Les jeunes et la tutelle: Sans démission ni surprotection
Certains jeunes pensent qu’un parent ne doit pas garder ses enfants trop longtemps sous son aile, même en gage d’affection et de protection. «Trop de précautions nuit», pensent-ils. Et ils croient dur comme fer qu’une éducation trop préventive et protectrice ne permet pas aux enfants de compter sur leurs propres ressources. Elle les rend craintifs et les prive de se forger une personnalité. D’autres, en revanche, pensent qu’une éducation indulgente et libérale peut générer des enfants indisciplinés, inconvenants et prédisposés à sortir du bon chemin. Ils croient qu’un parent est redevable de garder ses enfants à l’il aussi longtemps que nécessaire.
Tunis-Le Quotidien
Papa poule ou papa cool ? Telle est la question qui a été posée aux jeunes. La majorité opte pour une éducation équilibrée. Une instruction médiane basée sur la confiance et le dialogue. Toutefois, plusieurs jeunes pensent que l’éducation doit être tributaire de l’âge et du sexe des enfants.
Houssem, élève, 18 ans, confirme ce constat. Le jeune homme pense qu’à un certain âge, l’enfant doit compter sur lui-même. «Si les parents nous gardent tout le temps sous leur férule, l’enfant sera peureux, faible et insipide. Et si les parents se montrent beaucoup trop protecteurs, l’enfant sera très gâté et aura du mal à compter sur ses propres moyens. Il saura toujours qu’il est épaulé et ne prendra jamais l’initiative d’agir seul. Ce problème est doublé en ce qui concerne un garçon. En effet, ce dernier est redevable de savoir comment s’en sortir tout seul. Plus tard, il sera chef de famille et il ne pourra pas réussir si on ne lui a pas inculqué le sens de la responsabilité. De plus, les enfants gâtés, et qui sont toujours dans les jupes de leur mère, auront tout le mal du monde à s’affirmer. Pour ma part, j’ai commencé à travailler en tant que saisonnier depuis mes 12 printemps. Cela m’a rendu plus «robuste» et plus responsable. Aujourd’hui je sais ce que c’est que de gagner son argent à la sueur de son front. Et depuis l’école primaire, je refusais que mes parents m’accompagnent à l’école. Je me débrouillais pour y aller et rentrer à pied tout seul. A présent, je me sens vraiment débrouillard et cette marge de liberté à laquelle j’ai eu droit ne remet pas en doute l’amour que me portent mes parents, au contraire ! Toutefois, je crois qu’une fille a besoin de plus de protection qu’un garçon. Ce n’est pas que je sois misogyne, mais une fille a une nature beaucoup plus délicate et sensible et elle doit être prise en charge. Et puis, notre culture arabo-musulmane ne tolère pas certaines choses aux filles. Pour ma part, je compte vivre seul si j’aurais un revenu propre, juste pour apprendre à me prendre entièrement en charge et à devenir plus responsable. Et je crois que personne n’y verra d’inconvénients. En revanche, si ma sur pense à habiter seule, personne n’acceptera. C’est évident. Une fille doit continuer de vivre chez les siens jusqu’à ce qu’elle se marie. Si elle va étudier dans une autre ville, elle n’aura qu’à loger dans un foyer universitaire. Sinon, elle ne sera pas épargnée des mauvaises langues. Et au bout de quelque temps, sa réputation sera ruinée. Sans oublier, qu’elle est capable de succomber à la tentation s’il n’y aura personne pour la contrôler», dit-il.
Tout comme Houssem, Elyès, élève, 18 ans, pense que les parents doivent responsabiliser leurs enfants et les pousser à compter sur eux-mêmes. «Je pars du principe que rien ne dure jamais. Les parents ne sont pas des êtres éternels. Un jour, ils vont partir et on se retrouvera seuls. De plus, la vie est de plus en plus dure. Les gens font tout le temps des calculs et celui qui ne sait pas se débrouiller sera perdu. Il faut que les parents préparent leur progéniture à cette éventualité. C’est à mon sens le meilleur des éducations que ce soit pour une fille ou pour un garçon. Autrefois, les filles restaient sous l’aile des parents jusqu’à ce qu’elles se marient. Là, elles deviennent sous la tutelle du mari ou même de ses beaux-parents. Mais ce genre de statut féminin n’existe plus depuis belle lurette. A présent, les filles étudient et travaillent aussi bien que les hommes. Celles qui ont été trop pouponnées ne trouveront pas leur place sur le marché de l’emploi et même dans la société. La vie est loin d’être une partie de plaisir et les parents doivent réussir leur mission. Celle de préparer leurs enfants à cette éventuelle bataille», dit-il.
Bilel , 22 ans, trouve que les parents ne doivent jamais jeter l’éponge. Le jeune homme est persuadé qu’un jeune sans tutelle ira tout droit à la délinquance. «Il y a tellement de tentations et tellement de dangers qu’aucun parent ne doit démissionner de son rôle au nom du libéralisme. Les temps ont changé et personne n’est à l’abri. Plusieurs jeunes personnes sont totalement perdues parce qu’elles sont influencées par un entourage louche et douteux. Certes, je suis totalement pour le fait qu’on responsabilise les enfants et qu’on leur laisse une petite marge de liberté. Mais cela doit se faire tout en les ayant à l’il. Il faut qu’on demande à un jeune homme où et avec qui il était. Il faut savoir qui sont ses amis, d’où est-ce qu’il a eu de l’argent Ceux qui sont laissés à leur guise sans contrôle, peuvent très facilement errer du droit chemin. D’abord parce que la tentation est trop forte, de plus parce qu’une jeune personne n’a pas la lucidité et la maturité qu’il faut pour faire le tri entre le bien et le mal. Ceci dit, je pense que ce sont les garçons qu’on doit protéger le plus. Les filles, elles, n’ont rien à craindre dans une société comme la nôtre. Moyennant quelques instructions, elles pourront se débrouiller», dit-il.
Emna, 20 ans, croit aussi que les filles d’aujourd’hui n’ont plus vraiment besoin de tutelle. «Qu’il soit garçon ou fille, un enfant doit être responsabilisé et doit apprendre à compter sur lui-même. Et c’est pareil pour les garçons que pour les filles. Il faut qu’on soit tous préparés à affronter la vie. Ceux qui ont reçu une bonne éducation, n’ont rien à craindre. Ils peuvent se prendre en charge sans être tentés par les mauvaises choses. Un jour où l’autre, les parents vont partir. Leurs enfants doivent savoir continuer leur chemin seuls. Et puis, même de leur vie, les parents ne peuvent pas être tout le temps présents pour nous», dit-elle.
Abir CHEMLI

