Médina de Tunis: Histoires de noms…

Un peu partout dans la Médina de Tunis, on tombe sur des rues portant des noms cocasses comme El Mechnaka (la guillotine), El-Kebda (le foie), Sabbat Ajam (le tunnel des Persans) et Onk Jemal (le cou du chameau).

Ces appellations qui paraissent, à première vue bizarres, n’ont cependant rien d’arbitraire. C’est que ces noms de rues sont loin d’être le fruit de l’imagination fertile ou d’un sens développé de l’humour des anciens habitants de la ville et encore moins des simples caprices de certains agents municipaux zélés. Ainsi, la rue de la guillotine était jadis habitée par des fonctionnaires chargés d’exécuter les peines de mort sous le règne des Ottomans. 

Certains noms de rues constituent, par ailleurs, un hommage à des héros  de la lutte nationale. Après l’indépendance de la Tunisie, les autorités tenaient à honorer des «fellagas» qui avaient participé héroïquement à la lutte contre l’occupation française. D’où l’attribution du nom du militant Habib Jawahdou à une rue dans la Médina.

D’autres appellations s’expliquent aussi par la classe sociale à laquelle appartenaient les anciens habitants de telle ou telle rue. Il en est ainsi pour la rue Kââ El Mezoued (fond de l’outre, un sac fabriqué à partir de la peau de chèvres qui servait, entres autres, à conserver les céréales et l’eau). Cette rue située entre Bab B’net et Bab El-Alouj était jadis habitée par des familles très pauvres. On comprend dès lors son appellation puisque dans le fond du sac en question, il ne reste que très peu de denrées alimentaires.

S’il est vrai que ces noms de rues constituent, selon les historiens, un pan de notre mémoire collective à conserver jalousement, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas facile de demander son chemin lorsqu’on veut trouver la rue «Habib Jawahdou», ni de donner son adresse quand on habite la rue El Mechnaka (la guillotine) ou encore la rue Ennar (rue du feu). Au-dessous des plaques de ces rues de notre médina, classée monument historique par l’Unesco, des petites notes expliquant l’origine de ces appellations rendraient une âme à ces artères et permettraient aussi bien aux «autochtones» qu’aux visiteurs de «visiter» notre patrimoine.

 

Walid KHEFIFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com