Garderies scolaires: Au nom de l’éducation





Trouver une garderie dans le quartier n’est plus une chose impossible. Car, à chaque coin de la rue, il y a un appartement ou une maisonnette de quelques mètres carrés et du personnel qui seconde un peu les parents pendant qu’ils sont sur les lieux de leur travail. Les unes sont à la hauteur et répondent aux critères souhaités. Les autres pas… Mais le commerce, on le sait, est de plus en plus juteux et sans beaucoup de difficultés. N’importe qui peut le faire et sans aucune gêne.


 


«Avec mon aîné, c’était le calvaire. Je n’avais pas les moyens d’avoir quelqu’un à la maison pour l’accompagner dans ses allers-retours à l’école et faire son suivi scolaire. J’ai dû tant de fois m’absenter de mon boulot pour l’encadrer. Car, c’est important d’être présent à ses côtés afin qu’il ne sorte pas du droit chemin. Pour ce, j’ai dû même prendre deux années sabbatiques pour m’occuper de lui. Au final, j’ai dû changer de métier et choisir de travailler une demi-journée en attendant qu’il grandisse et mûrisse. Dix ans après, j’ai eu mon deuxième gosse et les choses ont tout bonnement changé. Après les années crèche et jardin d'enfants, je me vois confrontée au même problème. Mais les choses ont changé. Juste à côté de chez moi, la voisine a ouvert une partie de sa villa pour une garderie scolaire et tout ce qui me tracasse s’est évaporé tout naturellement. Chez cette retraitée de l’enseignement, il y a une foule de collaboratrices qui sont au service des écoliers. Elles s’occupent d’eux à merveille, tout en leur faisant réviser leurs cours de la journée. Les petits sont à l’abri de tout danger de la rue en attendant notre retour…», raconte Samia, directrice commerciale dans une entreprise privée, sise du côté du Lac de Tunis.


Comme les milliers des femmes qui travaillent, Samia a donc trouvé son bonheur dans cette garderie de réputation du côté d’El Menzah. Son gamin est entre de bonnes mains et elle n’a pas à s’inquiéter. Car, son carnet de notes en dit long sur la qualité du service et sur le niveau du personnel. Car ici aussi, si on n’a pas au moins un bac plus deux, il n’y a aucune chance d’y être. Ici, tout est déclaré et contrôlé. Avec des fiches de paie, des affiliations à la CNSS et des reçus tamponnés et en bonne et due forme. Tout est clair et tout le monde est satisfait.


Mais ceci est loin d’être le cas de Mohamed Ali, gérant dans un magasin à Hammam-Lif.


Il n’a pas à quitter des yeux ni la boutique ni les employés durant toute la journée. Et il n’aime pas avoir du risque et de mauvaises surprises s’il lui arrive de s’absenter même pour un quart d’heure. «Mon épouse travaille du matin au soir dans un centre d’appel. Elle n’a qu’une petite heure de pause pour le déjeuner et, comme moi, elle n’a pas un moment de libre pour voir sa fille pendant toute une journée. Nous avons dû chercher dans les parages une garderie. Pratiquement, dans chaque quartier, on en trouve une qui s’affiche par son enseigne publicitaire. Mais celle qui nous convient vraiment n’a encore pas ouvert ses portes. L’année dernière, contraints, nous avons changé à deux reprises la petite. Ce qui n’est pas bon pour elle. Car cela s’est passé au milieu de l’année scolaire et en pleine période d’examens et ça ne l’a pas trop aidée dans ses résultats de fin d’année. La cause, rien n’est sérieux. Le jour de l’inscription, on vous promet un tas de choses qui n’auront jamais lieu. Au fil des jours, on s’est aperçu qu’on a été embobiné et même «arnaqué». Le personnel qui travaille chez cette femme n’a aucun niveau intellectuel pour pouvoir venir en aide dans les devoirs des petits. Pis encore : ces petits ont perdu même les bonnes manières de leur éducation. Ils apprennent les gros mots et se chamaillent entre eux. Ici, on s’occupe beaucoup plus du ménage que de leur éducation. Pour le reste, c’est nul. Il faut dire aussi que nous sommes ici dans un quartier populaire et qu’on ne paie pas très cher ces garderies dites scolaires. Je suis, comme ma femme, très angoissé pour notre enfant et son avenir», raconte, inquiet, Mohamed Ali.


Les choses sont mi-figues mi-raisin pour cette foule de femmes qui attendent leurs petits à la sortie d’une école à la Rue de Marseille. Toutes ont fait leur choix. «Pour moi, les choses sont claires. Il n’y a pas, chez nous, mieux que la mère pour éduquer et s’occuper de son enfant. On n’est pas en Europe où tout est contrôlé minutieusement par l’Etat. Il y a toujours des rapports et des inspections à l’improviste. Sinon, les petits sont confiés toute la journée à l’établissement communal. Là, ils ont des maîtres chevronnés, des salles de permanence et des surveillants qui se relaient pour s’occuper de tout. Les enfants mangent aussi sur place à la cantine. Le menu est le même pour tous. Des pédiatres de la mairie suivent de près la santé des petits. A la disposition des élèves, des bus qui s’occupent de leurs déplacements et les parents ne sont pas dérangés. Riches ou pauvres sont sur le même banc. Mieux encore : les petits ont des moments prévus pour les sorties et les loisirs. Ici, si vous n’avez pas les moyens pour mettre votre petit dans une école privée de réputation où on trouve tout le nécessaire et tout le confort, votre enfant va trébucher à chaque pas et vous devez être toujours derrière lui pour qu’il ne tombe pas. C’est pour cette raison que j’ai choisi de quitter le travail et m’occuper de ce qui est plus important. Car en faisant mes comptes, je suis finalement gagnante», raconte une de ces femmes. Toutes sont sur la même longueur d’ondes et partagent les mêmes avis et les mêmes principes de vie. Rien ne vaut l’éducation des enfants qui doit passer avant tout. Tout le reste est faiblesse. Mais au fond d’elles, toutes auraient aimé trouver des garderies communales qui répondent à leurs exigences fondées, où le paiement est à la portée de la masse. Où le secteur pourrait résoudre d’un autre côté, un tout petit peu du chômage des diplômés en hausse continue. Et par la même occasion, on est sûr des résultats. Quand on offre des meilleurs services contrôlés par des pédagogues avertis et autres compétences reconnues. Ce n’est qu’un rêve !


 

Z. ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com