Les Objectifs de développement du millénaire (ODM) : L’Afrique peut-elle repartir du bon pied ?





A l’initiative du Centre d’Information des Nations Unies à Tunis et en collaboration avec l’Association des étudiants africains en Tunisie (AIESAT), une conférence débat a eu lieu mercredi sur le thème : «Les besoins de l’Afrique en matière de développement». La rencontre fut l’occasion de débattre des contraintes et des dysfonctionnements qui entravent le développent africain aujourd’hui.


 


La mauvaise gestion, la corruption, la dépendance économique, le manque de véritables politiques de développement et de partenariat, ces contraintes qui minent le développement de l’Afrique, depuis belle lurette, ont constitué les principaux sujets débattus par les participants à cette rencontre. Même si des progrès importants ont été accomplis par certains Etats africains, dans le cadre des Objectifs de Développement du Millénaire (ODM) décidés depuis 2001 par l’ONU, le chemin qui mène vers le développement pour ces pays reste long et parsemé d’embûches. Tel est d’ailleurs le principal constat auquel sont arrivés les participants à cette conférence-débat. Une chose est sûre aujourd’hui, l’année 2008 marque un tournant vers la réalisation des ODM. Le ton a été donné d’ailleurs depuis début avril par M. Ban Ki-moon, le Secrétaire Général de l’ONU. Il n’a pas manqué de souligner pour l’occasion qu’en Afrique des progrès indéniables ont eu lieu depuis 2000, année d’adoption des ODM. En effet, les chiffres enregistrés jusque-là sont percutants. Trois millions d’enfants supplémentaires survivent maintenant chaque année au-delà de cinq ans. Deux millions de personnes ont désormais accès au traitement VIH/sida et des millions d’enfants ont accès à l’éducation primaire. Des réalisations fort éloquentes, mais qui restent limitées. En effet, ce programme onusien s’est fixé   plusieurs projets d’ici 2015. Mais à mi-chemin il est constaté que près de 500 millions de personnes devraient pouvoir s’extraire de la pauvreté, tandis que 300 millions pourront se nourrir correctement, ce qui constitue une réalisation à saluer. Cependant le pari est encore loin d’être gagné, car 800 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde. Si 34 pays sont en train d’atteindre les objectifs du millénaire, certaines politiques de développement social végètent encore. Aujourd’hui, une bonne partie d’Africains ont besoin d'éducation, de couverture sociale, de structures sanitaires plus développées et surtout, d’un accès à l’emploi. Toutefois, d’autres contraintes persistent encore. L’accès au marché international, l’application de la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la gabegie constituent de nos jours autant de défis qui empêchent aujourd’hui l’Afrique de repartir du bon pied et d’accéder au développement.


 


Osmane WAGUE


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* Leurs impressions


* Cissé Alassane (Etudiant guinéen) : «Avoir confiance en soi»


«Le développement en Afrique passe par une confiance en soi et une prise en charge des capacités nationales dans chaque pays. Afin qu’il y ait développement, les compétences nationales doivent se libérer de l’esprit de dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. La coopération avec les Etats du sud est une bonne initiative, mais il va falloir que chaque pays en tire profit. Aucun pays ne doit s’appuyer sur l’aide exclusive d’un autre pour assurer son développement. Le développement passe, à mon sens par la capacité des acteurs sociaux à prendre en charge leurs propres initiatives et à forger des projets et des méthodes de nature à baliser le terrain de leur propre développement».


 


* Oiango César (Président de l’AIESAT) : «Décalage entre théorie et pratique»


«Depuis les années de l’indépendance, des bonnes initiatives ont surgi par-ci et par-là et dont l’objectif est de mettre en exergue le schéma le plus approprié au développement. Les besoins de l’Afrique en matière de développement ont toujours été au centre des préoccupations des intellectuels et des politiques africains. Mais la question réside surtout dans l’application de ces bonnes initiatives et la mise en œuvre des vraies politiques souveraines de nature à mettre le développement de l’Afrique en marche. C’est le fameux décalage entre théorie et pratique qui est à l’origine du retard de l’Afrique à plusieurs niveaux».


 


* Amor Nekhli (Directeur du Centre de l’Information de l’ONU) : «L’Afrique source d’opportunités»


«L’Afrique n’est plus source de problèmes, mais d’opportunités. Certes, dans un contexte de crise financière mondiale qui risque d’avoir des incidences néfastes sur les économies mondiales, les besoins de ce continent en matière de développement restent nombreux. La question qui s’impose d’elle-même est la suivante : comment sortir l’Afrique du sous-développement et lui permettre d’atteindre les objectifs du millénaire ? Cette interrogation reste encore entière, d’autant que certains peinent à entrer de plain-pied dans le millénaire et à faire reculer la pauvreté sous toutes ses formes. D’autres pays comme la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Mali sont résolument engagés dans la réalisation des objectifs du millénaire. Des progrès importants ont été certes réalisés, il ne reste aux Etats africaines, traînant encore les pieds, qu’à se déployer énergiquement pour lutter contre la pauvreté et faciliter la mise en place d’une infrastructure adéquate et d’une économie très compétitive».


 


* Oumar Cheikh Ly (Secrétaire général de l’AIESAT) : «Lutter contre la dépendance»


«L’Afrique a souffert et continue de souffrir de sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et des marchés internationaux, dans lesquels les pays les puissants imposent leur loi. Aujourd’hui, il est difficile pour l’Afrique de dépasser un taux de croissance de l’ordre de 5%. Or, plusieurs pays de notre continent ont vraisemblablement des ressources naturelles et des compétences humaines suffisantes pour enregistrer des taux de croissance des plus élevés. Nos Etats doivent lutter contre toute forme de dépendance et de statut de « Bébé » qui ne fait que subir la loi des plus forts. Ils doivent eux-mêmes entreprendre de leurs propres initiatives».


 


O.W.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com