le fait de consulter doit s’étendre à toutes les parties concernées et à tous les partis politiques et d’élaborer un Plan Marshall au profit des régions… Nous avons besoin d’un climat de confiance…’’


(N. B. :M. Rouissi, président du Comité d’organisation de la Consultation, a tenu à répondre à M. Brahim que personne n’a été exclu, citant l’exemple de Mme Maya Jéribi (PDP) qui a été invitée à la Conférence mais qui a eu un empêchement, soulignant qu’un journaliste de Al Mawqif était présent pour le PDP pour couvrir l’événement)


 


Aziza H’tira (UNFT)


‘’Il nous faut une approche particulière pour traiter du chômage féminin… Nous craignons que cette Consultation ne soit essentiellement basée sur l’emploi masculin…’’


 


Hédi Djilani (UTICA)


‘’Je lance un appel à tous ; celui de nous regrouper comme un seul homme autour de ce défi national qu’est l’emploi… Et un appel à l’administration pour éradiquer définitivement le phénomène du marché parallèle qui s’est emparé des circuits de distribution et de toutes les artères des villes… Inutile de parler de dynamisation de l’emploi tant que nous n’avons pas résolu ce problème…’’


 


Ahmed Inoubli (UDU)


‘’Il faut observer attentivement la réalité de la Tunisie, pas un cantonnement à une réflexion de salon… Il faut une attention particulière à l’agriculture qui est capable d’emplois en masse…’’


 


Mondher Thabet (PSL)


‘’L’emploi est une question de stabilité sociale… Attention aux sciences humaines (psychologie, sociologie…) qui sont essentielles pour comprendre où nous allons mais que nous ne ‘’consommons’’ pas et qui sont ainsi une preuve de manque de progrès…’’


 


Monji Khammassi (PVP)


‘’Beaucoup de secteurs très particuliers comme l’écologie, les zones naturelles peuvent devenir des viviers de création d’emplois, surtout dans le Nord-Ouest et le Sud, avec le bonus de contribuer activement à notre développement durable…’’


 


Mustapha Ben Jaâfar (FDTL)


‘’Nous espérons que cette Conférence marquera le début d’une nouvelle période… Les solutions viennent de débats comme celui que nous menons aujourd’hui à l’occasion de cette Conférence…’’


(Ces personnalités sont citées par ordre d’apparition lors de leurs interventions à l’occasion de la Conférence.)


 

M. A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com