Les jeunes et les disputes entre parents: Ils paient les pots cassés !
Aucun foyer n’est à l’abri des scènes de ménage. D’ailleurs, même dans les familles les plus unies, des conflits risquent d’éclater. Si ces moments de crise sont parfois inévitables, ils ne doivent toutefois pas devenir un mode de vie. Cela affecte les enfants. Beaucoup ! Etat des lieux.
Tunis-Le Quotidien
Les jeunes ont besoin d’une atmosphère familiale saine, stable et équilibrée. Le foyer familial est normalement un endroit douillet et chaleureux qui permet aux enfants de se sentir protégés, aimés et à l’abri. Or, le mot d’ordre dans certaines maisons rime parfois avec tension. Les enfants s’y perdent Désemparés, les jeunes en subissent les conséquences
Moëz, 17 ans, confirme ce constat. Le jeune homme sait que deux parents peuvent avoir des désaccords. Mais de là à ce que les conflits deviennent quotidiens, cela pose problème ! «Je pense que deux partenaires, qui ont des enfants, doivent absolument trouver un terrain d’entente pour que la sphère familiale reste toujours à l’abri des secousses. Plusieurs jeunes souffrent à cause de l’instabilité familiale. Cela les trouble tellement qu’ils deviennent agressifs et instables. Et ce qui est le plus triste c’est qu’ils feront subir à leur future famille le même sort. D’ailleurs, la majorité des parents, qui ont une vie de couple instable, ont vécu avec des parents qui se disputent sans cesse et qui en arrivent aux mains! Certes les tensions sont parfois nécessaires et inévitables, parce que si ce n’est qu’un mauvais moment à passer, c’est également une forme de communication. Après un différend, plusieurs personnes vident leur caisse et se débarrassent de ce fardeau qui pèse lourd sur le cur. Une fois n’est pas coutume, dit-on ! Mais si cela devient fréquent, ce sont les enfants qui vont en souffrir. La solution ? A mon avis, il n’y en a qu’une seule : trouver un terrain d’entente. Je suis totalement contre le divorce. Je pense que tant qu’il y a des enfants, les parents sont redevables de trouver un compromis sans se séparer parce que cela ne peut qu’aggraver les choses, à mon avis. Un enfant a le droit de vivre avec ses deux parents. On n’a pas le droit de lui imposer de choisir entre son père ou sa mère. C’est un pénible châtiment qu’on lui inflige sans qu’il ait la moindre responsabilité».
Salim, 17ans, pense aussi que les enfants seront les premiers à payer le prix du désaccord parental. «Un enfant qui vit dans un foyer plein de désaccords, de tensions, de disputes et d’actes de violence, sera affecté, c’est certain ! La majorité de ceux qui vivent avec des parents en désaccord fuient la maison. Ils font en sorte de rester le moins de temps possible avec eux. Cela se répercute sur leur santé physique et psychique et sur leur rendement scolaire. Un enfant perturbé ne pourra pas se concentrer en classe et ne pourra pas réviser dans de telles conditions. Il fera donc l’école buissonnière pour ne pas affronter ses enseignants. De plus, lorsqu’il reste longtemps dehors, il s’exposera à une multitude de dangers : fréquentations louches, tabagisme, alcoolisme Il aura tendance à devenir agressif à son tour. Cela dit, je suis sûr qu’il ratera sa vie. Les parents doivent être conscients de cette souffrance et ils sont absolument responsables de ce que leurs enfants vont endurer. Ils doivent trouver une solution, ils doivent consulter un psychiatre et suivre une thérapie de couple où du moins essayer de «laver leur linge sale» loin de leurs petits».
Salmane, 19 ans, pense que la plus dure des situations pour une jeune personne est de vivre sous un toit où le désaccord règne. «Heureusement que mes parents mènent une vie de couple stable. Il leur arrive d’être en désaccord, mais c’est à peine si l’on s’en rend compte. Toutefois, certains jeunes vivent cette situation. Ils sont toujours soucieux, toujours stressés et sur leurs nerfs. Un enfant a le droit à une enfance heureuse. Plus tard lorsqu’il grandit, les mauvais souvenirs lui reviennent et les clichés des disputes parentales se répéteront sans cesse devant ses yeux. Cette inconscience de la part des parents n’affecte pas seulement à l’âge de l’enfance. Les disputes parentales nous marquent pour toujours».
Zied, 15 ans, connaît de près un garçon qui vit avec sa tante depuis que ses parents ont décidé de divorcer. «Mon ami souffre depuis son enfance. Son père boit beaucoup d’alcool. Il dépense la majorité de son argent pour se soûler. Lorsque sa mère conteste, il se met à la battre. Petit, il n’intervenait pas, mais il ne peut pas aujourd’hui accepter de voir sa mère se faire battre d’une manière aussi sauvage et bestiale. Lorsqu’il intervient pour la défendre, son père s’en prend à lui. Il se met aussi à le battre. Ce qui me chagrine, c’est qu’il était vraiment brillant. Aujourd’hui il ressemble à un raté ! De plus, il y a une grande agressivité en lui. Aujourd’hui, ses parents sont en instance de divorce et mon ami me dit sans cesse que c’est toujours mieux que les disputes et la violence De deux maux, il faut toujours choisir le moindre, n’est-ce pas ?», dit-il, désappointé.
Aziz, 15 ans, dit qu’un enfant est incapable de prendre parti pour l’un des deux parents parce qu’il s’agit de ses deux géniteurs. «Je connais un garçon qui vit avec des parents qui se disputent fréquemment. Sa mère lui fait de la peine. Elle reste toujours silencieuse face aux répliques venimeuses du père. Elle ne peut pas tenir un discours avec lui parce qu’il crie très fort et n’accepte pas le dialogue. En plus, elle veut éviter à ses enfants d’assister à leurs scènes de ménage et garde le silence en attendant qu’il se taise. Aujourd’hui, ses parents ont divorcé. Et mon ami a été contraint de vivre chez une parente. Il ne se sent pas comme les autres. Il m’a toujours dit qu’il rêve de vivre en paix avec des parents normaux. Mais ses parents l’on privé de ce droit. Pis encore, ils l’ont abandonné et, aujourd’hui, il porte en lui une grande haine et il a une grande tendance à la violence».
Abir CHEMLI

